Les formations sur les sols prennent racine
L'importance du sol dans un contexte de changement climatique impose une montée en compétences des agriculteurs sur cette question. Vivéa encourage cette dynamique de création de formations dédiées en proposant un cahier des charges spécifiques.
L’agriculture française est confrontée à des défis majeurs : préserver la qualité des sols, réduire l’usage des intrants chimiques, faire face au changement climatique et mieux gérer les ressources en eau. Dans ce contexte, la santé des sols apparaît comme un levier essentiel pour assurer la durabilité des systèmes agricoles, aussi bien sur le plan économique qu’environnemental. Le sol n’est pas un simple support fixe, mais un écosystème vivant et dynamique qui évolue au fil du temps. Comprendre sa composition chimique, physique et biologique est essentiel pour ajuster et optimiser les pratiques culturales. Pourtant, de nombreux agriculteurs ne disposent pas toujours de l’ensemble des connaissances ou des compétences pratiques nécessaires pour observer, comprendre et améliorer la vie de leurs sols. C’est pourquoi, les élus de Vivéa (fonds d’assurance formation des chefs d’exploitation) incitent les organismes à développer des formations dans le cadre d’un cahier des charges intitulé « Comprendre et améliorer la vie de ses sols pour des exploitations durables ». Depuis le 1er janvier 2025, 23 formations ont été réalisées dans l’ensemble des départements de Bourgogne-Franche-Comté (BFC). Deux participants à ces formations apportent leur témoignage :
– Jérémy Chausse (Haute-Saône) a suivi la formation « Gestion durable des sols : Adapter vos pratiques en fonction des analyses et de l'observation de vos sols » organisée par l’Association pour la formation et le perfectionnement des agriculteurs et salariés (Afpasa) en septembre. « Je suis installé dans un Gaec à 3 associés et 2 salariés dans une ferme de polyculture élevage avec une unité de méthanisation qui produit du digestat solide et liquide. Nous travaillons le sol avec labour et Techniques culturales simplifiées (TCS) et c’est moi qui ai la responsabilité des cultures. Je me suis inscrit à cette formation car j’ai réalisé mon BTS agronomie-production végétale il y a 10 ans et j’avais besoin de me rappeler les bases agronomiques. Maintenant que j’ai de l’expérience, je voulais vérifier que mes pratiques sont adaptées. Du fait de l’unité de méthanisation, on ne se situe pas dans les mêmes systèmes que les collègues concernant les choix de rotations et les pratiques de fertilisation. La composition du digestat apporte de la matière organique (MO) différente de celle d’un fumier, il faut donc faire attention à ne pas diminuer le taux de MO et l’équilibre chimique et organique du sol. Le digestat est riche en éléments fertilisants et en oligoéléments donc je dois adapter et apporter moins d’engrais minéral. Cet automne, j'ai mis directement en application ce que j’ai appris et je ne récolterai pas les intercultures. Je vais les broyer et les laisser sur le champ ce qui permettra d’apporter de la MO végétale qui est souvent exportée en système méthanisation. L’année 2025 se prête à ce changement car nous avons beaucoup de stocks de fourrages. Je n’aurais pas eu cette réflexion si je n’avais pas participé à la formation et échangé avec le formateur Émeric Courbet. Lorsque la saison viendra, on s’interrogera sur la composition des mélanges d’intercultures pour qu’ils contribuent à la structuration du sol et permettent de faire progresser le taux de MO du sol et donc sa fertilité. »
– Benoît Leprun (Yonne) a suivi la formation « Elémen’terre, mon cher Whatsol ! », organisée par la Chambre d’agriculture de l’Yonne en avril et novembre. « Je fais partie du collectif d’agriculteurs la SEP de Bord, situé sur à Bligny-en-Othe. Il regroupe quatre exploitations (3 EARL et 1 Gaec) qui mutualisent leurs biens de production et gèrent leurs grandes cultures sous la forme d’un assolement en commun. Lorsque le groupement s’est formé en 2009, chaque exploitation était menée en agriculture conventionnelle. Néanmoins, nous avions la conviction que le sol était un support vivant et pas une matière inerte dont la seule fonction serait d’accueillir des semences, des engrais et des pesticides. En nous regroupant, nous avons eu la volonté d’aller ensemble vers de nouvelles pratiques, plus respectueuses des sols. Le groupement a décidé de travailler en agriculture de conservation des sols (ACS). Pour réussir ce projet, nous avons tous suivi des formations sur le thème du sol et de l’ACS et nous continuons à en suivre aujourd’hui. Lorsque l’on s’engage dans une nouvelle pratique, il y a parfois des échecs, c’est inévitable… le plus important, c’est de savoir interpréter et comprendre ce qui n’a pas marché et pourquoi, afin de ne pas reproduire les mêmes erreurs par la suite. La formation aide aussi à tenir sur la longueur : en échangeant avec les autres, on se rend compte que l’on n’est pas seul à rencontrer des difficultés et cela motive à trouver des solutions ! Le conseiller production végétale de la Chambre d’agriculture de l’Yonne et le conseiller environnement, qui est pédologue de formation, ont construit une formation à la fois très pointue et parfaitement adaptée à ce que nous attendions depuis un certain temps. La première journée s’est déroulée sur notre exploitation, car nous avons de l’espace et une salle adaptée pour recevoir le groupe de 10 participants. Le fait d’être sur la ferme, ça a été un vrai plus, ça nous a permis, par exemple, de creuser dans une des parcelles pour voir un profil de terre d’un mètre de profondeur. Cette formation était dynamique, concrète et passionnante ! Ma conviction, c’est que ces formations sont aujourd’hui indispensables : le sol est vraiment quelque chose de vivant dont on doit prendre soin. C’est un travail de long terme que nous nous devons de mener pour léguer quelque chose de correct à ceux qui nous suivront. »