Le loup court toujours
Gabriel Papillon avait subi une attaque de loup en septembre. Nous l'avons rencontré il y a quelques jours.
C'était le 13 septembre. Ce jour-là, Gabriel Papillon a su très vite que c'était son tour. Son tour d'être attaqué par un loup. La « casse » est évaluée, comme chaque fois, après un tour de pré : deux de ses moutons charollais sont morts, un autre manque à l'appel et six sont blessés. Pour l'un de ces derniers, il n'y a plus d'espoir, ce sera l'euthanasie. L'éleveur souhaite partager son désarroi et communique sur les réseaux sociaux dès son retour chez lui. Plusieurs médias vont s'emparer du sujet. « Les éleveurs le disent et le répètent depuis plusieurs années maintenant : le loup n'est pas compatible avec nos productions. J'ai voulu participer à cet élan, au relais de ce message, à mon échelle. C'était malheureusement le bon moment. Je ne pouvais pas laisser ça comme ça… ». Avec du recul, l'éleveur dresse aujourd'hui le bilan de cette communication. « j'ai reçu énormément de soutiens, cela m'a redonné un peu de moral sur le moment, forcément. Merci à tous ! Mais dans le même temps, les mauvais commentaires ont été nombreux, eux aussi. Ça, je m'y attendais. Pour les pro-loups, un vrai berger doit posséder des animaux de protection… et même dormir dans ses prés, à côté de ses bêtes ! ».
Et maintenant ?
Gabriel Papillon informe que ses cinq brebis et antenaises blessées le jour J vont beaucoup mieux aujourd'hui. « il a fallu beaucoup de temps et de patience pour y arriver mais oui, elles se sont retapées… Le mouton qui avait disparu, lui, n'a jamais été retrouvé ». La grande interrogation réside désormais dans la future production de ses femelles : « les agnelages de mes romanes vont débuter très prochainement. Normalement, il ne devrait pas y avoir de dégâts dans ce lot car elles étaient situées dans un pré à 300 mètres de l'attaque. Mes charollaises concernées, elles, vont agneler à partir du 10 janvier. C'est un moment très redouté de ma part avec des potentiels avortements, des femelles qui ne reconnaîtraient pas leurs petits ou, pourquoi pas, des agneaux mal formés ». Gabriel Papillon redoute également une nouvelle visite du loup : « ce n'est malheureusement pas à exclure, car celui-ci court toujours. Il est d'ailleurs revenu trois jours après l'attaque, en étant aperçu à 10 heures du matin par une automobiliste. Depuis le 13 septembre, je sais qu'il y a eu d'autres sinistres dans le département : à Meilly-sur-Rouvres, Sainte-Sabine, Châtellenot et dans un hameau de Musigny. Il y a toujours un risque de le revoir tant que ce fléau ne sera pas sérieusement pris en compte par nos dirigeants. J'ai vraiment hâte que tout le monde puisse pouvoir le tirer librement ». Concernant les indemnisations, l'éleveur du village de Santosse était toujours dans l'attente du moindre virement, le 19 novembre. « Tout a été envoyé par mes soins, en temps et en heure, y compris les factures des frais vétérinaires et le chiffrage du temps passé à soigner les bêtes blessées. Aujourd'hui, j'attends ». Sur ses potentiels dégâts indirects, l'éleveur souhaite également être pris en charge le cas échéant : « nous n'en sommes pas là, mais oui, si dégâts il y a, il faudra que cela suive derrière. Je sais que bon nombre d'éleveurs sinistrés se plaignent de ça. Il faudra mettre la pression pour faire bouger les choses sur ce sujet. Comme je l'avais mentionné dans ma publication Facebook en septembre, il n'y a pas que Paris et les grandes métropoles à défendre et à faire vivre ! ».
« C'est totalement dérisoire »
Édouard et Anne Beurton, éleveurs ovins entre Arnay-le-Duc et Saulieu, ont été attaqués à maintes reprises par le loup. Ces deux frère et sœur se battent depuis plusieurs mois pour faire reconnaître à leurs justes valeurs les nombreuses pertes indirectes après une attaque : « Avant, il y avait un forfait unique de 100 euros, cela ne correspondait à rien du tout. Avec le Gaec du moulin de Jonchery (Diancey) et le Gaec Ferroux (Savilly), nous avons adressé un courrier aux élus avec tous les détails nous concernant. Dans notre cas, les pertes annuelles s'élèvent à 46 061 euros. Elles sont à 14 670 euros pour le Gaec du moulin de Jonchery et 14 530 euros pour le Gaec Ferroux, deux élevages également sinistrés ». Les trois exploitations du Morvan se sont rapprochées d'un collectif d'éleveurs du nord Saône-et-Loire. Leurs voix ont notamment été portées par la sénatrice Anne-Catherine Loisier et la députée du 71 Josiane Corneloup. Mais le compte n'y est toujours pas, comme le déplore Édouard Beurton : « C'est encore totalement dérisoire. Malgré beaucoup de temps passé et d'énergies déployées, il n'y a pas eu beaucoup d'avancées. Il y a du léger mieux mais nous sommes encore très très loin du compte. Et apparemment, aucune rétroactivité ne serait possible ». Depuis le 7 septembre, comme le stipule le Journal officiel, le niveau d’indemnisation des pertes indirectes est désormais calculé par tête, avec un montant différencié pour les animaux allaitants et laitiers, ainsi qu'une dégressivité en cas d'attaques répétées. Édouard Beurton nous fournit un document informant que, pour les lots allaitants, les éleveurs toucheront la première année 2,50 euros par animal en « parc clos » et 1,25 euro pour ceux situés « en dehors d'un parc clos ». Les pertes indirectes sur animaux laitiers, elles, sont indemnisées à hauteur de 5 euros la première année en parc clos (2,50 euros « en dehors d'un parc clos »). Le texte fixe aussi un barème d'indemnités complémentaires pour les ovins reproducteurs, afin de « compenser l'impact de cette perte dans l'organisation de l'élevage de sélection ».
« Vivement 2026 »
Nicolas Bayen, éleveur à Nod-sur-Seine et responsable du dossier loup à la FDSEA de Côte-d'Or, se félicite du prochain assouplissement réglementaire relatif aux tirs de défense. « Dès 2026, les éleveurs pourront y recourir sur simple déclaration et non sur autorisation du préfet. Il ne sera plus nécessaire de mettre en place, au préalable, des mesures de protection pour obtenir le tir. Un éleveur, ou un chasseur mandaté par lui, pourra tuer un loup qui attaque son troupeau sans l'autorisation préalable requise jusqu'alors. Le tir mortel devra être ensuite déclaré à la préfecture ». Il reste encore des points à améliorer, selon Nicolas Bayen, comme le taux de prélèvement annuel qui devient une « urgence face à des constats d'attaque en forte hausse ». En 2025, le plafond pour le nombre de loups tués par des tirs de défense, est fixé à 19 % de l'estimation de la population annuelle moyenne de loups. Les autorités sont ainsi autorisées à abattre jusqu'à 192 prédateurs cette année.