En avant toute
L'association « Eau et agriculture durables du Châtillonnais » a tenu son assemblée le 11 décembre. Les premiers paiements pour services environnementaux ont été versés aux agriculteurs. Dans le même temps, une convention de partenariat en faveur de la structuration d’une filière viande bovine sous critère de qualité a été signée.
En 2024, l’association Eau et agriculture durables du Châtillonnais (EADC) et la Métropole du Grand Paris s’engageaient dans la mise en œuvre d’un dispositif inédit de Paiements pour services environnementaux (PSE) pour soutenir des pratiques agricoles réduisant les risques d’inondation (maintien et développement des surfaces en herbe le long de la Seine et de ses affluents, entretien et plantation de haies). Cette démarche soutenue financièrement par la Métropole du Grand Paris (avec 10 millions d’euros de financements prévus), a déjà permis d’engager 55 exploitations et plus de 1 000 ha de surfaces agricoles sur le territoire du Châtillonnais. Et ce n'est pas fini ! Afin d’agir sur l’ensemble des enjeux eau du territoire et amplifier son action, EADC collabore avec l’agence de l’eau Seine Normandie afin de déployer le dispositif de PSE sur les captages d’eau potable, les zones humides et les zones sensibles à l’érosion.
Une nouvelle filière viande
L’association EADC est engagée dans une démarche de structuration d’une filière viande bovine sous critère de qualité aux côtés des éleveurs du territoire et de la Chambre d’agriculture de Côte-d’Or. L’objectif est le développement des filières d’élevage qui permettent le maintien et la valorisation des prairies permanentes ainsi que la sécurisation du revenu des exploitations. Ce travail vise à vendre de la viande dans des caisses des écoles parisiennes avec un potentiel de développement important, si les choses se passent bien. Intervenant à différents maillons et répondant favorablement à cette démarche, la coopérative Feder, l’entreprise MS Découpe (Sébastien et Maxime Asdrubal à Is-sur-Tille), ainsi que Terres du Pays d’Othe souhaitent contribuer au développement de cette filière : leurs compétences et leurs moyens seront partagés pour la réalisation d’une expérimentation. À travers la signature d’une convention de partenariat, ces acteurs économiques s’engagent à coopérer avec EADC et la Chambre d’agriculture afin d'approvisionner la restauration collective en viande bovine sous signe de qualité.
Un projet créé « pour et avec » les agriculteurs
Édouard Maréchal est engagé dans le dispositif depuis ses débuts et prenait part à cette assemblée. Cet éleveur charolais de Châtillon-sur-Seine vient de percevoir pour la première fois, comme nombre de ses homologues, les fameux PSE (Paiements pour services environnementaux) : « J'ai 35 ha de prairies engagées en bord de Seine, principalement à Châtillon mais aussi à Montigny-sur-Aube. Le montant des PSE s'élève pour ma part à 6 300 euros. Ce qui est bien, c'est que je n'ai changé aucune de mes pratiques. En effet, je ne mets quasiment pas d'engrais dans mes prairies. Je suis prêt à engager davantage de surfaces, nous sommes une petite dizaine dans ce cas. Mais la question des aides de minimis se pose. J'ai d'ailleurs soulevé le problème à cette réunion ». L'éleveur a également pris le pas dans la construction de la nouvelle filière viande : « là aussi, je suis à 200 % pour ! Nous ne sommes qu'aux débuts mais j'aurais le potentiel d'écouler une dizaine de bêtes par an. Là aussi, le cahier des charges est très bien fait, il y a peu de contraintes pour les producteurs même si, forcément, tous nos animaux ne pourront pas aller en Label rouge. Ce projet a été créé pour et avec les agriculteurs, c'est du sur-mesure pour nous ».
Ils l'ont dit
Vincent Lavier : « Sur nos territoires ruraux, les enjeux de préservation de la ressource en eau et de développement agricole sont très fortement liés. Après deux années de mise en œuvre, nous sommes fiers de l’engagement des agriculteurs et des acteurs du territoire dans cette démarche favorable à la préservation de la ressource, une meilleure rémunération des agriculteurs et la création de valeur ajoutée ».
Patrick Ollier : « Je me réjouis de la concrétisation du dispositif de Paiements pour Services Environnementaux que nous portons avec l’association Eau et Agriculture Durables du Châtillonnais. L’engagement de la Métropole du Grand Paris et de Seine Grands Lacs dans la mise en œuvre de ce projet vient renforcer la solidarité entre nos territoires ruraux et urbains ».
Phillipe Vincent : « Avec cette association, nous souhaitons déployer de nouveaux outils pour travailler à la préservation de la ressource en eau : les PSE pour favoriser l’adoption de pratiques agricoles bas intrants et le développement de filières pour valoriser économiquement les productions du territoire ».
Deux points perfectibles
Vincent Lavier, président de l'association, a une nouvelle fois remercié la métropole du Grand Paris pour son aide financière. L'actuel président de la Chambre régionale d'agriculture s'est souvenu d'une réunion tenue en 2021 à Paris, au cours de laquelle les réflexions avaient pris forme en présence de Patrick Ollier, président de cette collectivité. « Quatre ans plus tard, nous dressons tout ensemble un bilan très positif, tout a très bien avancé », se félicite le responsable professionnel côte-d'orien, qui soulève toutefois deux points perfectibles : « nous rencontrons effectivement quelques soucis pour avancer plus vite. Le cadre réglementaire existant aujourd'hui ne nous convient pas pleinement, devant notre dispositif particulièrement novateur. Nous avons des exploitations déjà engagées dans des MAE : celles-ci pourraient prétendre à des PSE mais le cumul de ces deux aides n'est pas possible aujourd'hui, au sein d'une même exploitation. Nous devons trouver tous ensemble une solution, cela passe forcément par le ministère de l'Agriculture que nous allons solliciter ». Le second point abordé par Vincent Lavier concerne les aides « de minimis » : « les PSE entrent dans leur calcul et cela nous limite, nous devons trouver le moyen d'exempter les plafonnements. La pire chose qui pourrait nous arriver serait d'avoir des moyens à mettre en œuvre, des agriculteurs qui souhaitent mettre en place des actions mais de ne pas pouvoir mener le projet à terme, juste pour une problématique réglementaire ».