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Grande distribution et gaspillage

Par philanthropie et par intérêt

Deux ans après la loi anti-gaspillage, Comerso, acteur de la valorisation des invendus des entreprises, a demandé à I’institut Ipsos d’enquêter sur le sujet.
Par V. G.
Par philanthropie et par intérêt
( Crédit photo : Banques alimentaires ) 84 % des denrées sont collectées par les associations elles-mêmes, comme ici les Banques alimentaires.
Deux années après l’entrée en vigueur de la loi Garot, il s’avère que 63 % des acteurs de la grande distribution avaient déjà mis en place des actions anti-gaspillage avant le vote du texte. Néanmoins, 35% d’entre eux déclarent que cette loi les a incités à prendre des initiatives et à aller plus loin dans les dispositifs. Ces derniers consistent à la fois à la mise en place d’actions en amont comme une meilleure gestion des stocks, une sensibilisation et une formation du personnel et une évolution des pratiques et à la mise en place en aval d’actions de valorisation des invendus. Depuis l’entrée en vigueur de la loi, 5,4 actions en moyenne ont été mises en place par magasin. Parmi les initiatives phares sont citées des actions d’accélération des ventes de produits à dates courtes, le don aux associations caritatives ainsi que la valorisation des déchets résiduels.
Concrètement, 98% des magasins mettent en place des actions pour favoriser une meilleure gestion des stocks et 69% mettent en place un recentrage des assortiments. Par ailleurs, la sensibilisation est prise au sérieux  : 52% des magasins organisent des formations anti-gaspillage pour leurs employés et 32% font appel à un coach spécialisé dans ce domaine  ; 37% des grandes surfaces ont même choisi de mener des actions de sensibilisation en direction des clients, 39% pratiquent l’utilisation et la transformation des produits et 26% la vente assistée sur les fruits et légumes. En aval, l’accélération des ventes des produits à dates courtes est une pratique généralisée via le stickage puisque 92% y ont recours. Pour 66% d’entre eux, cette dernière date de plus de trois ans, c’est-à-dire avant l’entrée en vigueur de la loi. La majorité des responsables déclarent le faire pour des raisons financières  : 98 % pour minimiser la casse et 74 % pour sauvegarder une partie des marges. Les clients en bénéficient car, en moyenne, les remises se situent le plus souvent entre - 30 et - 40%.

Tri bio-déchets
La problématique principale du stickage réside dans le temps qu’il nécessite  : 66% des responsables de magasins souhaitent qu’ils prennent moins de temps aux équipes. Il est vécu comme complexe et chronophage. Ceci explique probablement pourquoi 38% des magasins ne suivent pas régulièrement les ventes stickage et que 11% ne les suivent pas du tout. Une autre problématique réside dans la difficulté de gérer les produits stickés non vendus  : 34% d’entre eux sont jetés. Face à ces difficultés, certains magasins choisissent de faire appel à des partenaires externes. Le don aux associations est pratiqué par 93% des magasins qui interagissent en moyenne avec 2,1 associations. 45% d’entre eux sont collectés chaque jour et 64% donnent depuis plus de trois ans. 94% des acteurs de la grande distribution mettent en avant la dimension sociale du don (en externe ou en interne) et 79% d’entre eux se sont aussi investis dans cette démarche pour des raisons financières  : économie fiscale et coût du traitement des déchets. En matière de logistique, 84% des denrées sont collectées par les associations elles-mêmes et 16% par des sociétés externes. 55% des magasins ne donnent pas tous les jours et 20% des collectes se font sans camion frigorifique ; 27% ne donnent qu’une partie des produits frais et uniquement 33% des produits frais métiers. Par ailleurs, 26% des magasins ne savent pas si leurs associations sont agrées Rig (reconnaissance d’intérêt général) ou Rup (reconnaissance d’utilité publique) et la même proportion trouve compliqué de récupérer des attestations fiscales ou ne les récupèrent pas. Enfin, les magasins qui n’effectuent pas de don évoquent l’argument de la responsabilité en cas de problème sanitaire, administratif et fiscal.
L’objectif des magasins est de diminuer au maximum les déchets, mais il reste toujours une part incompressible  ; 60% d’entre eux déclarent avoir mis en place un tri bio-déchets. Il s’agit  des hypermarchés qui se doivent d’être en adéquation avec le cadre légal en vigueur. 10% seulement des magasins pratiquent la valorisation des bio-déchets par des filières spécifiques.