Pas de motif d'affolement
Le récent gel des exportations de jeunes bovins, en lien avec la DNC, a-t-il déséquilibré ce marché si précieux, une fois les frontières réouvertes ? Deux éleveurs, de la Nièvre et de Côte-d'Or, impliqués dans la Fédération nationale bovine (FNB) livrent leur point de vue.
Lors de la venue, début novembre, de la ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation en Côte-d'Or, Annie Genevard, la question de la baisse du prix des broutards partants à la vente avait été clairement abordée par des éleveurs présents. Le sujet inquiétait alors que les cours se tenaient plutôt très bien jusqu'alors. Beaucoup d'éleveurs voient là un effet pervers de la réouverture de l'export, après une période de gel décidé par le ministère de l'agriculture, mi-octobre, afin de limiter les risques de propagation de la DNC. Cette réouverture s'est traduite par un afflux d'animaux qui ont pu avoir un effet de baisse mécanique des prix, mais, dans le milieu agricole, on soupçonne aussi des manipulations de cours de la part de certains intermédiaires. Assistons-nous à une véritable déstabilisation du marché ? L'analyse de deux éleveurs impliqués au sein de la Fédération nationale bovine (FNB) apporte un éclairage utile sur la situation. « On était à 6,20 euros/kg avant la DNC et le 12 novembre, des maquignons m'ont annoncé 5,60 euros/kg pour des broutards de 400 kg, constate Jean-Luc Gerbron, éleveur en Côte-d'Or. Rien ne justifie une telle baisse ! L'export a été bloqué pendant une dizaine de jours et les Italiens sont allés se servir dans d'autres pays mais leurs ateliers d'engraissement ne s'en sont pas pour autant trouvés remplis. »
« Les Italiens vont racheter »
Pour cet éleveur, l'important est surtout de ne pas s'affoler : « il faut faire en sorte de temporiser pendant une dizaine de jours, le temps que le marché se stabilise à nouveau. On ne peut pas nier qu'il y a parfois une réaction de peur de certains éleveurs qui ne sont pas dans la zone DNC mais qui la voyaient se rapprocher. Certains avaient déjà engagé des veaux et quand l'export a été rouvert, ces animaux engagés se sont ajoutés aux nouveaux animaux. Sur un marché comme Moulins-Engilbert, dans la Nièvre, où, d'habitude, on a 400 animaux à vendre, là, il y en avait 760. ça a forcément fait un peu baisser le cours. Mais, en Italie, le baby ne fait qu'augmenter. Les Italiens vont racheter du broutard français, parce que la qualité est là. » L'éleveur côte-d'orien conseille, quand c'est possible, de garder ses bêtes une semaine de plus, pour retrouver des cours plus conformes. Ne pas s'affoler, c'est aussi le discours d'Emmanuel Bernard, éleveur nivernais, président de la section Bovins d'Interbev et vice-président de la FNB, qui, toutefois, comprend les éleveurs qui peuvent être dans une urgence de vente liée à un manque de place en stabulation : « en revanche, si le motif de vente actuel est lié à des besoins en trésorerie ou à l'alimentation, je suis quand même plutôt enclin de conseiller aux éleveurs d'attendre : la baisse des prix n'est pas structurelle. Je pense également qu'il faut parfois sortir des sentiers battus dans la valorisation des animaux tant la concurrence est forte chez les acteurs de l'achat. Il faut rester très vigilant et ne pas écouter les signaux trop négatifs qui, encore une fois, ne sont pas structurels. Dans la Nièvre, nous avons fait le tour des cantons pour faire passer le message suivant : ne lâchez pas vos animaux à n'importe quelle condition parce que les signaux ne sont pas du tout négatifs. Le 13 novembre, nous avons eu des informations avec la conférence Grand Angle Viande, organisée par l'Institut de l'élevage (Idele), Interbev et la Confédération nationale de l'élevage (CNE) sur des stocks d'animaux qui sont plutôt en baisse. J'estime qu'on va rattraper les deux semaines d'interruption du commerce d'ici la fin novembre, d’autant plus qu'en début d'année, nous avons eu une baisse des naissances très marquée. »