Rapprocher agriculture et solidarité
Les Restos du Cœur ont organisé la visite d'une exploitation maraîchère de Haute-Saône, avec l’appui de l’antenne régionale de Solaal, association qui œuvre pour le don alimentaire agricole. L’intention et louable, mais il reste encore beaucoup de chemin à faire pour sensibiliser le public précaire à l’intérêt d’une alimentation variée.
Dans le cadre des Journées nationales du don agricole, organisées chaque année par le réseau Solidarité des producteurs agricoles et des filières alimentaires (Solaal), l’antenne Bourgogne-Franche-Comté (BFC) avait donné rendez-vous chez Patrick Gigon, horticulteur et maraîcher installé à Lure depuis plus de quarante ans. L’objectif était clair : créer un pont entre monde agricole et aide alimentaire, en associant les Restaurants du Cœur à travers une matinée de découverte des serres, suivie d’un atelier cuisine. Solaal — association créée par et pour le monde agricole — œuvre à valoriser pertes et invendus des exploitations au profit d’associations caritatives. Cette rencontre devait permettre aux bénévoles et bénéficiaires des Restos du Cœur de « comprendre ce qu’il y a derrière un légume », selon les mots de l’équipe organisatrice. Carottes, choux, salades, tomates ou encore courgettes : les serres et parcelles de Patrick Gigon offrent justement un aperçu complet de la belle diversité saisonnière cultivée en Haute-Saône.
Cuisiner simplement
Professionnel depuis 1983, formé à l’École d’horticulture et de paysage de Roville-aux-Chênes, dans les Vosges, le producteur accueille habituellement sa clientèle dans ses serres ouvertes tous les jours en saison. « L’idée de cette visite, c’était de montrer mon métier, le travail quotidien, la manière dont on produit ce que les gens consomment tous les jours », explique-t-il. La matinée s’est conclue par un atelier cuisine animé par une diététicienne d’Interfel, permettant de cuisiner une recette simple à partir des légumes du jour. Un moyen concret de relier production et assiette. Mais malgré la qualité du programme, le producteur ne cache pas une certaine déception devant le faible degré d’intérêt dont a fait montre le public ciblé par l’opération : « On m’avait annoncé une vingtaine de personnes. À peine dix sont venues, et beaucoup sont partis en cours de route… Au final, il ne restait que trois participants pour l’atelier cuisine. C’est un peu attristant, compte tenu du temps consacré à préparer la visite et à bien les recevoir », confie-t-il. Reste que pour Solaal BFC, cette action garde tout son sens : chaque rencontre, même modeste, participe à rapprocher deux univers qui se côtoient beaucoup sans toujours se connaître. Elle rappelle que la lutte contre le gaspillage alimentaire passe aussi par la valorisation du travail agricole.