Le point avec « Monsieur Moutarde »
Si vous faites de la moutarde, c'est sûr, vous le connaissez, ou vous l'avez eu au téléphone au moins une fois. Jérôme Gervais, alias « Monsieur Moutarde » ou encore « Nounours » pour certains, est « le » référent technique dans cette culture et ce, depuis son arrivée à la Chambre il y a 31 ans. Les adhérents de l'APGMB (Association des producteurs de graines de moutarde de Bourgogne) l'appellent régulièrement, surtout si le technicien de leur OS n'a pas la réponse à leur question. Lors des derniers semis, son téléphone a sonné jusqu'à 30 fois par jour.
Bien lancé
Les semis, justement, se sont très bien passés avec des conditions météo presque idéales. Les dates ? Du 4 au 30 octobre pour les 517 adhérents de l'association. « Les pluies qui ont suivi ont permis une belle levée, rapide et homogène. Un peu partout, c'est bien », décrit Jérôme Gervais. Le seul petit « pépin » est à mettre à l'actif de quelques attaques de limaces, dans certaines parcelles. « Un peu comme tous les ans, mais c'est très localisé. Ce n'est pas grave, les trous seront bouchés au printemps », poursuit le conseiller. Ces dates de semis sont plus tardives que d'ordinaire, observe l'homme de 54 ans, originaire de Mont-Saint-Jean : « c'est ce que nous recherchons… Nous semons 15 jours, voire parfois un mois plus tard qu'avant. L'idée est d'éviter les gros vols d'altises, qui ont lieu généralement autour du 25 septembre. Sur ce point, une faible pression d'insectes a été observée cette année, il y a donc peu de dégâts ».
En chiffres
Lors de cette campagne, 8 500 ha sont semés en moutarde conventionnelle, 850 le sont en bio. Les parcelles concernées sont situées dans 20 départements : c'est trois de plus que l'an passé avec « l'arrivée » du Nord, du Haut-Rhin et de la Seine-Maritime. La Côte-d'Or reste de loin le territoire le mieux représenté avec 64 % des surfaces, 287 producteurs conventionnels et 25 en agriculture biologique. Les prix de la prochaine récolte sont d'ores et déjà connus : ce sera 1 547 euros/t en conventionnel et 3 400 euros/t minimum en bio. En volumes, Jérôme Gervais « signerait » volontiers pour obtenir le même rendement final que celui de 2024 : « nous avons terminé exactement à 16,3 q/ha en conventionnel. Cela peut paraître un peu exceptionnel car nous restions sur plusieurs campagnes décevantes, mais ce niveau de résultat était notre moyenne habituelle il y a encore cinq ans, quand les altises n'étaient pas un réel problème. Nous viserons encore une fois les 16 q/ha cette année ». Derrière les 16,3 q/ha de moyenne de 2024 se cachent de grandes disparités. Les rendements en conventionnels varient de 8 à 30 q/ha. Une parcelle du secteur beaunois et une autre localisée en Seine-et-Marne ont établi ces très beaux scores. Le « record » n'est toutefois pas tombé, il appartient toujours à un champ de Côte-d'Or avec 34 q/ha réalisé il y a plusieurs années. En bio, la moyenne 2024 a terminé à 5,5 q/ha avec des résultats variant de 0 à 12 q/ha, comme le décrit Jérôme Gervais : « 0, cela arrive quand les levées n'ont pas été bonnes et quand les insectes se sont manifestés en masse… Certaines parcelles ne sont parfois jamais récoltées. Un rendement de 12 q/ha, c'est très beau en bio, cela a été réalisé non loin de la maison de l'agriculture de Bretenière. Le record ? Si ma mémoire est bonne, il est de 14 q/ha il y a quelque temps ».