L'investissement mécanique, une donnée économique centrale
L'assemblée générale de la Fédération régionale des Cuma de Bourgogne-Franche-Comté aura permis de reposer ce qui est devenu un point central d'une économie agricole fragilisée : l'investissement en mécanisation doit, plus que jamais, se réfléchir stratégiquement, en particulier dans l'optique du renouvellement des générations.
Le niveau de mécanisation et les charges qui s'y rapportent sont un sujet permanent de débats au sein du monde agricole. A fortiori quand ce dernier se trouve fragilisé par des facteurs conjoncturels liés aux marchés, aux problématiques sanitaires ou à l'inflation. L'assemblée générale de la Fédération des Cuma de Bourgogne-Franche-Comté (BFC), organisée le 5 février en Côte-d'Or, à Salmaise, offrait un bel aperçu des réflexions à l'œuvre dans ce domaine. S'il fallait une preuve supplémentaire du caractère économiquement central du thème de la mécanisation, la récente évolution fiscale dont les Cuma vont bénéficier (voir encadré) en témoigne. Il s'agit d'un crédit d'impôt mécanisation collective. Le sujet fait beaucoup parler. Pour les Cuma, il concrétise l'aboutissement de plusieurs années de revendications. Selon Hervé Delacroix, agriculteur du Doubs et président de la FRCuma, cette évolution pourrait entraîner une économie potentielle de 2 millions d'euros pour les adhérents de BFC. Elle pourrait aussi permettre aux Cuma d'atteindre l'objectif de 30 % de mécanisation mutualisée dans cinq ans, contre 10 % aujourd'hui. « Ce crédit d'impôt, poursuit Hervé Delacroix, traduit le rétablissement d'une équité fiscale entre ceux qui investissent à titre individuel et ceux qui font le choix du collectif. »
À l'heure de la facturation électronique
En allant plus loin, le président de la FRCuma BFC ajoutait la volonté du secteur des Cuma de voir intégrées à la loi d'orientation agricole les questions d'investissements mécaniques. Au-delà de cette importante évolution fiscale, les Cuma s'apprêtent à se mettre au diapason de l'instauration de la facturation électronique, à partir de septembre prochain. Un virage pour lequel l'accompagnement de la fédération régionale devra être au rendez-vous. C'est d'autant plus important que, à l'instar de tous les secteurs du monde agricole, l'univers des Cuma s'interroge sur le renouvellement des générations. Attirer des jeunes, les inciter à s'engager dans des pratiques collectives, mais aussi à assumer les charges de travail que cela implique : voilà un autre grand thème de réflexion que la FRCuma BFC a abordé lors de cette journée. La visite de la Cuma des Deux Vallées, dans le village voisin de Boux-sous-Salmaise, qui prolongeait les débats et échanges, montrait qu'un modèle Cuma né il y a plus de 40 ans pouvait se perpétuer, y compris avec un changement de génération. Mais ce n'est pas le cas partout. Alexandre Lacombe, installé en 2016 en polyculture élevage laitier bio et président de cette Cuma depuis 2023, soulignait combien ce système coopératif représentait, en plus des avantages économiques, un atout pour l'organisation des chantiers.
25 000 plutôt que 500 000…
L'arrivée de nouvelles générations fait aussi évoluer le fonctionnement des Cuma, notamment sur la gestion des données avec une meilleure maîtrise des nouvelles technologies dans ce domaine, ou encore la mise en place de groupes Whatsapp afin de mieux communiquer entre les différents utilisateurs au sein de la Cuma. L'un des adhérents de la Cuma des deux Vallées, également nouvellement installé, faisait valoir que, pour un investissement d'environ 25 000 euros en parts de la Cuma, il avait accès à l'utilisation d'un matériel dont la valeur totale est d'au moins 500 000 euros… En termes de stratégie d'installation, l'argument mérite d'être entendu. Reste que ces Cuma, inquiètes pour leur avenir, ne sont pas toujours exemplaires lorsqu'il s'agit d'accueillir un nouvel arrivant, surtout quand il est jeune et inexpérimenté. « Les Cuma, confirmait un participant à l'assemblée générale, doivent parfois balayer devant leurs portes et se montrer plus ouvertes aux nouveaux arrivants. Il est aussi important de bien expliquer au jeune le règlement intérieur de la Cuma qu'il veut intégrer, pour que les choses se passent au mieux. » Enfin, plus étonnant mais observé également : la volonté, pour certains agriculteurs proches de la retraite et ne souhaitant pas réinvestir lourdement dans du matériel, de rejoindre une Cuma (voir encadré). Un moyen de gagner en sérénité pour sa fin de carrière, mais aussi, dans certains cas, de sécuriser un processus de cession d'exploitation sans faire peser sur le repreneur le poids financier d'un investissement tardif.
La FRCuma en chiffres
En Bourgogne-Franche-Comté, la FRCuma rassemble 755 Cuma cotisantes pour un chiffre d'affaires HT cumulé de 38,4 M€. Ces Cuma ont investi l'an dernier pour 34,9 M€.
Le crédit d'impôt mécanisation collective
Adopté le 2 février, le crédit d'impôt mécanisation collective est une mesure fiscale en faveur des pratiques de mutualisation de matériels agricoles entre agricultrices et agriculteurs via les Cuma. Ce crédit d'impôt s’appliquera dès cette année pour les agricultrices et agriculteurs sur leurs factures annuelles de Cuma avec un taux de 7,5 %. Avec un plafond de 3 000 euros par exploitant, et l’application d’un plafond à 10 000 euros pour les Gaec, l’ensemble des agricultrices et agriculteurs qui mutualisent au maximum leurs machines agricoles, via les Cuma, seront éligibles.
La Cuma, à l'approche de la retraite...
Thomas Michon est adhérent de la Cuma de la vallée du Mesvrin, en Saône-et-Loire. Il fait le constat d'agriculteurs, déjà adhérents de la Cuma qui sont proches de l'âge de la retraite et qui ne souhaitent pas renouveler leur matériel : « Ils ne veulent pas se recharger financièrement. Ce type de sollicitations me paraît important à signaler parce que cela montre que le renouvellement des adhérents de Cuma ne se fait pas que par la jeunesse. Lorsqu'on est sollicité, on évalue les besoins de ces agriculteurs qui sont à 5 ou 10 ans de leur retraite, on prend en compte leurs demandes et on voit ce que nous pouvons leur proposer. Ils viennent souvent nous voir parce qu'ils savent déjà que nous disposons d'un matériel qui les intéresse ».