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Économie

Dijon Céréales veut remettre le bon cap

Confrontée à une perte financière importante liée à différents facteurs, la coopérative agricole côte-d'orienne travaille à un rapprochement avec Bourgogne du Sud, change son équipe dirigeante et veut se recentrer sur ses métiers de base.

Par Berty Robert
Dijon Céréales veut remettre le bon cap
Benoît Collardot, agriculteur à Flagey-Echezeaux et actuellement vice-président du conseil d'administration de Dijon Céréales, est pressenti pour prendre la présidence, le 18 décembre.

On parle d'alignement de planètes lorsqu'une situation connaît une issue positive. En l'occurrence, l'image ne s'applique pas à ce qui arrive aujourd'hui à la coopérative Dijon Céréales. On serait plutôt sur un ensemble de points négatifs, du genre de ceux qui volent en escadrille et qui, cumulés, forment un contexte imposant une redéfinition du cap fixé à l'entreprise. L'information n'est aujourd'hui plus une rumeur : la coopérative agricole côte-d'orienne accuse une perte de 16,7 millions d'euros. Deux évènements se sont conjugués : un résultat économique dégradé en raison des dossiers Sécalia de méthanisation implantée à Cérilly, dans le nord de la Côte-d'Or, et Axiane Meuneries, et, par ailleurs, l'impact sur le pôle agricole de la coopérative d'une campagne 2024 difficile. Concernant Sécalia, il y a eu un retard de la mise en production de la méthanisation. Toutefois, Shell, le partenaire de la structure, a apporté la trésorerie afin de pallier le déficit de la première année d'exploitation, compenser des retards de livraison et une montée en puissance trop tardive. « C'est un dossier qui est aujourd'hui sécurisé, souligne Christophe Richardot, actuel directeur général de la coopérative qui va la quitter à la fin de l'année et qui devrait céder son fauteuil à Simon Bilbot, alors qu'à la base, c'était un challenge énorme. »

Campagne 2024 difficile

Du côté du dossier Axiane Meunerie, celui-ci s'est traduit, dans les comptes de la coopérative, par une dépréciation des titres d'un niveau de 4 millions d'euros selon Christophe Richardot. Toutefois, un accord avec Axéréal sur ce dossier a permis de récupérer 8 millions d'euros en cash, qui compensent cette perte. « On constate, de fait, une perte, mais sans sortie d'argent » souligne Benoît Collardot, agriculteur à Flagey-Echezeaux actuellement vice-président de Dijon Céréales et pressenti pour prendre la présidence le 18 décembre en succédant à Didier Lenoir. À cela s'ajoute donc un fort déficit constaté sur le pôle agricole. « On ne doit pas oublier, poursuit Benoît Collardot, que Dijon Céréales est structurée pour récolter du colza, du blé et de l'orge pour des campagnes estivales, mais avec les évolutions d'assolement liées à la baisse de la sole en colza, pour des raisons de problématiques agronomiques qui se sont traduites par plus de tournesol et de soja, on s'est retrouvés, en 2024 avec une collecte d'automne qui fut la plus grosse qu'a connu la coopérative, et, qui plus est, très humide. Il a fallu sécher 100 % d'une récolte d'automne exceptionnelle dans son ampleur. » Or, Dijon Céréales n'est pas aussi structurée que d'autres coopératives voisines, en termes de capacité de séchage. Et comme un malheur n'arrive jamais seul, un des séchoirs sollicités dans ce cadre, celui de Venarey-Les Laumes, a subi un incendie, le 1er novembre 2024…

Une situation qui n'est pas inédite

Il faut également ajouter à cela la mauvaise tenue des cours des céréales, les bisbilles diplomatiques avec l'Algérie qui, de fait, ont fermé ce marché au blé français et conduit la coopérative à rediriger ses céréales sur des débouchés intérieurs. « Au lieu d'avoir des coûts moindres en liaison au transport du grain par voie fluviale, on a dû avoir recours à des transports par camion, plus coûteux » résume Benoît Collardot. Sur les 16,7 millions d'euros de pertes affichés, 10 millions sont des pertes exceptionnelles liées aux deux dossiers cités plus haut et le reste découle du pôle agricole. « Il faut rappeler, précise Benoît Collardot, que de l'argent est quand même allé sur les fermes : la coopérative a reversé des compléments de prix à une époque où le conseil d'administration n'avait peut-être pas appréhendé de manière suffisamment fine le résultat qui se profilait. » Il faut également rappeler qu'un tel déficit n'est pas inédit dans l'histoire de Dijon Céréales : en 2019 la coopérative avait accusé une perte de 27 millions d'euros. Prendre la présidence du conseil d'administration dans un tel contexte n'est pas des plus évident mais Benoît Collardot ne s'y prépare pas à l'aveugle. Il s'appuie sur une stratégie longuement mûrie. Plusieurs options étaient sur la table avec une réflexion initiée en septembre 2024, comme le confirme Christophe Richardot, notamment des rapprochements avec d'autres coopératives : la champenoise Vivescia, Oxyane (Auvergne Rhône-Alpes) ou Bourgogne du Sud. C'est ce dernier choix qui l'a emporté, car le plus à même, a priori, de permettre le développement d'un travail sur notre région. « Le conseil d'administration m'a mandaté pour pousser plus avant le dialogue avec Bourgogne du Sud, confirme Benoît Collardot. C'est, de mon point de vue, la meilleure option pour conserver la valeur et le centre de décision dans notre région. J'ai donc porté ce projet qui a été validé par le conseil d'administration. » Pour Christophe Richardot, un rapprochement « était inéluctable, il fallait qu'on s'adosse à une autre coopérative. Depuis sept ans, j'ai plaidé pour un rapprochement au sein d'Alliance BFC, je n'y suis pas parvenu, donc d'autres pistes ont été analysées. » L'approche stratégique qui prédomine aujourd'hui est un recentrage de la coopérative sur ses fondamentaux, dans le but de retrouver de la compétitivité sur les métiers du grain. Des synergies organisationnelles et économiques avec Bourgogne du Sud vont être recherchées. « Si on peut s'appuyer sur leur savoir-faire afin de remettre notre navire à flot, c'est tant mieux ! souligne Benoît Collardot, mais ce recentrage ne signifie pas un repli sur nous-mêmes. »

Trois axes prioritaires

Les priorités à venir sont de trois ordres :
- retrouver de la compétitivité dans le travail et la valorisation du grain, en premier lieu au profit des adhérents ;
- s'appuyer sur des synergies avec des coopératives avoisinantes pour trouver de l'efficience ;
- s'appuyer sur les travaux de R & D de l'Alliance BFC (voir encadré) pour se préparer à l'avenir, sur les questions de traitement des données ou d'intelligence artificielle.

À l'approche de quitter ses fonctions de directeur général, Christophe Richardot tient tout de même à rappeler le chemin parcouru ces dernières années : « A mon arrivée, il y a huit ans, un important travail de restructuration a dû être mené. Il y a eu la forte implication dans les agroénergies avec la méthanisation Sécalia de Cérilly mais aussi le partenariat avec TotalEnergies renouvelables dans l'agrivoltaïsme. Les nouvelles cultures, le lancement de la marque Nous Autrement, le rachat de la biscuiterie Mistral. Nous sommes vraiment parvenus à créer un écosystème positif ». Il fait néanmoins le constat, partagé par Benoît Collardot que Dijon Céréales a été rattrapée par la crise l'an dernier, des problèmes de qualité, des pertes d'exploitations assez fortes notamment en bio. En conclusion, Christophe Richardot ajoute : « je pense que le projet est bon pour la coopérative, il faudra qu'il soit structurant ». Benoît Collardot est en tout cas ferme sur ses convictions : « Personnellement, j'ai un cap. »

Quelle place pour l'Alliance BFC ?

Dans ce contexte, l'Alliance BFC, qui fédère Dijon Céréales, Bourgogne du Sud et Terre Comtoise, est préservée. « Uniquement à l'échelle de Dijon Céréales, explique Benoît Collardot, il est difficile de porter un projet ambitieux de Recherche & Développement (R & D), d'innovation, de prospection sur de nouveaux projets et je pense qu'à travers la multiplicité des territoires et la conjonction des ressources humaines que nos coopératives représentent, l'Alliance BFC doit être renforcée sur cet aspect. Nous avons eu une phase de développement, de communication, un travail de fond et de rencontres avec tout un écosystème pour faire avancer des projets, qui a été brillamment menée par Christophe Richardot et Didier Lenoir. Aujourd'hui, nous sommes rattrapés par un contexte économique difficile, nous devons donc entrer dans une phase de consolidation des acquis. Pour autant, nous nous appuierons sur l'Alliance BFC afin de préparer des projets qui, une fois la situation économique rétablie, pourront relancer ou initier des développements futurs. » C'est aussi dans ce contexte que Benoît Collardot a été mandaté par Alliance BFC pour reprendre la présidence du pôle régional d'innovation en agroécologie Agronov et succéder à Frédéric Imbert.

Questions de dimensionnement

Pour Simon Bilbot, qui devrait succéder à Christophe Richardot à la direction générale de Dijon Céréales, l'adaptation nécessaire de l'entreprise prend en compte la notion de taille critique : « nous collections en moyenne 950 000 t de grain par an. Aujourd'hui, en fonction de l'évolution des assolements et avec l'intégration et le déploiement de tout un secteur bio, la mise en place de la méthanisation avec des Cultures intermédiaires à vocation énergétique (Cive), et même s'il y a une deuxième culture derrière ces Cive, elles n'ont pas le même rendement, les changements climatiques, on est aujourd'hui sur des collectes moyennes objectives de 800 000 à 820 000 t et, en 2024 on a fait 716 000 t… Il en découle un fort écart en termes de compétitivité, alors que nous avons un dimensionnement pensé pour plus de 900 000 t. Ceci explique pourquoi il faut imaginer et mettre en pratique un repositionnement stratégique de la coopérative. Dans les mois à venir, on va travailler à la refondation de nos équilibres économiques autour du socle agricole qui est notre métier de base. La tâche est importante dans un contexte difficile. Mais la stratégie est claire avec une poursuite de la diversification et des innovations. Il faut aussi préserver le socle de confiance avec nos adhérents. »