Accès au contenu
Industrie meunière

Des efforts à tous les échelons

Lors des dernières Journées techniques des industries meunières, organisées à Auxerre, une table ronde permettait de mesurer le travail accompli par la filière, des producteurs agricoles jusqu'aux meuniers, pour s'adapter au changement climatique et aux baisses de rendements qui l'accompagnent.

Par Berty Robert
Des efforts à tous les échelons
Les agriculteurs et l'ensemble de la filière vont avoir besoin, rapidement, d'une politique d'adaptation.

Sous nos latitudes, les rendements en blé tendre sont soumis à rude épreuve depuis plusieurs années et cela ne va pas aller en s'arrangeant. Lors des dernières Journées techniques des industries céréalières (JTIC), organisées à Auxerre, l'impact du changement climatique sur ce type de culture était dans tous les esprits. L'aval de la filière, et notamment la transformation, espère que les agriculteurs sauront relever les défis techniques que cette situation génère. C'était en tout cas l'objet d'une table ronde au cours de laquelle les intervenants se montraient lucides sur les à-coups que ces variations de rendements entraînent en termes de résultats économiques pour les exploitations. C'est encore plus vrai sur les zones intermédiaires à faible potentiel. Constat est fait que le blé tendre, perçu jusqu'à présent comme une culture sécurisante, devient petit à petit une culture à risque ce qui pose la question de sa place, à terme, dans les assolements. On s'attend aussi à des accidents climatiques plus intenses et parfois combinés à des bioagresseurs.

Cycle de vie du pain analysé

Pour les professionnels de la meunerie se pose donc clairement la question de conforter les démarches filières. Ces difficultés de conduite culturale imposent de modifier certains paramètres tels que les dates de semis. Il apparaissait en tout cas évident que les agriculteurs et l'ensemble de la filière vont avoir besoin, rapidement, d'une politique d'adaptation. L'aval de la filière cherche, lui aussi, à mieux appréhender ce défi. Ainsi, depuis 2016, des analyses du cycle de vie du pain ont été instaurées. On y mesure notamment les émissions carbone des acteurs qui fournissent le blé. « L'agriculture doit participer à la réduction des émissions de Gaz à effet de serre (GES), soulignait Pierre Toussaint, directeur Agronomie au sein de la coopérative Axereal. Il faut trouver des solutions agronomiques qui permettent d'améliorer la résilience des exploitations et la baisse de l'empreinte carbone des productions. » La coopérative travaille ainsi avec 1 600 de ses adhérents à la mise en place d'une démarche nommée CultivUp qui privilégie une agriculture régénérative, décarbonée, mais productive. Elle se traduit notamment par une réduction du labour profond (67 % de non-labour ou de labour superficiel pour les agriculteurs impliqués dans la démarche) et aussi le recours aux couverts végétaux par 82 % des agriculteurs impliqués. « Deux priorités nous animent, poursuivait Pierre Toussaint : garantir l'approvisionnement en blé et assurer une valorisation des efforts. Ainsi, pour 500 de nos adhérents en programme bas carbone, la valorisation s'est montée à 22 euros de plus/t. » À un autre niveau de la filière meunière, des efforts sont aussi accomplis, comme en témoignait Fabien Faisy, directeur technique du groupe Banette et directeur du Comptoir meunier (filiale de Banette) : « nous avons adopté une politique d'achats responsables, nous créons des pains avec de la farine de légumineuses. Ces dernières absorbent l'azote de l'air et récupèrent de l'azote dans le sol. Depuis 2024 nous avons mis en place une trajectoire de décarbonation… » Les lignes bougent à chaque échelon de la filière meunière, à condition que chacun en sorte économiquement gagnant.