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Énergies

La climatisation réchauffe la planète

Cela peut sembler paradoxal mais les climatiseurs contribuent au réchauffement climatique de la planète. C’est ce qu’explique l’Agence internationale de l’énergie dans une récente étude.
Par Valérie Godement
La climatisation réchauffe la planète
( Crédit photo : Banque mondiale ) En Chine, les installations de climatiseurs se multiplient.
Partout dans le monde, la population cherche à se protéger de la chaleur croissante en installant des climatiseurs. Aujourd’hui parmi les 2,8 milliards de personnes vivant sous des climats très chauds, seulement 8 % ont un logement climatisé, mais les installations vont s’accélérer. Entre 1990 et 2016, les ventes de climatiseurs sont passées de 24 à 42 millions d’unités par an. Et ce chiffre ne va cesser de croître puisque le nombre de personnes accédant à un meilleur niveau de vie augmente, notamment en Inde, en Indonésie et en Chine. Ces trois pays devraient contribuer pour moitié à la hausse mondiale de consommation électrique pour la climatisation. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) estime que plus de 1,6 milliard de systèmes de climatisation sont actuellement en service dans le monde, dont environ la moitié en Chine et aux États-Unis. Ce chiffre pourrait atteindre 5,6 milliards en 2050, soit 10 climatiseurs vendus à la seconde pendant 30 ans. Le marché des équipements de refroidissement pourrait atteindre 260 milliards de dollars en 2050, contre 140 milliards de dollars aujourd’hui. Même si leur performance énergétique est très inégale – ceux vendus au japon et dans l’UE sont 25 % plus efficaces en moyenne que ceux vendus en Chine et aux Etats-Unis -, les climatiseurs sont très énergivores : ils consomment globalement 2 100 térawattheures d’électricité par an, soit l’équivalent de quatre années de consommation française.

Renforcement des normes d’efficacité énergétique
De tels niveaux de consommation d’énergie ont des conséquences sur l’environnement et le climat lorsque l’on sait que les deux tiers de l’électricité produite dans le monde le sont par des centrales fonctionnant aux énergies fossiles (charbon et gaz naturel essentiellement). L’AIE estime à 1,1 milliard de tonnes le bilan carbone annuel de la climatisation, soit autant que ce qu’émet aujourd’hui le Japon. Outre la consommation élevée d’électricité, les fluides frigorigènes utilisés par les climatiseurs appauvrissent la couche d’ozone et rejettent une grande quantité de CO2 dans l’atmosphère. Hausse de la démographie, du pouvoir d’achat et des températures vont donc contribuer à l’installation toujours croissante de climatiseurs qui vont engendrer une augmentation du réchauffement climatique.
Pour briser ce cercle vicieux, l’AIE prône un renforcement des normes d’efficacité énergétique des appareils couplé à une amélioration de la performance thermique des bâtiments, c’est-à-dire une meilleure isolation. En France, l’Ademe suit de près le sujet et estime qu’il est primordial de trouver des solutions de climatisation en énergie utilisant des fluides à faible impact de réchauffement global ou des technologies alternatives sans fluides frigorigènes et qu’il faut parallèlement mieux isoler les bâtiments afin qu’ils conservent au maximum la fraîcheur à l’intérieur. D’où l’idée de coupler les climatiseurs à des sources d’énergies renouvelables, en particulier au solaire photovoltaïque. Un rafraîchissement plus durable et plus efficace permettrait de stabiliser la demande énergétique globale pour les besoins en climatisation sans limiter l’accès des pays émergents à ce confort.