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Syndicalisme

2 000 euros quand il en manque 150 000... ça suffit !

Dans un communiqué daté du 7 septembre, Chantal Pelletier, présidente de la FDSEA de la Nièvre, exprime la déception ressentie à l'annonce du plan Climat, Adaptation, Sécheresse, Incendie (Casi) présenté par le Gouvernement. Elle explique aussi pourquoi le syndicat a boycotté une réunion en préfecture du 10 septembre.

2 000 euros quand il en manque 150 000... ça suffit !
Mi-août, l'administration avait déjà eu l'occasion de constater les dégâts dus à la sécheresse dans les prairies du Morvan.

Il arrive un moment où les mots ne suffisent plus. Un moment où, après des mois d’alertes, de réunions, de remontées de terrain, de chiffres transmis et de détresse exprimée, la colère prend le dessus. Ce moment, nous y sommes. Dans certaines exploitations nivernaises, il manque 100 000, 150 000 euros et parfois davantage pour faire face aux conséquences de la sécheresse, à l’effondrement des récoltes, au coût de l’alimentation des animaux et aux charges qui, elles, continuent de tomber. Et que répond-on aux agriculteurs ? Quelques milliers d’euros. 2 000 euros quand il en manque 150 000. Comment voulez-vous que nous prenions cela autrement que comme du mépris ? Les annonces de la ministre de l’Agriculture étaient attendues. Elles étaient censées répondre à une situation exceptionnelle. Elles ne sont pas à la hauteur. On nous annonce une indemnisation accélérée via l’Indemnité de solidarité nationale (ISN), le renforcement de dispositifs déjà existants, des plafonds revus et des enveloppes financières présentées comme une réponse à la crise. Mais une grande partie des sommes mises en avant correspond à des dispositifs déjà existants, à de l’argent auquel les agriculteurs peuvent déjà prétendre ou à des mécanismes qui ne répondent pas aux pertes considérables subies sur le terrain. Nous ne demandons pas que l’on recycle ce qui nous est déjà dû pour le présenter comme une nouvelle aide. Nous demandons une réponse exceptionnelle à une situation exceptionnelle. On ne peut plus continuer à nous réunir pour nous expliquer qu'il n'y a pas d'argent. Depuis des mois, la FDSEA de la Nièvre alerte. Nous avons chiffré les pertes. Nous avons demandé des mesures d’urgence. Nous avons parlé trésorerie, fourrages, engrais, ISN, assurances, dérogations PAC, fiscalité. Nous sommes venus aux réunions. Encore et encore. Pour certaines productions, la cellule de crise est mobilisée depuis près de deux ans. Elle est devenue cellule d’urgence. Mais pendant ce temps, sur les exploitations, la situation continue de se dégrader. À un moment, il faut arrêter de réunir les agriculteurs pour constater une nouvelle fois qu’ils vont mal. Ce que nous demandons aujourd’hui, ce n’est pas une cellule d’urgence supplémentaire. Nous demandons que l’on nous présente clairement comment le milliard d’euros annoncé sera réellement distribué jusqu’aux exploitations agricoles. Quelle enveloppe pour la Nièvre ? Pour quelles productions ? Selon quels critères ? À quelle échéance ? Et surtout : combien arrivera réellement sur le compte des exploitants nivernais ? Voilà la réunion que nous voulons. Parce qu’entre un milliard annoncé au niveau national et 2 000 euros qui arrivent éventuellement dans une exploitation à laquelle il manque 150 000 euros, il existe un fossé que personne ne peut sérieusement nous demander d’accepter. Pendant ce temps, sur les exploitations, les trésoreries s’épuisent et l’angoisse monte. Alors non. La FDSEA de la Nièvre a décidé de boycotter la réunion consacrée à la sécheresse organisée en préfecture le 10 septembre. Ce n’est pas un geste d’humeur. C’est un acte syndical. Nous n’avons plus envie de participer à une énième réunion pour entendre que nos difficultés sont comprises, pendant que rien de suffisamment concret n’arrive sur les comptes bancaires des exploitations. Et qu’on ne s’y trompe pas : si le Gouvernement continue de répondre à la détresse agricole avec des mesurettes, la colère nivernaise finira par sortir des cours de ferme. Une mobilisation départementale est aujourd’hui sérieusement envisagée. À force de se moquer des agriculteurs, il ne faudra pas s’étonner de les retrouver dans la rue. Et pendant ce temps, les contrôles continuent… Il y a quelque chose d’indécent dans ce décalage. Depuis cet été, les contrôles se succèdent dans les exploitations de la Nièvre. Nous ne contestons pas le principe du contrôle. Nous contestons la manière dont certains se déroulent. Quand des agriculteurs qui viennent de vivre une sécheresse catastrophique, qui ne savent parfois plus comment payer leurs prochaines factures et qui travaillent avec une pression psychologique considérable nous rapportent des contrôles interminables et parfois conduits sur un ton condescendant, nous disons : STOP. Un contrôle annoncé pour une heure et demie qui se transforme en plus de six heures n’est pas anodin. Demander des documents, vérifier une réglementation, contrôler une exploitation relève des missions de l’administration. Humilier, infantiliser ou parler avec condescendance à un agriculteur ne relève d’aucune mission. Le contrôle est peut-être une prérogative de l’administration. Le respect, lui, est une obligation. Nous voulons être très clairs : aucun agriculteur nivernais ne doit se sentir seul face à un contrôle qui se passe mal. La FDSEA de la Nièvre et les Jeunes Agriculteurs sont présents. Contactez-nous. Nous accompagnerons les exploitants qui en ont besoin lors des contrôles, nous ferons remonter les comportements inadaptés et nous demanderons des comptes lorsque les limites seront franchies. Derrière nos chiffres, il y a des hommes et des femmes. Il faut aussi arrêter de parler uniquement de millions d’euros, de pourcentages, de plafonds et de dispositifs. Derrière ces chiffres, il y a des familles. Des hommes et des femmes qui se lèvent chaque matin avec la peur de ne plus pouvoir payer leurs fournisseurs. Des éleveurs qui regardent leurs stocks de fourrage disparaître. Des agriculteurs qui travaillent sans compter leurs heures et qui se demandent malgré tout s’ils arriveront au bout de l’année. Cette situation génère une anxiété immense. La FDSEA de la Nièvre et les Jeunes Agriculteurs restent mobilisés aux côtés des agriculteurs. Nous pouvons les accompagner lors des contrôles mais également les orienter vers un soutien psychologique lorsque la pression devient trop forte. N’attendez pas d’être au bout de vos forces pour nous appeler. Parce que notre rôle syndical, c’est aussi cela : ne laisser personne seul. ASSEZ ! Assez des annonces qui ne correspondent pas à la réalité de nos pertes. Assez des aides annoncées à grand renfort de communication alors qu’elles ne permettront pas de sauver les trésoreries. Assez des cellules de crise qui deviennent des cellules d’urgence sans que la situation économique des exploitations ne s’améliore. Assez des réunions qui ne débouchent sur rien. Assez de demander encore et toujours aux agriculteurs d’être patients, raisonnables et compréhensifs. Ce sont eux qui, aujourd’hui, ont besoin d’être entendus. La FDSEA de la Nièvre demande des réponses financières réelles, rapides et proportionnées aux pertes subies. Et nous demandons désormais une chose extrêmement simple : dites-nous clairement quelle part des sommes annoncées reviendra aux agriculteurs nivernais et quand elle leur sera versée. Pas dans six mois. Pas après trois réunions supplémentaires. Maintenant. Nous avons pris nos responsabilités pendant toute cette sécheresse. Nous avons cherché de la paille et du fourrage, organisé la solidarité, alerté les pouvoirs publics, négocié, travaillé avec les autres départements et accompagné nos adhérents. Nous attendons désormais que l’État prenne les siennes. Sinon, la prochaine rencontre avec les agriculteurs nivernais pourrait bien ne pas avoir lieu autour d’une table de réunion. La colère est là. Elle est profonde. Et elle est légitime.