Lycées agricoles
La rentrée de l'enseignement agricole sous le signe de l'agroécologie

Ariane Tilve
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Un temps d’échange et de prospectives autour de l’enseignement agricole technique, public et privé de Bourgogne-Franche-Comté s’est tenu en Saône-et-Loire, à Davayé. Les échanges ont été riches et complétés par une conférence portant sur les transitions agroécologiques.

La rentrée de l'enseignement agricole sous le signe de l'agroécologie
Enseigner la transition écologique, une question qui intéresse le rectorat, la Région mais aussi la Chambre d'agriculture de Bourgogne-Franche-Comté.

Le 12 octobre, à Davayé, près de Mâcon, s’est tenu le séminaire de l’enseignement agricole de Bourgogne Franche-Comté (BFC). Il a notamment été marqué par une conférence dont le thème était « Les transitions agroécologiques, une politique de gouvernance en lien avec les politiques éducatives, les enjeux de recherche et d’expérimentation ». Marie-Jeanne Fotre-Muller, Directrice régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt (Draaf), rappelait que pour « consolider la souveraineté alimentaire de la France, il faut assurer un renouvellement considérable des générations d’actifs en agriculture, sur l’ensemble des métiers para-agricoles, en les préparant aux transitions agroécologiques et climatiques. La question des transitions suppose de nouvelles compétences professionnelles attendues sur le terrain ». De l’éducation nationale au ministère de l’Agriculture en passant par la Draaf, le Conseil régional où la Chambre d’agriculture de BFC, chacun a son rôle à jouer, comme le soulignait Franck Provots, du Service régional de la formation et du développement (SRFD) : « Plus que jamais nous devons travailler en réseau, comme nous le faisons avec les Chambres d’agriculture, mais aussi avec les instituts de recherche de l’enseignement supérieur et l’enseignement technique public et privé ». Selon lui, la question des transitions agroécologiques va bien au-delà des simples questions techniques, agronomiques et zootechniques.

Une transition, affaire de tous

Cet enjeu est encadré par le plan « Enseigner à produire autrement », actuellement dans sa seconde évolution (EPA2) qui court jusqu’en 2024. L’occasion pour le lycée agricole de Davayé, de revenir sur les enjeux et les actions concrètes menées dans le cadre de ce second plan. Car la transition est aussi l’affaire de tous les enseignants, agricoles ou non. L’année va être consacrée à l’évaluation du plan EPA2 afin de le faire connaître au plus grand nombre et d’en valoriser les actions. Il existe des projets tels que l’Agro Smart Campus, véritable passerelle entre l’enseignement technique agricole et l’enseignement supérieur agronomique et agroalimentaire.

EPA2 fixe plusieurs grands axes :

– encourager les apprenants à prendre la parole et à s’approprier les enjeux des transitions.

– mobiliser la communauté éducative, jusqu’aux équipes techniques qui, en cuisine notamment, peuvent décliner les transitions.

– les ateliers technologiques et les exploitations agricoles des lycées qui sont des supports d’apprentissage, de démonstration et d’expérimentation.

Marcher sur deux jambes

Les établissements publics et privés ont dessiné un plan local EPA2 avec quatre leviers :

– préserver les ressources, de l’air aux paysages en passant par la biodiversité, mais aussi l’eau ou l’énergie

– produire et transformer autrement dans une perspective de durabilité avec l’agroforesterie, le bien-être animal, le développement de l’autonomie fourragère et l’économie d’intrants phytosanitaires et/ou vétérinaires.

– développer la restauration collective, en particulier avec les circuits courts

– former les citoyens et producteurs d’aujourd’hui et demain en les encourageants à débattre sur des sujets de controverse et à prendre des initiatives, à gérer des projets et coopératives.

Sur ce plan, un représentant de la profession agricole a interpellé les enseignants et élus : « Face aux changements climatiques actuels, nous avons deux jambes. La première consiste à agir en amont, pour ne pas amplifier les changements, la seconde consiste à agir en aval, de manière à s’adapter. Il nous semble que le discours véhiculé dans un certain nombre d’établissements a tendance à privilégier une des deux jambes par rapport à l’autre. On a l’impression que certains enseignants insistent beaucoup sur la première jambe et oublient un peu la deuxième ». Réponse de la communauté enseignante : « sur ces questions de postures, il y a du travail de fait de la part des enseignants. C’est primordial de pouvoir accrocher tous les élèves pour les aider à rentrer sur ces questions-là, sinon ils sont butés et on ne peut plus travailler avec eux. On utilise des grilles d’analyse permettant d’être clair sur ce qu’on entend par durabilité. Cela interpelle aussi sur le rapport qu’on peut avoir à la nature, à la technique et à l’histoire. Il y a tout un tas de sujets développés depuis 2014 et on progresse. Des expérimentations, des outils, des repères existent ». L’intervenant concluait ainsi : « J’ai apprécié que vous invitiez les étudiants à débattre de sujets de controverse. Il est important que l’on donne à l’opinion publique des éléments, de manière qu’elle puisse construire, dans un débat contradictoire, sa propre vision ».