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Stockage de carbone et d'azote

Échantillonner les sols français au fil du temps

Au cours d'une matinée technique réalisée par la Chambre d'agriculture de l'Yonne lundi 17 novembre, l'Agence de l'Eau Seine Normandie a effectué une intervention sur l'évolution des stocks de carbone et d'azote du sol.

Par Charlotte Sauvignac
Stockage de carbone et d'azote
CA89
Au cours de la matinée technique, les référents de l'Agence de l'Eau Seine Normandie ont réalisé un pesée de biomasse.

C'est dans la salle des fêtes de la Belliole que Célestin Valentin, référent à l'Agence de l'Eau Seine Normandie, vulgarise certaines études réalisées par l'Inrae sur le stockage de carbone dans les sols. Avant d'entrer dans le cœur du sujet, il revient sur « le réchauffement climatique, qui est notre point de départ pour parler de l'émission de carbone. Je souhaiterais préciser que nous parlons souvent de CO2 car c'est un référentiel commun, mais en réalité on parle également d'émission de méthane et de protoxyde d'azote », affirme Célestin Valentin. « Nous savons qu'un nombre incalculable d'activités humaines favorisent l'émission de carbone et d'azote dans le sol, comme les transports en commun, les métiers du BTP, mais comme aujourd'hui je suis face à des agriculteurs, nous parlerons d'agriculture. Nous constatons que le secteur agricole consomme 18 % à 20 % de gaz à effet de serre par an », chiffre le référent. Pour que tout soit clair auprès des agriculteurs, il revient sur la manière de définir un stock d'azote et de carbone. Deux composants principaux président le carbone et l'azote : les matières minérales (sodium, silicium, potassium…) et les matières organiques (carbone, hydrogène, oxygène…). Pour lui, il est important de rappeler que « le carbone et l'azote doivent impérativement être présents, sans que l'un le soit plus que l'autre. L'important est de préserver l'équilibre. Même si aujourd'hui, nous savons que les sols français perdent de l'azote ».

Le dispositif de l'Estrées-Mons

C'est pour lui le moment de revenir sur l'étude phare : Icos de l'Estrées-Mons, un dispositif qui vise à étudier l'effet des pratiques culturales en grandes cultures sur la dynamique de carbone dans les sols, sur la qualité de l'eau, de l'air et de la biodiversité. Depuis 2009, de nombreux chercheurs de l'Inrae ont effectué des expériences en réalisant six traitements différents sur des sols, en prenant comme système de référence le productif labour, autrement dit le conventionnel et le productif non-labour, le productif paille bioénergie, le bas intrants, le bas intrants intensifié et le productif bio énergie. Pour que les résultats soient fiables, les chercheurs « réalisent des points de prélèvement tous les 5 ans et prennent en compte la variabilité des sols ». En ce qui concerne chaque parcelle, de nombreux résultats ont été annoncés, « deux systèmes en agriculture biologique ont été sortis de l'étude, car nous avons constaté une perte de carbone importante avec une balance azotée négative », mais ce ne sont pas les seuls. En effet, « tous les systèmes qui faisaient partie intégrante du projet ont perdu des stocks de carbone ou d'azote », confie-t-il. Lorsque Maxime Boucher, céréalier dans le nord du département, demande s’il existe des rotations, les yeux du spécialiste s'illuminent. « Effectivement, nous avons réalisé deux rotations. Nous avons commencé par faire une rotation uniquement à partir de légumineuses, sauf que la perte d'azote restait importante. Dans la deuxième partie nous avons inclus la luzerne, qui a changé significativement la donne. Cela ramène énormément d'azote », conclut-il avant d'ajouter, « le principal est de conserver son système, mais il faut rester vigilant aux limites de nos systèmes, car nous en avons tous conscience, les sols français perdent de l'azote ».