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Lycée agricole de Quétigny

Se familiariser avec la biodiversité

La ferme de Tart-le-Bas mène des expérimentations sur les auxiliaires des grandes cultures. Le lycée de Quetigny entend sensibiliser son public en formation aux différents enjeux de préservation de ces êtres vivants.
Par Aurélien Genest
Se familiariser avec la biodiversité
Étude de la prédation des carabes : des graines de vulpin et de pensée sont collées sur du papier de verre.
Il y a trois ans, le ministère de l'€™agriculture recherchait des établissements volontaires pour intégrer le réseau Biodiv'€™ea. Le lycée agricole de Quetigny sautait sur l'€™occasion, par le biais de sa ferme expérimentale située à Tart-le-Bas. [I]«Aujourd'€™hui, nous faisons partie des dix-huit établissements français appartenant à ce réseau»[i] informe Geneviève Codou-David, professeur de Biologie-écologie, [I]«la démarche est la suivante : les élèves apprennent à mettre en place des protocoles et font l'€™inventaire de la biodiversité dans nos cultures, c'€™est une façon de faire connaissance avec celle-ci. Nos résultats sont envoyés à Biodiv'€™ea. L'€™objectif est de mettre en avant les atouts de la biodiversité fonctionnelle en agriculture»[i].
[INTER]Un savoir paysan oublié[inter]
Les premières expérimentations de 2010 s'€™intéressaient à la biodiversité au sens large, aussi bien animale que végétale. Tout en maintenant ces observations, les comptages se sont vite consacrés aux auxiliaires des grandes cultures, mis en avant dans les phénomènes de régulation agro-écologique. [I]«Le travail actuel porte sur les vers de terre, les syrphes et les carabes, dans différentes conditions de milieu pour pouvoir faire des comparaisons : labours, non labours, prairies, cultures annuelles....»[i] explique Lionel Raynard. Le directeur de la ferme de Tart-le-Bas rappelle la complexité de la notion de biodiversité : [I]«elle est tellement vaste que nous n'€™avons pas la prétention de dire qu'€™il faut avoir tel ou tel carabe dans son champ... Nous voulons juste faire ressortir des tendances. Nous n'€™inventons rien, nous braquons juste les projecteurs sur des savoirs paysans un peu oubliés ces dernières décennies»[i].
[INTER]Trente espèces de carabes[inter]
Geneviève Codou-David se livre à une rapide présentation des auxiliaires étudiés : [I]«certains carabes sont carnivores et mangent des limaces, des escargots et des pucerons ravageurs. D'€™autres sont granivores et pourraient, c'€™est une interrogation, réguler le stock de graines d'€™adventices dans les parcelles. Les vers, on le sait, sont les ingénieurs du sol. Les syrphes sont des insectes volants. Les adultes sont d'€™assez bons pollinisateurs, leurs larves mangent des pucerons»[i]. Pour piéger les carabes, des pots contenant un liquide de conservation sont recouverts d'€™une plaque de plexiglas et enfouis dans la terre. Des comptages sont effectués chaque semaine par les élèves de l'€™établissement. Deux stagiaires, Maxime Lefeuvre et Anaëlle Laroche déterminent les différents types d'€™espèces à l'€™aide d'€™une loupe binoculaire. [I]«Nous en avons recensé une trentaine l'€™an dernier»[i] mentionne Maxime Lefeuvre.
[INTER]à‰tude sur la prédation[inter]
Les cultures de l'€™exploitation de Tart-le-Bas sont divisées en deux zones : une baisse de 30% d'€™intrants est opérée sur la première zone. Sur la deuxième, le pourcentage descend à 50% avec, en plus, la présence de haies et de bandes enherbées. [I]«Il est très clair qu'€™il y a beaucoup plus de carabes, en espèces et en nombre, dans cette deuxième zone. Vous donner des chiffres aujourd'€™hui ne serait pas très représentatif, mais la différence est flagrante»[i] informe Geneviève Codou-David. Un deuxième protocole, s'€™intéressant à la prédation des graines par les carabes, a été mis en place ces jours derniers. [I]«Il a été élaboré par l'€™Inra»[i] explique Maxime Lefeuvre, [I]«cinquante graines de vulpin et cinquante graines de pensée des champs sont collées sur du papier de verre pour que les carabes ne glissent pas. Nous utilisons une cage pour empêcher les souris de passer»[i]. L'€™expérience permettra dévaluer le pourcentage de prédation des graines et d'€™en savoir davantage sur ces auxiliaires agricoles
[INTER]Nombreux partenaires[inter]
Le lycée de Quetigny travaille avec plusieurs organismes. «En parallèle de Biodiv'€™ea, nous avons intégré le réseau Auximore dans lequel la profession agricole joue un rôle important» informe Lionel Raynard. Le lycée est également partie prenante d'€™un projet Casdar portant sur l'€™étude et les facteurs favorables au développement des auxiliaires en grandes cultures. L'€™observatoire agricole de la biodiversité (OAB) est lui aussi intimement lié à Biodiv'€™ea. La Chambre d'€™agriculture, pour ne citer qu'€™elle, s'€™intéresse aux outils d'€™observation mis en place par le Muséum d'€™histoires naturelles de Paris. [I]«Nous réalisons des relevés avec des organismes comme la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), la Chambre d'€™agriculture, la fédération des chasseurs et bien d'€™autres encore. Tout le monde va dans le même sens. La biodiversité se veut être au cœur des pratiques agricoles. Plus d'€™auxiliaires, moins d'€™intrants pourrait être le slogan de cette démarche»[i] termine Lionel Raynard.

Les vers de terre n'€™aiment pas la moutarde !

Les élèves du lycée de Quetigny utilisent un protocole proposé par l'€™Observatoire participatif des vers de terre (Université de Rennes), également utilisé par les agriculteurs du Geda de la Tille. «Pour avoir une idée de la quantité de vers d'€™une parcelle, nous déterminons plusieurs surfaces d'€™un mètre carré sur lesquels nous déversons une solution contenant de l'€™eau et de la moutarde» explique le stagiaire Maxime Lefeuvre, «nous distinguons trois catégories de vers : ceux qui vivent en surface, ceux qui sont en profondeur et ceux qui font des galeries verticales. Nous pouvons faire ressortir plus d'€™une centaine de vers au mètre carré dans les champs où le labour n'€™est pas pratiqué».