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Climat

« Le beau temps c'est celui qui ne dure pas »

Ce lundi 24 novembre, Serge Zaka, docteur en agroclimatologie et invité de Terres Inovia est intervenu sur l'agroclimat.

Par Charlotte Sauvignac
Climat
Serge Zaka, agroclimatologue a réalisé une intervention sur l'impact du climat sur l'agriculture dans les années à venir.

Terres Inovia a invité Serge Zaka, docteur en agroclimatologie et fondateur d'AgroClimat, le lundi 24 novembre, à l'occasion de la journée dédiée aux aléas climatiques et à la pression des ravageurs. Spécialisé sur le climat dans le secteur agricole, Serge Zaka considère l'agrométéorologie comme « l'impact de la météo sur vos travaux agricoles, c’est-à-dire le climat sur le court terme » et l'agroclimatologie permet « de faire des prévisions sur le long terme de l'impact du climat sur vos cultures ». Muni d'un chapeau et d'une plume, l'agroclimatologue plonge l'auditoire dans une ambiance chaleureuse. Il commence donc à faire le point sur les années passées pour montrer l'évolution du changement climatique sur les cultures. « En 2021, vous avez vécu ce qu'on appelle un faux printemps, c'est-à-dire que l'hiver a été plus doux que prévu et la floraison a donc été précoce. Sauf qu'ensuite, le gel est arrivé et a impacté les moissons. Cette année est considérée comme la plus grande catastrophe naturelle depuis 1945 », retrace-t-il avant de poursuivre. « L'année suivante, vous avez subi un vent qui venait du sud, il a apporté beaucoup de chaleur. Dans les sciences, on appelle ça une pompe à chaleur. Les cultures ont donc malheureusement souffert de ce climat », analyse-t-il. Cette année s'est suivie de deux années « qui ont subi un excès d'eau considérable » et il en a conscience « en agriculture, un beau temps c'est celui qui ne dure pas ». Accompagné par les nombreuses cartes qu'il a lui même réalisées, il confie qu'en Bourgogne, « il y aura une évolution légère moyenne de la sécheresse, qui sera toutefois moins visible que dans le sud de la France ». Même si c'est le sud qui est plus exposé à la sécheresse, « la chaleur remonte par le sud de la France, et au fur et à mesure nous atteindrons tout de même des températures supérieures à celles que l'on a aujourd'hui ». Ce qui induit donc « un déficit en termes de bilan hydrique dans les années à venir », analyse-t-il. Il insiste donc sur le fait que « la meilleure façon de s'adapter au + 4 degrés est de ne pas les atteindre ».

« Un problème saisonnier et non annuel »

Ce changement climatique est perçu par le spécialiste « comme un problème saisonnier et non pas annuel ». En regardant ses cartes, il explique « qu'il y aura une diminution drastique du nombre de jours de gel, c'est-à-dire inférieur à zéro. Cette annonce peut-être bien perçue sauf que le gel permet notamment de tuer les insectes porteurs de maladies. À cela s'ajoute le fait que les arbres ont besoin de froid pour fleurir », informe-t-il. Pour éviter de démoraliser son public, Serge Zaka vient ensuite aux objectifs que les agriculteurs doivent avoir en tête. « Pour remédier au changement climatique, il faut jouer sur les variétés, et adopter des stratégies d'évitement, en cultivant pendant les saisons fraîches par exemple », conseille-t-il avant d'ajouter que « l'augmentation du CO2 favorise l'avancée des stades des cultures ». En ce qui concerne l'élevage, la solution sera « de mettre les animaux en bâtiments bien isolés avec des brumisateurs », explique-t-il. « Il y aura toujours de l'élevage, mais ce qui sera problématique ce sera l'alimentation », informe-t-il. Les facteurs à privilégier sont donc : la gestion et l'alimentation, les bâtiments, le numérique, le choix des races et la gestion des paysages. À la suite de sa partie, il revient sur le fait « qu'il n'existe pas une solution uniforme, mais bien une multitude de solutions complémentaires. Il est impossible d'influencer le climat mais il est possible d'en atténuer les effets ». Avant de laisser la place aux ateliers de l'après-midi, il ajoute que la gestion des paysages est indispensable pour atténuer les effets du changement climatique. « La haie est indispensable pour les cultures, elle permet de protéger du vent, permet de gérer les problématiques liées à l'excès d'eau. Nous avons voulu simplifier le paysage à l'après-guerre, mais nous n'avons fait qu'accélérer la course de l'eau. Il faut jouer sur la connectivité hydrologique des paysages ». En conclusion, il explique qu'il existe des solutions : comme prendre « soin urgemment des forêts françaises, car il existe un important taux de dépérissement », mais que l'État et l'Europe « doivent également être présents économiquement pour créer des filières ».