Futurs ingénieurs et agroénergies bien actuelles
La chaire Agroénergies de l'Institut Agro Dijon a organisé, avec le concours d'étudiants, un évènement sur le développement de ces activités.
« Vous ne travaillerez pas forcément dans les agroénergies, mais tous, en tant qu'ingénieurs agronomes, serez impactés dans votre profession. Ces activités sont désormais une partie intégrante de l'agriculture ». Ces propos, c'est Pascal Rol, ingénieur d'affaires biométhane chez GRDF, qui les a tenus devant un public d'étudiants, à l'Institut Agro Dijon, le 11 décembre. Tous participaient aux rencontres organisées par la Chaire Agroénergies de l'Institut Agro, et notamment par quatre étudiants (voir encadré). Pascal Rol résumait assez bien le poids croissant pris par les agroénergies dans les activités agricoles en général et leur caractère de plus en plus incontournable dans les réflexions à avoir sur les systèmes agricoles. L'objectif de ces rencontres était d'acculturer des étudiants à ces nouvelles combinaisons entre ateliers agricoles « classiques » et productions énergétiques. Au programme : méthanisation et agrivoltaïsme. Des représentants d'énergéticiens et des agriculteurs impliqués dans ces activités sont venus témoigner de leurs expériences, de leurs espoirs, de leurs réussites mais aussi de leurs échecs ou des nombreuses difficultés à surmonter pour parvenir à faire des productions énergétiques un vrai « plus » pour la viabilité économique de leurs exploitations.
Avoir en tête des aspects essentiels
Sur la méthanisation, les objectifs d'une production nationale de 300 TWh à l'horizon 2050 ouvrent d'intéressantes perspectives mais Christophe Rousseau, agriculteur de l'Yonne et président de l'Association des agriculteurs méthaniseurs de Bourgogne-Franche-Comté (AAMBFC) le répétait : on ne s'improvise pas méthaniseur. Cela implique de lourds investissements et donc la nécessité de penser un projet bien dimensionné. « Il faut, précisait-il, avoir bien en tête deux aspects essentiels : la capacité d'épandre les digestats produits par le méthaniseur et celle de disposer de suffisamment de matière à introduire dans le méthaniseur. Il faut aussi être conscient qu'un agriculteur qui se lance dans un tel projet va devoir batailler, face à l'administration, les opposants… » Des développeurs tels que GRDF accompagnent et orientent les agriculteurs porteurs de projets dans les choix à opérer. La méthanisation est aussi porteuse d'avantages agronomiques, avec la possibilité d'allonger les rotations de cultures. L'agrivoltaïsme fut aussi largement évoqué avec le concours d'un autre agriculteur de l'Yonne, Hugues Trameau, vice-président de la Fédération française des producteurs agrivoltaïques (FFPA). Le développement de sa troupe ovine se fait en parallèle d'un projet agrivoltaïque pour lequel les premiers coups de pioches devraient être donnés dans 18 mois. C'est une manière de valoriser des terres très superficielles sur lesquelles les rendements de colza étaient en baisse. Mais là aussi, il faut s'armer de patience face aux lourdeurs administratives. Son projet, il l'a démarré en 2018… Ces aspects-là aussi, les futurs ingénieurs agronomes vont devoir s'en préoccuper !
Des étudiants aux manettes
Ces rencontres autour des agroénergies ont été organisées par quatre étudiants de l'Institut Agro Dijon : Lilian Boniface, Cléa Cenizot, Léandre Julien et Nathan Roland. Ils ont été accompagnés par Elisa Gonvin, animatrice de la chaire agroénergie à l'Institut Agro Dijon. Convaincus de l'importance des énergies aujourd'hui, en particulier dans le milieu agricole, ils se sont impliqués parce qu'en tant que futur ingénieur agronome, ils ont à connaître tout ce qui se passe dans la filière. « Les agroénergies, précise Cléa Cenizot, c'est un sujet nouveau que l'on commence à aborder. Cet événement était l'occasion de le faire connaître au plus grand nombre parmi les étudiants de l'Institut Agro Dijon parce qu'on sait que cela représentera une dimension importante de notre métier à l'avenir. Face aux différents intervenants représentant l'agrivoltaïsme ou la méthanisation, nous avons posé des questions que nous nous posons en tant qu'étudiants. » Au-delà du fait d'apporter aux autres étudiants des informations, ils ont eux-mêmes appris beaucoup dans l'opération : « je ne pensais pas qu'on pouvait combiner agroénergies et exploitation agricole classique, reconnaît Cléa. Je pensais qu'il fallait faire l'un ou l'autre. » Quant à Nathan Roland, il connaissait l'agrivoltaïsme « mais j'avais des a priori sur la méthanisation. J'ai compris, par le biais de l'évènement, qu'une méthanisation peut être très intéressante si elle est bien menée, puisqu'elle permet de valoriser des déchets. »