De l'impasse technique à l'action collective
Ce lundi 24 novembre, Terres Inovia a réalisé une journée dédiée aux aléas climatiques et à la pression des ravageurs, en faisant un focus particulier sur le projet Dephy Expé Concerto.
C'est dans la salle des fêtes de Mouffy que Nicolas Cerutti, référent à Terres Inovia, a accueilli une centaine d'agriculteurs et de partenaires venus assister à une réunion d'information sur les aléas climatiques et à la pression des ravageurs en prenant comme exemple le projet Dephy Expé Concerto. Depuis 7 ans, un collectif de six agriculteurs du secteur de Courson-les-Carrières, dans l'Yonne, accompagné par Terres Inovia, étudie des stratégies territoriales pour que les aléas climatiques et la pression des ravageurs ne soient pas une fatalité. « Auparavant, ces agriculteurs intervenaient chimiquement sur leurs parcelles, sauf qu'à mesure du temps les ravageurs comme l'altise d'hiver se sont adaptés et ont acquis des résistances fortes. À cela s'ajoute l'arrivée de nouveaux ravageurs à cause du changement climatique. Nous sommes dépendants des solutions chimiques disponibles et subissons l'effet des réglementations », déclare Nicolas Cerutti. Il poursuit en faisant un point sur la situation des ravageurs « mobiles et qui appréhendent leurs ressources à l'échelle des paysages ». La quantité d'individus « dépend des cultures et des ressources qu'ils peuvent y trouver, du climat ainsi que des interactions qu'ils peuvent avoir avec les auxiliaires comme les parasitoïdes, les prédateurs du sol et les oiseaux », informe-t-il. En créant un collectif, les agriculteurs ont « la possibilité de déployer de nouveaux leviers (cultures pièges, techniques push & pull), et de coordonner les actions pour éviter les effets contre productifs ». Dans ce projet, trois thèmes ont été ciblés prioritairement. Le premier vise à renforcer le contrôle biologique. Le principe est simple, « il a pour ambition d'augmenter la capacité d'accueil du territoire vis-à-vis des auxiliaires de culture et faciliter leurs déplacements ». Le second thème vise à piéger une partie des altises et cela consiste à « rendre le milieu défavorable aux ravageurs en utilisant des intercultures comme des pièges pilotés ».
« Trouver des moyens de lutte sans insecticide »
Le dernier thème souhaite casser le cycle de développement des ravageurs et atténuer les dégâts sur le colza en « améliorant la robustesse des cultures. Nous souhaitons obtenir un colza robuste avec une croissance continue à l'automne et esquiver les attaques ».
Avant d'améliorer la robustesse des cultures il faut pouvoir lutter contre les ravageurs. Le technicien de Terres Inovia revient donc sur des techniques utilisées : la régulation par le haut et la régulation par le bas. La régulation par le haut, concerne particulièrement les altises qui sont liées « aux interactions biologiques entre tous les organismes auxiliaires, comme des araignées ou bien des parasitoïdes ». La régulation par le haut, quant à elle, a pour but « d'essayer de réguler ces populations par le bas, c’est-à-dire par leurs ressources alimentaires. Les altises utilisent le colza, donc ces plantes hautes, mais elles utilisent aussi d'autres crucifères ». Mais pour pouvoir actionner ces leviers sans insecticide « on a tout intérêt à monter d'un cran et à réfléchir en collectif à l'échelle paysagère en cassant le cycle des insectes ». L'intérêt paysager est nécessaire. Ils ont donc décidé d'entretenir les bandes en fleurs car elles permettent d'attirer les auxiliaires de cultures, que l'on appelle également parasitoïdes. « Nous avons planté deux bandes à l'hectare, car nous savons que les parasitoïdes peuvent se déplacer sur 250 mètres. Il est donc plus facile qu'ils puissent être au contact des ravageurs », conclut-il.