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énergie renouvelable

Méthanisation : une nouvelle voie

Dix ans après les premières inaugurations de méthaniseurs en Bourgogne, de nouvelles voies sont ouvertes. Un groupe de porteurs de projets de l’Yonne et de la Nièvre s’est rendu dans le Loir et Cher pour visiter une première nationale : un méthaniseur agricole qui liquéfie son méthane.
Par Vincent Gallois, Chambre d’agriculture Yonne
Méthanisation : une nouvelle voie
Comme dans tous les autres méthaniseurs, le processus de fermentation anaérobie de la matière organique (fumier, digestat, lisier, déchets…etc.) produit du biogaz, mélange de gaz carbonique et de méthane principalement.
Les premières installations de méthanisation construites il y a quelques années valorisent le biogaz en alimentant un moteur thermique muni d’une génératrice électrique. D’une relative simplicité (même si la mise en service s’est avérée quelquefois délicate), ce système transforme 40% de l’énergie en électricité et davantage en chaleur plus difficilement valorisable.
Par la suite, la possibilité d’injecter du méthane directement dans les réseaux de distribution ou de transport est apparue en 2011 quand la publication des tarifs et conditions est devenue effective. Certes, l’injection n’est valable que pour des installations de taille conséquente (100 m3 de méthane/heure produit) mais surtout elle n’est envisageable que si elle est positionnée à proximité des réseaux d’injection et à condition que la consommation de méthane y soit suffisante.
La majorité des communes bourguignonnes ne présente pas cette configuration et pourtant l’injection permet de valoriser 90 à 93% de méthane produit au lieu de 40% en électricité de cogénération.

Une perspective dans les communes non reliées au réseau : le gaz porté.
Méthabraye, installation de méthanisation créée par 18 éleveurs du Loir et Cher, située à 18 kilomètres d’une canalisation de gaz, liquéfie le méthane pour le transporter. Le biogaz est d’abord comprimé à 20 bars, ce qui, permet la capture du gaz carbonique par des éléments minéraux (zéolithe) puis le méthane purifié est refroidi à – 107%C pour le rendre liquide et ainsi remplir un camion-citerne spécifique pour ce type de matière transportée.
Il ne reste plus qu’à transporter et brancher la navette 18 kilomètres plus loin, la vaporisation du liquide provoquant l’injection dans le réseau.
Cette solution technique de liquéfaction existe donc maintenant pour les secteurs distants des réseaux de gaz dès lors qu’ils produisent 150 à 200 m3 de méthane/heure.
Une variante à la liquéfaction  apparaitra bientôt avec une compression du méthane à plus de 200 bars. Celui-ci reste gazeux et est injecté dans une canalisation de distribution (GRDF) ou de transport (GRTgaz). La station d’injection est éventuellement partagée entre plusieurs producteurs et jusqu’au 1er janvier 2021, le tarif est déterminé pour chaque méthaniseur et non globalisé. Bien entendu, le traitement du gaz (épuration, compression et transport) génère des charges à intégrer dans le prévisionnel. Cependant, ces coûts certes importants semblent pouvoir être supportés par les résultats dégagés.
Une palette de solution est donc maintenant offerte : petite méthanisation en cogénération, taille plus importante en cogénération, en injection directe, en gaz porté ou éventuellement sur un site d’injection partagé. Bien entendu, un méthaniseur peut être alimenté par un seul agriculteur ou un collectif de voisins, avec des effluents d’élevage, des déchets ou des cultures intermédiaires…De quoi mener un projet qui correspond à la situation locale.
Il ne semble donc plus illusoire d’imaginer bientôt un méthanier sillonnant la campagne pour collecter le méthane dans les fermes à l’instar du camion du laitier aujourd’hui presque disparu.

Contact: v.gallois@yonne.chambagri.fr