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Semoirs

Les semoirs monograines se mettent la pression tout en contrôle

La précision du semis ne repose plus uniquement sur le réglage initial, mais à l’adaptation en temps réel. Les semoirs monograines pilotent désormais avec finesse la pression de terrage, la force de rappui et la profondeur de dépose.

Par Michel Portier
Les semoirs monograines se mettent la pression tout en contrôle
Väderstad
La nouvelle génération du Tempo de Väderstad accède à une gestion automatique de la pression de terrage et de la profondeur de semis, ainsi qu’à un pilotage de la pression sur les roues de rappui.

Pour intervenir à grande vitesse ou sur des sols préparés de manière superficielle, les semoirs monograines de nouvelle génération ont pris du poids. L'objectif est clair : appliquer une pression de terrage suffisante sur les éléments, atteignant jusqu’à 350 kg dans certains cas extrêmes. Pourtant, dans la pratique, le potentiel de vitesse n'est pas systématiquement exploité et les semis sur des lits de semence « préparés aux petits oignons » restent majoritaires.

Attention aux excès de pression

Une pression excessive peut alors devenir contre-productive. « J’ai de plus en plus de questions d’agriculteurs confrontés à des problématiques de fermeture de sillon. Ils se concentrent souvent, à tort, sur les seules roues de fermeture, observe Julien Hérault, conseiller indépendant en machinisme. Dans la plupart des cas, le défaut provient d’un excès de pression sur les éléments, ce qui conduit à une compaction du sillon par les roues de jauge et à un lissage excessif par les disques ouvreurs ». Au-delà de la structure du sol, l’ajustement de la pression conditionne également la régularité de la profondeur de semis, s’imposant ainsi comme un enjeu agronomique majeur.

Alourdir ou alléger l’élément semeur

C'est pour répondre à ce besoin de précision que se développent les dispositifs de réglage hydrauliques ou pneumatiques. Par l’intermédiaire d’un vérin ou d’un poumon intégré au parallélogramme de chaque élément, ces solutions autorisent un ajustement rapide de l’ensemble du semoir, sans que le chauffeur n'ait à quitter sa cabine. L'hydraulique apporte une souplesse supplémentaire : « Pour les éléments très lourds, il est particulièrement intéressant de pouvoir les délester dans des sols très meubles », précise le conseiller. Cette fonction de délestage est permise par l'adoption de vérins hydrauliques à double effet. À l’inverse, certains semoirs peuvent accentuer encore le poids sur les éléments en utilisant un dispositif de report de charge hydraulique s’appuyant sur les bras de relevage du tracteur.

Pour coller au plus près des variations de sols, plusieurs constructeurs automatisent désormais le réglage de la pression de terrage, grâce à des capteurs. Une solution qui trouve surtout sa justification dans les terres hétérogènes ou les itinéraires techniques simplifiés. « Plus la préparation du sol est mécanisée, plus on homogénéise son humidité et sa structure, et moins l’intérêt de moduler la pression est marqué. En revanche, plus on simplifie la préparation, plus cela se justifie. C’est même indispensable en semis direct », analyse Julien Hérault.

Laisser parler les capteurs

L’automatisation du terrage excelle dans les parcelles alternant, par exemple, des zones argileuses et des passages sableux. Mais elle révèle aussi des disparités inattendues dans des terres d'apparence homogène. Fabien Cholet, chez Agrisem, souligne cet aspect : « En analysant la cartographie de pression après un semis, on observe des écarts significatifs mettant en évidence toutes les zones de tassement liées aux passages antérieurs d’engins : pulvérisateur, moissonneuse-batteuse, ou même les traces du tracteur lors de la préparation. »

Sur le marché, deux philosophies de pilotage automatique s'affrontent. La première régule la pression de manière globale sur l’ensemble des éléments ou par sections sur des semoirs de grande largeur. La seconde approche, plus pointue, adapte la pression individuellement sur chaque rang. Côté capteurs, lorsque le pilotage est centralisé, certains constructeurs se basent sur la pression hydraulique du circuit, tandis que la majorité mesure l’effort réel sur les roues de jauge d’un ou plusieurs rangs témoins. En pilotage individuel, il faut bien entendu un capteur sur chaque rang. « En déterminant le poids réellement appliqué, le capteur sur les roues de jauge offre davantage de précision », estime Julien Hérault.

Optimiser la fermeture du sillon et le nettoyage du rang

Une fois la pression de terrage maîtrisée, le second levier d'optimisation réside dans la finesse de réglage des roues de fermeture du sillon. Si la majorité des semoirs impose encore une intervention manuelle rang par rang, des solutions de réglage centralisé émergent. On retrouve notamment des dispositifs pneumatiques sur l’ExactEmerge de John Deere ou en rétrofit sur de nombreux modèles de semoirs via l’équipementier Precision Planting. Ce dernier a d'ailleurs conclu un accord de fourniture exclusive avec Agrisem pour un montage d'usine sur le semoir Chief. De son côté, Väderstad propose sur sa nouvelle génération de Tempo un ajustement de la fermeture via un vérin électrique. À ce jour, seul Precision Planting intègre un capteur d’effort spécifique sur les roues de fermeture pour garantir une pression constante. Dans la même logique de confort et de précision, le pilotage des chasse-débris — précieux en semis simplifié ou direct — est disponible pneumatiquement chez John Deere, Precision Planting, Amazone et Bednar ou hydrauliquement chez Horsch. Le tchèque Bednar s’est par ailleurs illustré en dotant son nouveau monograine d’une gestion automatique de la pression sur les organes fertiliseurs.

Et la profondeur de semis ?

Au final, le réglage le moins concerné par les automatismes est celui de la profondeur de semis. Precision Planting, avec son système SmartDepth (réglage électrique couplé à la languette de rappui intégrant capteurs d'humidité et de température), est jusqu’à présent le seul acteur à s’être lancé dans cette technologie prometteuse qui peine encore à convaincre dans l’Hexagone. « Ce dispositif high-tech complexifie le semoir, mais simplifie la gestion de la profondeur. Les tests montrent un vrai gain dans la qualité de levée en modulant la profondeur selon l’humidité. Toutefois, vu son tarif élitiste, le retour sur investissement reste difficile à atteindre », tempère Julien Hérault. Väderstad propose également une modulation de la profondeur sur son dernier Tempo, mais basée sur une cartographie de sol préalable. « Ce ne sera pas aussi précis qu’un capteur mesurant les conditions en temps réel », estime le conseiller.

Malgré ces avancées, la machine ne remplace pas encore l'œil de l'agriculteur, comme le rappelle Julien Hérault : « Inutile de réguler une pression ou une profondeur si le réglage de base est inadapté à la culture ou aux conditions. Il restera toujours essentiel de descendre de la cabine pour inspecter le sillon et valider les réglages ».