Dans l'attente des analyses qualitatives des premières fauches, voici un point en cours de route sur le rendement des fourrages. 

Point de situation à mi-parcours
Un mélange de luzerne et de trèfle à Clamecy. Crédit photo : Charles Duvignaud

« Presque la totalité des prairies temporaires ont été fauchées, et environ 50 % des prairies permanentes. En l’état, nous constatons qu’il manque du stock. À voir si cela se confirme lorsque la campagne sera terminée. » explique Charles Duvignaud, conseiller bovin allaitant à la Chambre d’agriculture de la Nièvre.

2022

Il détaille : « par rapport à 2021, il manque environ la moitié du volume. Prudence tout de même, car n’ayant pas encore les pesées exactes, cela une estimation » nuance-t-il avant d’ajouter : « Cela étant, l’an dernier était exceptionnel grâce à une explosion de la pousse en fin de printemps. De ce fait, on ne peut pas dire ce soit une normalité. Pour relativiser, il faut donc comparer avec d’autres années, et ce faisant, il manque environ 1/3 des rendements en fourrage en 2022 ».

Les raisons

Pour expliquer cela, Charles Duvignaud avance différents faits. « Tout d’abord, les gelées ont pénalisé certaines prairies au mois d’avril, ralentissant la pousse. Ensuite, les prix élevés des engrais et le report de stock de l’année dernière ont engendré une réticence à fertiliser les prairies ce printemps ; des impasses ont été faites ce qui peut justifier un rendement moindre. Mais surtout, il y a la sécheresse ».

À retardement

« Au 15-20 mai la situation était très préoccupante et tout ce mois de mai a été sec. En juin, nous avons eu plus de pluie en une semaine que pour tout le mois dernier. Ces pluies sont particulièrement bénéfiques sur les prairies déjà fauchées qui présentent déjà des belles repousses. Malgré tout, il est à noter que le département n’est pas homogène. En effet, pendant les épisodes pluvieux, dans le Nord, on comptabilise environ 10 mm de pluie contre 30 à 70 mm dans certains endroits… ce qui n’arrange pas la situation de sécheresse présente. Il est a rappelé que cette dernière est bien présente et que si le sec s’installe à nouveau, la situation redeviendra rapidement préoccupante ; en attendant, on gagne un peu de temps ».

Les leviers

Pour ne pas être pris au dépourvu, Charles Duvignaud conseille différents leviers à mettre en place : « Une part de fauche précoce permet de bénéficier assez tôt de repousses pour décharger le pâturage. Lors de la fauche, ne pas descendre trop ras (7 à 8 cm maximum) pour ne pas dégrader les prairies et compromettre les repousses. Si cela n’est pas respecté, il y a de fortes chances pour qu’elles se dégradent rapidement et que les mauvaises herbes prennent le dessus. Faire un maximum de stock au printemps grâce aux prairies temporaires permet de sécuriser l’autonomie fourragère face aux sécheresses de plus en plus nombreuses. Pour ma part, je pense qu’il faut un minimum de 2 t à 2, 5 t de matière sèche / UGB pour être vraiment serein car l’affourragement estival tend à devenir systématique. Enfin, il ne faut pas avoir d’animaux improductifs dans son cheptel – on évite ainsi les bouches inutiles à nourrir ». Un point en fin de récolte sera effectué avec les rendements exacts et les analyses nutritives.

Romaric Gobillot, élu Chambre pour le volet élevage et exploitant agricole

« Sur mon exploitation, j’ai 30 % de moins de foin par rapport à des années normales (hors 2021). Mais, en comparaison avec l’année dernière, il me manque la moitié. Aujourd’hui, j’ai des parcelles qui étaient destinées à la fauche qui sont ouvertes au pâturage des vaches, car il n’y a plus rien à manger. Et, il n’y a pas de repousse… l’herbe restante est certes verte, mais cela peut s’expliquer par les nuits fraîches. Cet exemple se retrouve un peu partout dans le territoire. Désormais, il faut prévoir un stockage plus important que nos besoins pour pouvoir nourrir nos animaux pendant l’été en cas de besoin. Il y a un véritable problème d’eau sur le département et il va falloir penser sérieusement à faire du stockage. Sur mes parcelles, les cours d’eau sont en baisses, et je dois prélever sur le réseau d’eau 9 m3 par jour pour mes animaux afin de les abreuver, chose que je ne faisais pas avant. Il est grand temps de prendre conscience de tout cela et d’activer les mesures qui s’imposent pour se sortir d’une impasse qui, je pense, est inévitable ».