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Cours de la viande

« On s'est foutu de notre gueule pendant 30 ans »

Gérard Berthaut, ancienne figure du syndicalisme côte-d'orien, réagit à l'augmentation des cours de la viande.

Par AG
« On s'est foutu de notre gueule pendant 30 ans »
L'éleveur basé à Saulieu regrette l'attitude de « toute la filière et de la grande distribution » durant les trois dernières décennies.

La légende raconte que sa voix résonne encore contre les murs de la préfecture, quinze ans après… Gérard Berthaut, ancien secrétaire général de la FDSEA21, ne ménageait pas son mégaphone quand il sortait en manifestation. Nous sommes allés le voir il y a quelques jours pour connaître son ressenti par rapport à l'envolée des cours de la viande, lui qui avait l'habitude, avec son équipe, de se battre pour tenter de grappiller quelques centimes du kilogramme. Le Côte-d'orien se montre logiquement satisfait de cette tendance haussière et de ces prix enfin rémunérateurs, mais regrette que cette dynamique ne soit pas intervenue un peu plus tôt, voire beaucoup plus tôt. « Il y avait vraiment la place pour mieux nous rémunérer dans le passé, la preuve en est la situation d'aujourd'hui. Il faut être clair : on s'est foutu de notre gueule pendant 30 ans, au moins. Je pense à toute la filière, les coopératives et autres, sans oublier la grande distribution. On nous disait que les prix ne devaient pas augmenter rapidement, pour ne pas perdre les consommateurs… On voit bien que ces derniers sont encore là aujourd'hui, alors que les prix ont doublé en moins de cinq ans ! Et Leclerc a tout fait pour que les matières premières agricoles restent très basses. Ce niveau de tarifs, il était urgent qu'il arrive. La filière n'a pas dû perdre de l'argent pendant qu'elle nous payait très mal, ou alors c'est sûr, il doit y avoir des gens bien maladroits dans ses rangs ».

Ça repart ou pas ?

Gérard Berthaut espère que ce « renouveau » donnera envie à des jeunes de s'installer. « Il peut y avoir un impact, à condition que les contraintes administratives, les contrôles et les normes environnementales se calment enfin… On nous annonce du mieux dans ce domaine mais si c'est comme l'allègement des charges, on peut avoir le temps d'y croire. Il faut être positif mais réaliste : aujourd'hui, il y a du mal de fait dans nos campagnes, avec toute cette décapitalisation et cette importante baisse d'éleveurs. C'est vraiment dommage. On ne remettra pas tout en place en quelques mois, c'est impossible. C'est surtout pour cela que j'en veux à toute la filière et à la grande distribution : ils ont tout cassé. Ça, tout le monde en a conscience aujourd'hui, même les fautifs ! Un souvenir me vient à l'esprit : quand Jean-Pierre Fleury, alors président de la FNB, avait demandé des cours à 4 euros/kg lors d'un congrès national à l'époque, on lui riait au nez. Ce n'est pas normal. Encore une fois, il y avait la place pour faire mieux, beaucoup mieux. Un autre point à relever : pour moi, la filière a mis beaucoup trop de temps à réagir par rapport au changement de consommation. Transformer nos charolais en steaks hachés, ce n'était pas une mauvaise idée. On m'a d'ailleurs traité de fou, il y a quelques années, quand je l'avais proposé ».

Que va-t-il se passer ?

L'homme de 62 ans espère que les prix resteront rémunérateurs… « de toute façon, c'est obligatoire avec tout ce qui a augmenté à côté. Je pense au machinisme, aux fermages qui ont pris 13 ou 14 % en seulement trois campagnes et bien sûr tout le reste… Et dans tous les cas, rien n'est acquis, il faut toujours se battre ». Au moment de la rencontre, le Mercosur n'avait pas encore livré son verdict. Notre interlocuteur le redoutait fortement. « Ça, c'est une connerie en plus. Paraît-il que notre Président ne voulait pas signer, on verra bien… Si ça passe, l'afflux de marchandises qui ne respectent pas nos normes engendrera forcément une baisse des cours ». Gérard Berthaut fait remarquer que les prix en France sont encore 70 à 80 centimes/kg inférieurs à ceux pratiqués en Italie : « on peut même penser et espérer que nos prix continuent d'augmenter. Il y a encore de la marge et il faut tout faire pour aller la chercher. À ce titre, j'invite les éleveurs à bien se renseigner sur l'évolution des cours, chaque semaine, pour vendre leur viande aux meilleurs prix, sans se faire avoir ».