Chiens de protection
« C'est un membre de la famille »

Chloé Monget
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Deux chiens de protection sont décédés dans des circonstances suspectes, selon les propriétaires (Gérard, Nadine et Christophe Cotet – Ferme située aux Taumonts – Verneuil). Outre le fait de laisser un lot d'ovins sans surveillance, ces décès ont d'autres conséquences. 

« C'est un membre de la famille »
Nadine Cotet et Phalco. Crédit photo : Gérard Cotet.

« L’exploitation n’est pas loin de la Saône-et-Loire où sont à déplorer pas mal d’attaques dont la responsabilité n’a pas été écartée. De ce fait, et afin de protéger notre troupe ovine, nous avons fait le choix d’investir depuis quatre ans dans des chiens de protection – en plus des chiens de troupeaux » souligne la famille Cotet (Nadine, Gérard et Christophe) avant d’ajouter : « nous avons opté pour des Bergers d’Asie Centrale, plus costauds, moins aboyeurs et plus sociables que d’autres races. En sus, nous élevons nos chiens dans la proximité afin qu’ils soient sociabilisés et ne considèrent pas l’humain comme un danger. Alors, quand un de nos chiens décède, c’est un peu comme un membre de la famille qui s’en va ».

Pour mémoire, Ruby (berger d’Asie centrale d’un an) fut retrouvé ensanglantée « avec les deux fémurs fracturés et les dents sur l’asphalte » à proximité de la parcelle Le Boué le 4 août 2021. Puis, ce fut au tour de Phalco (Berger d’Asie centrale de 4 ans) d’être empoisonné (1) « par vraisemblablement l’ingestion d’andouillettes empoisonnées apparemment déposées sciemment toujours au Boué », le 19 juillet 2023, « les vétérinaires ont tout fait pour le sauver, mais c’était trop tard ». Face à la « violence de ces événements », la famille Cotet vit dans l’angoisse d’un nouvel incident.

L’État attaqué ?

La famille Cotet en est persuadée : « Ruby a été attirée sur la route car la clôture était découpée, et pour Phalco, les andouillettes ont été jetées volontairement dans la parcelle » avant de poursuivre : « Nous comprenons que les recherches ou les analyses nécessaires à la récolte d’indices prennent du temps même si ce dernier est vraiment très long. Mais, nous n’acceptons pas la formule : « ce n’est qu’un chien ». Pour nous, au-delà de l’infinie affection que nous pouvons leur porter, Ruby et Phalco représentaient un bien de l’État puisque leurs acquisitions avaient été financées par les subventions accordées dans le cadre du Plan national loup (entre 20 %, de crédits de l’État (ministères en charge de l’agriculture et de l’écologie) et, pour 80 %, du Feader (1)). Avec Ruby et Phalco, c’est déjà 1 000 euros par chien (prix d’achat uniquement, sans entretien) qui s’envolent… ». Suivis par le réseau national sur les chiens de protection de l’Institut de l’élevage, Ruby et Phalco ont fait l’objet d’un courrier numérique de la part du réseau et transmis aux partenaires d’Idele et aux administrations concernées (Préfecture ou encore Chambre d’agriculture de la Nièvre, etc.). Dans celui-ci, il est indiqué « on s’attaque par cet acte odieux [ndlr : référant à la mort de Phalco] à un des outils de lutte contre la prédation lupine préconisé par l’État […] Quel est le message envoyé aux éleveurs utilisateurs de chien de troupeau : que de s’en prendre à leurs animaux de travail reste impuni ! Quel est le signal envoyé aux éleveurs nivernais qui s’interrogent sur le fait de s’équiper d’un chien de protection ? » avant d’insister : « l’utilisation des moyens de protection qui sont des prérequis […] indispensables au maintien de l’élevage en zone de présence de grands prédateurs. Des outils plus que nécessaires puisque des attaques imputables au loup ont été constatées à quelques kilomètres de là ».

 

Continuer sans relâche

Afin d’obtenir des réponses, et « pour accélérer un peu la prise de position de l’État », la famille Cotet a saisi des associations de protection des animaux : la Fondation Brigitte Bardot et 30 millions d’amis. Pour eux, ces dernières sont des alliées de poids : « ils luttent contre la maltraitance animale. Et, lorsque nous retrouvons nos chiens en train de hurler de douleur, nous pensons que légitimement nous pouvons parler de maltraitance animale ». Pour le moment ces associations ne se sont pas encore portées partie civile. Dans l’expectative de voir leur plainte relative à la mort de Phalco avancer, la famille Cotet a pris des mesures : « le lot dont était chargé Ruby puis Phalco est sans protection, ce qui ne nous rassure pas. Nous avons donc positionné des caméras de surveillance dans nos prés afin de pouvoir, si malheureusement cela se reproduit, avoir au moins des images » et de Christophe Cotet de conclure : « J’ai repris, par choix, la ferme familiale en novembre 2022, et je vais continuer. Tant que le troupeau ovin sera là, j’aurais des chiens que ce soit de troupeau ou de protection. Je voudrais juste que la ou les personnes responsables des massacres de Ruby et Phalco soient enfermées afin que mes chiens actuels, comme ceux à venir, soient enfin en sécurité ». Pour la suite, Christophe Cotet souhaiterait acquérir deux nouveaux canidés d’ici l’hiver, toujours de la même race. En attendant, Tina (7 mois), Saphir (2 ans) et Sultan (frère de Falco – 3 ans), tous Bergers d’Asie centrale protègent des lots dans diverses parcelles de l’exploitation de la famille Cotet.

Note : (1) Des analyses toxicologiques sont en cours.
(2) https://www.nievre.gouv.fr/Actions-de-l-Etat/Environnement/Faune-sauvage/Loup/Aide-a-la-protection-des-troupeaux-contre-le-loup