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Identités Céréales

L'agriculture et l'alimentaire, dans le choc des souverainetés

Lors de la matinée dédiée aux 30 ans d'Identités Céréales, Sébastien Abis, chercheur associé à l'Iris, a fait un point sur l'actualité mondiale des céréales.

Par Charlotte Sauvignac
Identités Céréales
Sébastien Abis, chercheur associé à l'IRIS a réalisé une intervention au cours de la fête des 30 ans d'Identités Céréales.

C'est dans la salle du Prieuré, au domaine Alain Geoffroy à Beine, que ce mardi matin, Fabien et Michel Maurice les responsables de la société de commercialisation Identités Céréales ont reçu leurs partenaires, qu'ils soient agriculteurs ou meuniers. Après avoir retracé l'historique de l'entreprise et les nombreux contrats qu'ils ont pu obtenir au fur et à mesure du temps, comme Lu Harmony, ils ont laissé la parole à Sébastien Abis, chercheur associé à l'Iris. Spécialisé en géopolitique, ce chercheur commence son intervention avec des mots très forts pour capter son auditoire. « Nous avons commis une erreur, me semble-t-il, vu d'Europe et de France. Nous avons considéré que certains secteurs n'étaient plus des secteurs d'avenir. Nous n'avons pas vu à quel point la planète avait faim et allait vouloir mettre le turbo sur l'agricole », affirme-t-il devant l'assemblée. Accompagné par une diapo, il dévoile le grand thème à savoir « un Everest devant nous ». Pour lui, cela inclut trois grandes dynamiques : la sécurité, la santé et la décarbonation des systèmes productifs. Pour parler de sécurité, Sébastien Abis lie rapidement ce terme à la démographie car « nous allons avoir dans ce siècle quelque chose que l'on a jamais connu, une population dont la taille n'a jamais été aussi élevée », manifeste-t-il. Cette croissance démographique inquiète profondément Sébastien Abis car « nous constatons que près de deux milliards de personnes ne mangent pas assez, et que d'autres ne mangent pas assez équilibrés », analyse-t-il. Le second axe, le fait de décarboner les systèmes productifs est primordial pour lui. « Évidemment nous ne pouvons pas produire n'importe comment. On ne peut pas produire en épuisant tout car nous devons préserver la viabilité planétaire », explique le chercheur.

Nourrir, réparer et soigner

Quant au troisième axe, la santé humaine, elle est extrêmement corrélée à l'espérance de vie, explique le chercheur. « C'est par une alimentation équilibrée que l'espérance de vie augmente. Je rappelle qu'en Chine en 2050, il y aura plus d'habitants de plus de 65 ans que toute la population européenne », illustre-t-il, avant d'ajouter que « nous sommes dans une planète qui grisonne ». Pourtant, « nous nous rendons bien compte que nous ne sommes pas en train de préparer une planète du vieillissement. Aujourd'hui, un tiers des habitants en Ehpad souffre de dénutrition faute d'aliments adaptés à leurs besoins. Et si on ne travaille pas sur ce segment-là de la population, on passe à côté d'un grand marché qui est encore plus vaste », exprime-t-il. Il reprend ensuite sur l'interdépendance de l'agriculture au niveau mondial et explique que « nous avons besoin de coopérer davantage pour faire en sorte qu'à l'échelle internationale, entre les cultures, on partage des solutions pour pouvoir éviter la propagation de maladies sur le végétal ou sur l'animal ». En rigolant, il passe à la diapo suivante qui illustre un hippopotame. « Nous sommes à l'ère de l'hippopotame, vous savez pourquoi ? Il est considéré comme un animal fort, polygame et avec de la vélocité ». Cela fait bien évidemment référence aux accords commerciaux entre les pays. « Nous faisons face à des pays qui ne restent pas unis. Les Brics(1), par exemple ne sont unis que parce qu'ils ne veulent plus suivre l'Europe et les États-Unis. La Chine et l'Inde sont obnubilés par la sécurité alimentaire et sont capables de retirer du marché des produits qu'ils cultivent pour préserver leur population ». En concluant son intervention, il revient sur le fait que « nous avons trop, en tant que pays européens, baissé la garde pendant 30 ans ».

(1) Acronyme formé de la lettre initiale de quatre pays : Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud.