Des mesures type pour avancer collectivement
La Confédération des appellations et vignerons de Bourgogne (CAVB) et la délégation territoriale de l’Inao ont mené un travail inédit pour harmoniser les modifications des cahiers des charges des appellations bourguignonnes. Objectif : gagner en efficacité tout en intégrant les enjeux climatiques et agronomiques.
En Bourgogne, la révision des cahiers des charges prend une nouvelle dimension. La Confédération des appellations et des vignerons de Bourgogne (CAVB), en lien étroit avec la délégation territoriale de l’Inao, a coordonné un travail collectif inédit pour harmoniser les demandes de modification. Tout est parti d’un questionnaire envoyé à l’ensemble des Organismes de défense et de gestion (ODG). Objectif : recenser les réflexions en cours et les besoins de chaque appellation. Les réponses ont permis de dégager des tendances communes. La commission « Cahiers des charges », qui ne s’était pas réunie depuis plusieurs années, a alors été relancée. « Beaucoup d’ODG formulaient les mêmes propositions. On voulait éviter que chacun reparte à chaque fois de zéro », rappelle Charlotte Huber, directrice technique de la CAVB. Le but était de « constituer un dossier à tiroirs, avec des « mesures type » que les ODG peuvent solliciter, les argumentaires techniques et réglementaires déjà prêts, et les points de contrôle associés ». Une démarche inédite en France. Le document intègre aussi la dimension de durabilité, désormais incontournable. « L’Inao demande que toute modification soit accompagnée d’un argumentaire sur la durabilité », précise la directrice.
Main dans la main avec l'Inao
Le projet a débuté en janvier, avec une volonté commune d’avancer rapidement. « Les services de l’Inao ont été très disponibles et motivés. Il y avait une vraie volonté de leur part de marquer le coup », souligne la directrice technique. Trois réunions de la commission se sont tenues avant que le dossier ne soit présenté au Comité national de l’Inao durant l’été. Ce fut un succès. Le travail a été salué par le Comité national de l’Inao. « Ils ont reconnu la qualité du dossier et la cohérence de la démarche », indique Charlotte Huber. Le projet a été présenté par la délégation territoriale de l’Inao, avec l’appui des représentants régionaux, dont Bruno Verret, membre de la commission « Cahiers des charges » en tant que président de l'ODG des Bourgognes, qui a suivi le dossier de près.
Mesures communes immédiatement mobilisables
Il regroupe plusieurs évolutions harmonisées, validées au niveau national et permet à chaque ODG d’adopter une mesure sans devoir rédiger un argumentaire complet ni relancer une procédure longue. Parmi les évolutions retenues figurent l’entretien des inter rangs et l’interdiction du désherbage chimique ; l’encadrement des dispositifs antigel et anti-grêle ; l’obligation d’entretien des contours de vignes ; la période de repos de trois ans après arrachage. Certaines mesures concernent aussi la récolte, avec l’introduction d’une obligation de vendange en grappe entière ou manuelle, pour anticiper l’arrivée de machines (robots) capables de cueillir sélectivement les grappes. « On a voulu que ces mesures soient prêtes à l’emploi. Si chaque ODG reformule à sa manière, elle devra tout recommencer à zéro. Le but est d’être efficace collectivement », insiste Charlotte Huber. Ce travail anticipe également toutes les règles complexes de replis entre appellations.
Levier d'adaptation
Le projet introduit aussi une avancée importante sur les cépages accessoires. Grâce à la validation du Comité national, les ODG peuvent désormais demander leur intégration de manière simplifiée. « Aujourd’hui, un ODG qui souhaite introduire un cépage accessoire n’a plus qu’à faire un courrier à l’Inao. Tout l’argumentaire est déjà disponible et validé », souligne Charlotte Huber. Les cépages concernés sont tous d’origine bourguignonne : Aligoté, pinot gris, Chardonnay rose, Melon, Tressot, César. Un cépage résistant est également en observation : le UD 156 537, connu sous son nom commercial de pinot Kors.
Des ODG déjà engagés
Deux appellations ont déjà intégré des mesures type : le Clos de Vougeot, pour l’encadrement de la récolte, et Volnay Premiers Crus, pour l’interdiction du désherbage chimique et l’entretien des contours. Trois autres ODG doivent suivre en novembre : les grands crus Gevrey-Chambertin, Mâcon et Viré-Clessé. En parallèle, le Dispositif d’évaluation des innovations (DEI) permet de tester de nouvelles pratiques viticoles ou œnologiques à petite échelle, sans sortir du cadre AOC. « L’Inao est aujourd’hui dans une logique d’innovation. Il veut donner aux ODG les moyens de s’adapter sans dénaturer les appellations », rappelle Charlotte Huber. Pour l’instant, peu d’ODG bourguignons l’ont mobilisé, car le dispositif reste administratif. Mais la CAVB est prête : « Nous avons tous les argumentaires et les outils. Il ne reste qu’à s’en saisir ». Mais tout ne se fera pas encore au sein des AOC. Pour les variétés résistantes (mildiou, oïdium, black rot), la Bourgogne s’appuie plutôt sur les cahiers des charges IGP (Indication géographique protégée), plus souples et mieux adaptés à l’expérimentation. L’objectif est de répondre aux attentes sociétales tout en améliorant les conditions de travail. « Si un vigneron peut traiter deux fois par an au lieu de huit, il y gagne en qualité de vie et en durabilité », conclut Charlotte Huber. De quoi tester et avoir pour la suite des arguments solides, lorsque ces essais – individuels ou collectifs – sont faits avec un suivi scientifique et technique sur plusieurs années.
Prochain grand débat
Le chantier suivant s’annonce lui aussi technique : la densité de plantation. Les positions sont contrastées. « Certains estiment que des écartements plus larges permettront une meilleure adaptation au changement climatique, d’autres pensent au contraire que c’est en augmentant la densité, vers 14 000 ou 15 000 pieds à l’ha, qu’on peut maintenir une belle expression végétale », conclut Charlotte Huber. Pour nourrir la réflexion, la CAVB prévoit d’organiser, début 2026, une conférence dédiée aux systèmes de conduite, avec la participation de chercheurs et vignerons qui ont testé plusieurs de ces systèmes.