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International

Visiteurs africains en Bourgogne

Fin novembre, des agriculteurs du Tchad, de Madagascar, du Togo et du Cameroun ont été reçus en Bourgogne-Franche-Comté. Une visite organisée par l'Afdi et qui s'inscrivait dans le cinquantenaire de l'association de solidarité paysanne.

Par Grâce Joffre (Afdi BFC)
Visiteurs africains en Bourgogne
Angéline Razafimbololona et Fanja Ralamboranto, coordinatrice des équipes Afdi à Madagascar, reçues le 27 novembre à la Chambre d'agriculture de Côte-d'Or.

L’année 2025 aura marqué une étape symbolique pour l'association Agriculteurs français et développement international (Afdi). Fondée en 1975 par les organisations agricoles françaises – Chambres d’agriculture, FNSEA, JA, Confédération nationale de la mutualité, de la coopération et du crédit agricoles – l’association a célébré le 25 novembre un demi-siècle d’engagement aux côtés des agricultures familiales du monde. Depuis cinquante ans, Afdi porte deux missions indissociables : des partenariats de coopération internationale pour appuyer des organisations paysannes dans le développement agricole et rural de leurs territoires ; et des actions de sensibilisation auprès du milieu agricole français afin de mieux faire connaître les réalités vécues par leurs confrères des pays dits « du Sud ». Cette seconde mission, véritable éducation à la citoyenneté mondiale, promeut l’ouverture au monde et l’engagement solidaire auprès des jeunes en formation et des responsables professionnels.

Partenariat exemplaire avec Madagascar

À l’occasion du cinquantenaire, Afdi Bourgogne-Franche-Comté (BFC) a accueilli quatre délégations africaines venues du Togo, du Tchad, de Madagascar et du Cameroun. Parmi elles, la délégation malgache illustre un partenariat ancien et structurant typique des engagements de l’association. Afdi est présente à Madagascar depuis 1995 et dispose aujourd’hui de sept salariés permanents. L’association, via son bureau parisien, appuie le syndicat agricole national Réseau Soa depuis sa création en 2003. Réseau Soa s’est imposé comme l’une des principales faîtières de représentation des petites exploitations familiales, fédérant 34 organisations régionales dans 13 régions, soit plus de 30 000 exploitations. Son rôle politique s’est considérablement renforcé : sa présidente, Angéline Razafimbololona, préside également la Chambre d’agriculture nationale (TTM), devenant un interlocuteur incontournable du Gouvernement dans les concertations sur les questions agricoles. Réseau Soa mène un plaidoyer structuré sur la sécurisation foncière, la filière semences, le financement des exploitations, l’adaptation au changement climatique, l’installation des jeunes et la formation aux responsabilités en organisations professionnelles. Les quatre organisations agricoles soutenues spécifiquement par Afdi BFC — Cram (semences de riz), VFTM (cultures alternatives au riz), Rofama (lait local) et MTF (installation des jeunes) — en sont membres.

Rencontres avec la Chambre de Côte-d'Or

À l’occasion des 50 ans, Angéline Razafimbololona et Fanja Ralamboranto, coordinatrice des équipes Afdi à Madagascar, ont passé deux jours en Bourgogne. Après un « groupe Madagascar » national à Paris, elles ont rejoint la Côte-d’Or pour une série de rencontres le 27 novembre à la Chambre d’agriculture, à Bretenière, près de Dijon : échanges avec Thomas Michaut, coordinateur Formation continue, sur le parcours à l’installation ; entretien avec le président de la Chambre, Jacques de Loisy, sur les articulations entre Chambres et syndicats ; puis participation à une projection-débat du festival Alimenterre au lycée agricole de Quetigny. Le 28 novembre, un groupe Madagascar régional ouvert aux extérieurs a permis d’aborder les travaux de Réseau Soa, mais aussi la transition politique en cours dans le pays, après le renversement du Gouvernement survenu mi-octobre. Ces dernières années, les syndicats déploraient une mise à distance des organisations paysannes au profit d’un tropisme vers les investisseurs privés et « l’agrobusiness ». En 2021-2022, ils s’étaient notamment mobilisés contre une discrète réforme foncière qui aurait fragilisé les droits des exploitants. Si les intentions agricoles du nouveau Gouvernement restent encore à préciser, nombreux sont les citoyens, collaborateurs Afdi compris, qui saluent le retour de la liberté d’expression et les ambitions affichées de lutte contre la grande corruption.

Des Tchadiens à la rencontre des jeunes

La venue d’une délégation tchadienne faisait également partie des temps forts de novembre. Dans le cadre de la mission annuelle d’Éducation à la citoyenneté et à la solidarité internationale (ECSI) d’Afdi, deux jeunes agriculteurs tchadiens, Nadège et Djiraïbe, membres de l’organisation professionnelle régionale de jeunes agriculteurs FCEJARLOR (partenaire d’Afdi Nouvelle-Aquitaine), ont séjourné en France du 15 au 26 novembre, dont six jours en Bourgogne. Cette mission vise à favoriser l’ouverture au monde dans les établissements agricoles en donnant la parole à de jeunes producteurs africains sur leurs réalités professionnelles et leurs engagements au sein de la profession. Après un passage en région Centre, ils ont été accueillis en Bourgogne par trois bénévoles Afdi. Leur séjour a été ponctué de visites d’exploitations et de quatre interventions scolaires : au lycée agricole d’Auxerre La Brosse, dans l'Yonne, au lycée de Fontaines Sud-Bourgogne, en Saône-et-Loire, puis à Cosne-Cours-sur-Loire et Challuy, dans la Nièvre. Au total, 114 élèves et étudiants ont échangé avec eux. Les rencontres ont eu un écho particulier à Fontaines et Challuy, où plusieurs jeunes tchadiens suivent des cursus de BTSA grâce à un partenariat avec la Chambre d’agriculture de Saône-et-Loire. Les témoignages de Nadège et Djiraïbe ont ainsi renouvelé l’intérêt et la compréhension mutuelle entre étudiants français et tchadiens, tout en offrant un regard précieux sur les défis de l’agriculture sahélienne. Les deux jeunes agriculteurs ont ensuite participé aux célébrations parisiennes du cinquantenaire, juste avant leur retour au Tchad. Malgré le froid — et même un peu de neige — ils garderont un souvenir marquant de ce premier voyage en France, particulièrement touchés par l’accueil chaleureux des bénévoles, enseignants et agriculteurs bourguignons.