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Élevages bovins

Les ravages de la FCO

Certains élevages côte-d'oriens sont très fortement impactés par la FCO. C'est notamment le cas dans le secteur d'Arnay-le-Duc.

Par AG
Les ravages de la FCO
Thomas Bélorgey devrait approcher la cinquantaine de pertes.

Souvenez-vous : nous avions rendu une petite visite à Antoine Jeannin il y a quelques semaines. Cet éleveur du village de Marcheseuil déplorait d'importantes pertes — près d'une cinquantaine — dans son cheptel à cause de la FCO. Ce jeune Côte-d'orien n'est pas un cas isolé. Non loin de là, à Mimeure, Thomas Bélorgey enregistre des dégâts similaires au sein du Gaec familial comptant un peu plus de 200 femelles charolaises à la reproduction. « Nous ne serons pas loin des 50 pertes sur l'année nous aussi, c'est certain. C'est clair : ça fait mal, je dirais même que c'est la cata », confie l'éleveur, qui vient de finir la vaccination de ses bovins. L'arrivée des problèmes avait été détectée il y a presque un an maintenant, le 27 janvier, lors de l'échographie des premières bêtes censées vêler en septembre : « il y avait 40 % de vaches vides, sur la centaine que nous avions mises au taureau… Nous avons redécalé les vêlages mais tout n'a pas rempli ». La deuxième « session » des vêlages du Gaec Bélorgey a débuté en novembre et, en plus de veaux manquants, de nombreux animaux présentaient tous types d'anomalies : « certains sont morts une demi-heure après la naissance. D'autres ont tenu un peu plus longtemps. Pour un certain nombre d'entre eux, l'euthanasie était malheureusement la seule issue possible… Se lever les nuits pour faire naître des veaux qui meurent peu de temps après, c'est triste et vraiment pas intéressant ». En plus des pertes liées aux vaches vides, 25 veaux sont morts sur l'exploitation : « oui, ce sera donc une cinquantaine de pertes pour nous, sur l'année. Sur le plan comptable, cela va représenter près de 120 000 euros de chiffre d'affaires en moins ! Nous nous en serions bien passés. Il y a 5-6 ans, nous avions eu des dégâts à cause de la BVD, c'était déjà compliqué mais ce n'était rien à côté de la FCO. J'ai d'autres collègues dans le coin qui sont dans le même cas que nous. Nous entendons beaucoup de choses sur la DNC : c'est dramatique lorsque les troupeaux sont entièrement abattus, mais les problèmes sanitaires dans les élevages ne s'arrêtent malheureusement pas à cette maladie ».

 



 

 

Pas gâté non plus

Pas gâté non plus
Romain Jarlot a déjà perdu 17 veaux.

Romain Jarlot, éleveur charolais installé sur la ferme familiale à Saint-Prix-lès-Arnay, connaît lui aussi de nombreux dégâts liés à la FCO. Environ 30 % de ses vaches ont été vides cette année : « Tout n'est bien sûr pas imputable à cette maladie, mais je pense qu'environ deux tiers le sont. En ce qui concerne la mortalité, nous en sommes aujourd'hui à 17 veaux, pour une centaine de viables. Ces 17 veaux étaient tous anormaux : ils se tapaient contre les barrières, ils tournaient en rond dans les cases ou bien se laissaient tomber comme mort. Des confrères disent qu'ils sont aveugles mais je pense qu'il n'y a pas que ça. Certains veaux sont morts dès le vêlage, d'autres ont tenu jusqu'à trois semaines malgré notre attention et nos soins qui ont été malheureusement vains ». Romain Jarlot s'attend, au final, à approcher voire dépasser la quarantaine de pertes sur l'année : « il nous restera une soixantaine de vêlages au printemps, nous ferons le bilan à ce moment-là mais c'est certain, ce sera quoi qu’il arrive très négatif. Cette situation est difficile sur le plan moral mais aussi économique : il va nous manquer des veaux à vendre cet été. Le problème sera le même dans deux ans avec les génisses… Cela va se répercuter sur plusieurs années ». Le jeune éleveur vaccinera probablement ses bovins à la mise à l'herbe : « l'an dernier, je n'étais pas spécialement très motivé à le faire et de toute façon, il n'y avait pas de vaccins disponibles au moment où j'aurais pu agir. Sur la vaccination, on en entend un peu tout dans nos campagnes, il n'est pas facile de se faire un avis. D'ailleurs, même certains éleveurs qui ont vacciné ont eu des problèmes… ».

Le point avec le GDS

Nous avons contacté le Groupement de défense sanitaire de Côte-d'Or pour obtenir des éléments sur ces dégâts liés à la FCO. Cette problématique est prise très au sérieux par l'équipe de techniciens et le conseil d’administration, actuellement dans une phase de recherche d’informations et d'écoute. Les éleveurs sinistrés sont invités à contacter Virginie Pabiou, qui se déplacera sur les exploitations concernées. Aucune décision n'est prise, pour le moment, sur le déclenchement d'un éventuel plan d'aides. La situation est « très complexe » tellement les situations divergent selon les exploitations. Le GDS 21 rappelle que « certains éleveurs n'ont pas vacciné pour différentes raisons et des pertes sont parfois très importantes. Des cas très problématiques sont aussi rencontrés dans des troupeaux pourtant vaccinés. Nous devons dresser un état des lieux assez précis pour prendre des décisions, sachant que tous les dégâts ne sont pas systématiquement liés à la FCO et au même sérotype ». Il ne reste aujourd'hui plus rien des 35 millions d'euros des crédits Feader, qui étaient disponibles à l'échelle de la région l'an passé. Il existe également le Fonds national agricole de mutualisation du risque sanitaire et environnemental (FMSE) qui est en train de se mettre en place, mais pour l'année 2024. Pour les dégâts déplorés en 2025, il faudra donc attendre encore au moins un an. D'autres fonds sont susceptibles d'être débloqués au niveau national, mais ces derniers sont généralement réservés lorsque la vaccination a été réalisée. Dans l'attente de prendre des décisions, le GDS de Côte-d'Or invite plus que jamais les éleveurs à réserver dès à présent, auprès de leur vétérinaire, les vaccins pour anticiper la saison virale 2026.

Pour réserver les vaccins