Accès au contenu
Biocarburants

La France, première consommatrice de biocarburants de l’UE

Le baromètre biocarburants d’Eurobserv’er (Observatoire des énergies renouvelables en Europe) constate une hausse de la consommation de biocarburants dans les transports de l’Union européenne entre 2016 et 2017.
Par Valérie Godement
La France, première consommatrice de biocarburants de l’UE
( Crédit photo : G. Omnès ) La production européenne de bioéthanol a augmenté de 11 % en 2017.
La consommation de biocarburants a augmenté de 9,2 % pour s’établir à 15, 5 Mtep en 2017, soit un gain de 1,3 Mtep par rapport à 2016. Toutes les grandes catégories de biocarburants ont vu leur consommation progresser, mais, parmi les deux principales, c’est la catégorie biodiesel (qui inclut le biodiesel de synthèse HVD) qui a augmenté le plus rapidement, soit un gain de 1142 ktep par rapport à 2016 (+ 10%). Dans le même temps, la consommation de bioéthanol n’a progressé que de 156,6 ktep (+ 5,8%) La consommation de biogaz carburant, destiné aux motorisations GNV (gaz naturel pour véhicules) a été recensée dans trois pays : Suède, Finlande et Allemagne. Cette consommation est aussi en augmentation avec une hausse de 9,7%, passant de 134,5 ktep en 2016 à 147,5 ktep en 2017. Le biodiesel reste le carburant le plus consommé en Europe. Toutefois, l’Union européenne n’est pas la première zone mondiale de consommation de biocarburants. Le continent américain est de loin le premier, avec le Brésil (16,3 Mtep en 2017), mais surtout les Etats-Unis qui représentent à eux seuls plus du double de la consommation de l’UE (34,8 Mtep en 2017).
 En France, la consommation de biocarburants a atteint 3335 ktep en 2017, soit une augmentation de 7,2% par rapport à 2016. La consommation totale se répartit entre 539 ktep de bioéthanol et 2 796 ktep de biodiesel avec un gain de 155 ktep (+ 5,9%) et de 65 ktep pour la filière bioéthanol (+13,7%). Le biogazole de synthèse type HVO est le biocarburant dont la consommation a le plus augmenté ces dernières années. Il est passé en volume de 2 368 tonnes en 2013 à 295 042 tonnes en 2017. Il représente désormais 9,5 % de la consommation en volume de biodiesel en France. La consommation de biodiesel de type EMVH (ester méthylique d’huile végétale), après trois ans de stabilité (aux environs de 2,6 millions de tonnes), voit enfin son niveau croître de 53 300 tonnes. La consommation de bioéthanol, qui en contenu énergétique atteint 539 ktep en 2017, représente en volume une consommation de 783 098 tonnes. Elle comprend la part de bioéthanol consommée sous forme d’ETBE (éthyl tertio buthyl éther, un mélange de bioéthanol avec un sous-produit de l’industrie pétrolière) ainsi qu’une petite part de bioessence de synthèse (obtenue par hydrotraitement d’huiles ou par procédé Fischer-Tropsch à partir de gaz de synthèse) dont le volume de consommation atteint 84 735 tonnes en 2017. La France a mis en place un plan d’incorporation de biocarburants dans les carburants traditionnels d’origine fossile. Pour 2017 : 7,5 % pour le bioéthanol et 7,7 % pour le biodiesel.

Le bioéthanol cellulosique peine à décoller
En Allemagne, la consommation de biocarburants a légèrement augmenté en 2017, passant de 2 574 ktep à 2 608, ktep. Cela s’explique par une contribution supplémentaire du biodiesel (+ 47,8 ktep), la consommation de bioéthanol ayant légèrement diminué (- 14,3 ktep). En Suède, les biocarburants ont représenté, en 2017, 20,8% de l’ensemble des carburants consommés, soit de loin le plus haut niveau d’incorporation de l’UE. La consommation de biocarburants dans le pays a atteint 1 646,4 ktep, en hausse de 13,2 %. Ceci est essentiellement dû à une forte croissance du biodiesel et en particulier du biodiesel de type HVO. En Espagne, la consommation de biocarburants a augmenté de 15,4%, pour atteindre 1287,7 ktep. Là encore, c’est le biodiesel qui a tiré le marché avec une hausse de 17,1% pour atteindre 1148,1 ktep. La consommation de bioéthanol n’a, pour sa part, augmenté que de 3% pour atteindre 139,6 ktep (+ 4,1 ktep).
La production européenne de bioéthanol est passée à 3 875 463 tonnes en 2017, soit une augmentation de 11%. Pour ce qui est des capacités de production, la tendance est à une légère diminution, le nombre de raffineries bioéthanol de première génération étant passé de 60 à 55. De nombreuses entreprises européennes sont prêtes à accompagner l’objectif européen de 3,5% d’incorporation de biocarburants avancés d’ici fin 2030. La production de HVO avancé, basé sur le traitement de graisses animales et d’huiles usagées, aurait été de 2,6 milliards de litres de 2017 pour six raffineries en activité. Cette production pourrait passer à 2,8 milliards en 2018 et 4 milliards en 2020 avec au moins huit raffineries, grâce à de nouvelles usines en France et en Italie. Dans l’Hexagone, le groupe Total va ouvrir une unité fin 2018 à Mède (13) dont la capacité de production sera de 200 millions de litres ; une capacité qui passera à 640 millions dans les années qui suivent. La matière première devrait être à 60 /75% de l’huile végétale, soit essentiellement de l’huile de palme. Le reste devrait provenir d’huiles de cuisson usagées et de graisses animales. Le bioéthanol cellulosique peine pour sa part à décoller puisque sa capacité totale européenne est de 60 millions de litres en raison de ses coûts de recherche et de développement et des incertitudes réglementaires. Mais la production n’est pas à l’arrêt puisqu’un site s’est ouvert cette année en Finlande et qu’un autre va voir le jour en Roumanie grâce à l’entreprise suisse Clariant.

La consommation pourrait être doublée en 2030

La consommation de bioéthanol et de biodiesel, conventionnels ou avancés, va continuer à augmenter, à l’échelle de l’UE, et ce en lien avec l’augmentation des taux d’incorporation prévus par chaque pays membre. Le taux d’incorporation en contenu énergétique pourrait atteindre 5,2% en 2018, soit une part de 3,6% pour le bioéthanol et 5,8% pour le biodiesel. La part de biocarburants issus de cultures alimentaires est, elle, estimée à 4,1%, à comparer au plafond des 7% instauré dans le cadre de la directive Casi à l’horizon 2020 et, à plus long terme, dans la cadre de la RED 2 sur la période 2021-2030. La marge de progression théorique pour les biocarburants conventionnels est donc de 2,9% d’ici 2020. La part en mélange et contenu énergétiques des biocarburants avancés est, elle, estimée à 1,2% ; 1 % est issu d’huiles de cuisson usagées ou de graisses animales et 0,2 % provient de sous-produits agricoles et forestiers, issus notamment de matières premières cellulosiques.
Selon les estimations, la production maximale théorique des biocarburants dans leur ensemble pourrait atteindre les 35 Mtep d’ici 2030, soit plus du double de la consommation mesurée en 2017. Les projections faites par EurObserv’ER estiment que la consommation de biocarburants utilisés pour les transports sera de 30 Mtep en 2030.