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En mal de MAE

Les mesures agro-environnementales de la nouvelle Pac semblent échapper aux producteurs de l’AOP.
Par Aurélien Genest
En mal de MAE
Outre la partie politique et économique, l’assemblée s’est penchée sur les caractéristiques de la précédente campagne. La production laitière a continué d’augmenter et a franchi pour la première fois la barre des 20 millions de litres, pour un total de 45
Ils en font un fromage et leur déception est aussi palpable que compréhensible. «Nous l’avons appris il y a deux mois. La MAE polyculture-élevage a été bloquée et ne sera pas mise en application cette année» déplore Jean-Louis Lachot, le président du syndicat de défense de l’Époisses. L’assemblée générale du 6 mai a soulevé cette problématique handicapant l’intégralité des producteurs. «Tout avait été fait pour rentrer dans les clous» rappelle t-il, «un important travail avait été fourni en amont. Tout le monde, y compris les politiques, nous invitait à intégrer cette MAE. Chacun avais pris son crayon et sa calculette, une grande majorité des éleveurs pouvait y prétendre. Nous avions même suivi une formation». Cette mesure agro-environnementale aurait été la bienvenue, surtout en ce début d’année particulièrement difficile pour les laitiers. Si une rentabilité a été retrouvée dans les fermes l’an passé -une première depuis trois ans-, la situation s’est très vite dégradée depuis janvier. «Nous savions que le niveau de prix de 2014 n’allait pas duré et que la volatilité allait s’accroitre. C’est la raison pour laquelle nous nous étions beaucoup investis dans le second pilier de la Pac» poursuit Jean-Louis Lachot, «cette MAE aurait conforté notre cahier des charges, elle nous aurait apporté plus de sécurité dans notre système avec une diminution du maïs et des concentrés dans nos rationnements». L’alternative à la MAE polyculture-élevage n’est autre qu’une seconde mesure agro-environnementale : la MAE fourragère. «Le problème, cette fois-ci, est son accessibilité. Seulement deux producteurs sont aujourd’hui susceptibles de l’intégrer ! Et encore, ils ne savent pas si leur démarche pourra aller au bout» indique le président du syndicat. L’un des critères limitant serait la part de 70% de la SAU exigée en herbe.

Rencontre avec un éleveur
Pascal Meunier élève 80 Brunes et Montbéliardes à Semur-en-Auxois avec son épouse et leurs deux salariés. Ce Côte d’orien de 55 ans a rejoint l’AOP (ex-AOC) dès 2001 pour «sécuriser sa production au niveau des débouchés» et intégrer une filière valorisante «allant de la production à la vente». En contrepartie d’un meilleur prix du lait (+40€/1000 litres en 2014), l’EARL des Ardelons respecte un cahier des charges avec des critères fourragers bien précis. Pascal Meunier, dont la production s’élève à 600 000 litres, est intervenu sur le sujet des MAE lors de cette assemblée générale : «Nous avions tous fait des simulations pour la MAE polyculture-élevage, cette tournure des évènements n’est pas la bienvenue. Personnellement, je pense pouvoir intégrer la MAE fourragère, mais celle-ci n’ayant pas été anticipée, la ration de cet hiver sera déficitaire en énergie et je devrai acheter du maïs. Je vais pouvoir atteindre le seuil des 70% en herbe grâce à des cultures que j’avais semées en dérobée et qui devaient faire suite à du maïs ensilage. Je vais être dans l’obligation de conserver ces cultures et voir ma part de maïs considérablement diminuer. Je l’aurais su plus tôt, je n’aurais pas semé de colza. Cet imprévu intervient dans un contexte déjà compliqué. Avec la nouvelle Pac, nous perdons la PHAE, soit environ 7 000 euros pour ma part. Nous n’aurons pas accès à l’ICHN même si 25% semblaient promis aux producteurs laitiers. Ce manque à gagner approche les 10 000 euros. La trésorerie bat déjà de l’aile avec la baisse du prix de base de -80€/1000 l en janvier et de -50€/1000 l en février et mars. Je me creuse la tête chaque fin de mois pour payer mes salariés... Les cultures sont belles pour l’instant : espérons que la moisson soit bonne pour rattraper le coup : on en a tous besoin».

Point de vue de Vincent Lavier

Le président de la Chambre d’agriculture participait à cette assemblée. En réponse à la non application de la MAE polyculture-élevage cette année, Vincent Lavier a apporté quelques précisions : «Le problème avec la MAE polyculture-élevage est le même qu’avec la MAE grandes cultures : les IFT de référence sont tellement bas que cette mesure ne peut être mise en œuvre sur la grande majorité des exploitations du département. Ce constat étant fait, au niveau national, nous avons préféré œuvrer pour faire évoluer ces IFT de référence beaucoup trop éloignés de la réalité du terrain, quitte à faire l’impasse sur une année. Nous ne pouvions pas demander la mise en œuvre de la mesure dès  maintenant et exiger, dans le même temps, l’évolution des IFT de part leur inapplication. C’était une question de crédibilité dans notre démarche. Quel que soit le résultat, nous n’attendrons pas un année supplémentaire pour leur mise en œuvre, j’espère des avancées favorables même si les discussions avec le ministère sont difficiles».