Quand les hangars agricoles trouvent un nouveau débouché
Face à la saturation des solutions de stockage autour des villes, des exploitants agricoles valorisent leurs bâtiments disponibles en accueillant camping-cars, vans ou matériel professionnel. Un marché en forte progression, porté par la recherche de revenus complémentaires.
Le besoin de stockage explose autour des grandes agglomérations. Camping-cars, caravanes, vans aménagés mais aussi équipements professionnels ou stocks d’entreprises peinent à trouver des places couvertes et sécurisées. Parallèlement, de nombreux bâtiments agricoles restent partiellement inoccupés dans les territoires ruraux. À la croisée de ces deux réalités, un nouveau marché se structure progressivement : celui de la location d’espaces agricoles pour le stockage.
Selon la plateforme MonHangar.fr, spécialisée dans la mise en relation entre propriétaires de bâtiments agricoles et particuliers ou entreprises à la recherche d’un espace de stockage, la demande dépasse désormais largement l’offre dans de nombreux départements.
Une demande en forte hausse
Le phénomène est porté en grande partie par l’essor des véhicules de loisirs. Depuis la crise sanitaire, les usages ont évolué : les retraités voyagent davantage tandis que les jeunes ménages privilégient parfois la mobilité à l’investissement immobilier. Résultat : le parc de camping-cars et de vans aménagés continue de progresser.
Toutefois, cette dynamique se heurte rapidement à un problème pratique : où stationner ces véhicules sur le long terme ? Dans les zones urbaines et périurbaines, les aires spécialisées affichent souvent complet et les tarifs augmentent fortement. Certains propriétaires sont contraints d’éloigner leur véhicule à plusieurs dizaines de kilomètres de leur domicile. Par ailleurs, les entreprises et artisans rencontrent également des difficultés pour stocker du matériel ou des équipements saisonniers à proximité des bassins d’activité.
Des bâtiments agricoles parfois sous-utilisés
En parallèle, les exploitations agricoles font face à un contexte économique tendu. Volatilité des revenus, hausse des charges, difficultés de transmission ou encore incertitudes commerciales poussent de nombreux agriculteurs à rechercher des revenus complémentaires.
Dans ce contexte, certains hangars agricoles deviennent une ressource valorisable. Départs à la retraite sans repreneur, évolution des systèmes de production ou baisse du nombre de matériels à entreposer laissent parfois des surfaces disponibles.
« Le modèle repose avant tout sur l’existant », expliquent les fondateurs de la plateforme MonHangar.fr. « Aucun investissement lourd ni nouvelle construction ne sont nécessaires dans la majorité des cas. Les bâtiments sont déjà couverts, accessibles et adaptés au stockage ».
Jusqu’à 5 000 euros de revenu complémentaire
Selon la plateforme, le revenu complémentaire moyen peut atteindre environ 5 000 euros par an, en fonction de la localisation et des capacités disponibles.
Au-delà de l’aspect financier, cette activité permet aussi d’entretenir des bâtiments parfois peu utilisés et d’éviter leur dégradation progressive.
Créée en 2021 par Joris Baco et Guillaume Robin, MonHangar.fr propose un accompagnement complet aux exploitants : diffusion des annonces, gestion des demandes, contrats, paiements et facturation. La société met également en avant plusieurs garanties destinées à sécuriser l’activité, notamment contre les impayés ou certains sinistres.
Une opportunité territoriale
Pour les acteurs du secteur, le développement de ce marché traduit une évolution plus large des relations entre villes et campagnes. La pression foncière autour des agglomérations pousse progressivement certaines activités de stockage vers les zones rurales, où des infrastructures existent déjà.
Dans de nombreux territoires, cette tendance pourrait offrir une nouvelle piste de diversification à des exploitations confrontées à des équilibres économiques fragiles.
Reste désormais à structurer suffisamment l’offre pour répondre à une demande qui, selon les professionnels du secteur, continue de progresser rapidement.
En chiffres
Selon les fondateurs de MonHangar.fr, l'offre de lieux de stockage est très insuffisante (1 demande sur 2 ne trouve pas d'offre). C'est sans doute ce qui explique la croissance de la plateforme. Créée en 2022, celle-ci a reversé aux agriculteurs près d'un million d'euros cumulé sur les trois premières années de fonctionnement. Le même montant (1 M€) a également été redistribué rien que pour l'année 2025.
À ce jour, MonHangar.fr compte plus de 2 000 agriculteurs loueurs d'emplacements, pour plusieurs milliers de locataires. 65 % de ces emplacements concernent les camping-cars et fourgons aménagés, 20 % sont occupés par des caravanes et les 15 % restants reçoivent des vans, bateaux, voitures de collection, remorques…
En pratique
Pour les agriculteurs intéressés pour proposer un ou plusieurs emplacements de stockage, il suffit de s'inscrire sur le site monhangar.fr. En tant qu’agriculteur, il s'agit d'une activité accessoire encadrée par l’Article 75 du Code général des impôts. Pour les retraités, cette pratique reste possible, sans démarche particulière ni changement de destination ou modification du bâtiment. L’assurance du bâtiment suffit. Grâce à la renonciation à recours prévue dans les contrats proposés par la plateforme, il est inutile de déclarer la valeur des biens stockés. Le locataire reste tenu d'assurer son bien, et de déclarer le lieu de stationnement à son assureur. L'agriculteur met simplement à disposition un emplacement, sans transfert de propriété ni gardiennage.
Pour l'agriculteur loueur, la création et la publication de l'annonce sont gratuites.
C’est le locataire qui paye une commission à la plateforme. Seule une participation forfaitaire de 3 €/mois/location est retenue sur le montant du loyer qui reste fixé par l'agriculteur. Cette participation est destinée à couvrir les frais d'assistance téléphonique, et de garantir les protections incluses.
Avant tout dépôt du bien, le locataire règle d’avance son premier mois de loyer sur la plateforme. Les paiements sont ensuite mensuels et automatiques, et les loyers sont reversés immédiatement à l'agriculteur.