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Productions végétales

Ça ressemble à une impasse

Les membres de la session de la Chambre d'agriculture de Côte-d'Or dressent un constat accablant sur les productions végétales.

Par AG
Ça ressemble à une impasse
Matthieu Duthu et Jacques de Loisy, vendredi dernier à Chanceaux.

« Le blé, on va bientôt le donner » : cette phrase, chuchotée à la salle des fêtes de Chanceaux par une personne que nous n'avons pu identifier, semblait faire l'unanimité ce 21 novembre. « Entre 150 et 170 euros/t selon les réfractions, des marges nettes entre -50 et -70 euros/ha… Oui, c'est très compliqué », illustre Matthieu Duthu, exploitant agricole à Saint-Martin-du-Mont et responsable de pôle. Les producteurs ne voient pas le bout du tunnel depuis plusieurs campagnes. Et c'est dur à accepter : les résultats s'annoncent encore une fois négatifs malgré une moisson 2025 loin d'être mauvaise en quantité. Les prix ne sont pas au rendez-vous et expliquent en grande partie ce marasme. « Ils sont au plus bas depuis 10 ou 20 ans », regrette le président Jacques de Loisy.

Allo, l'Europe ?

Thierry Pouch, responsable du service études économiques des Chambres d'agriculture France, était l'invité du jour. Son exposé sur les perspectives des productions végétales était très attendu mais sans surprise, il n'y a pas de miracle à attendre. Ses graphiques ont illustré la forte dégradation des productions végétales avec notamment l'augmentation des engrais azotés et la diminution du prix de la tonne de blé. Cet effet ciseau ne pardonne rien. Les leviers possibles pour s'en sortir sont très restreints et compliqués à mettre en place, sachant que toute diversification nécessite encore des investissements, des fonds et des emprunts souvent importants… L'économiste en appelle aux Pouvoirs Publics et à l'Union européenne : « ils doivent se ressaisir, des chantiers sont à ouvrir. Il faut revenir sur les aides Pac qui se sont affaiblies chez vous et qui contribuent à ces résultats économiques décevants ». Seul un « électrochoc » pourrait toutefois changer la donne selon Thierry Pouch : « l'Europe n'affiche malheureusement pas de priorité pour la question agricole. Un sentiment d'insécurité alimentaire pourrait changer la donne ». C'est malheureux à écrire mais comme nous l'a confié Thierry Pouch en aparté, un « accident » climatique dans un bassin de production à l’échelle mondiale serait en mesure de faire remonter les cours, tout comme un problème géopolitique : « si le conflit russo-ukrainien venait à se généraliser avec, par exemple, l'attaque d'un pays balte, les marchés revendraient dans une situation d'extrême nervosité ».

Se débrouiller seuls

Matthieu Duthu ne croit pas un seul instant à un quelconque soutien de l'Europe : « pire, des réductions de budget sont annoncées ! Encore une fois, il va falloir se débrouiller seuls et tenter, si cela est encore possible, de réduire nos charges. Sur bien des postes, nous sommes déjà au plus bas, pour ne pas dire au ras des pâquerettes ». Le responsable professionnel évoque les charges de structure : « c'est vraiment le seul point peut-être perfectible, et encore… Cela voudrait dire qu'il faut accentuer le travail en commun et/ou l’agrandissement pour réaliser des économies d'échelle. Mais de l’agrandissement, c'est encore de l'investissement et on n'en finit décidément plus. Et il faudrait réinvestir dans du matériel plus performant. C’est le chien qui se mord la queue ! Personnellement, au moment où je vous parle, là, je ne vois plus de solutions. Le mieux, c'est que le prix du blé repasse au-dessus des 200 euros, cela solutionnerait déjà bien des choses, mais nous en sommes loin ». Matthieu Duthu redoute en outre la mise en place et les impacts du MACF (Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, aussi appelé taxe carbone européenne) : « alors là ce serait le coup de grâce avec des charges supplémentaires estimées entre 50 et 80 euros/ha. Déjà qu'il nous manque plus de 100 euros/ha d'aides… Une fois de plus, on marche sur la tête ».