Interview
Interview d'Arnaud Rousseau sur l'élevage

Propos recueillis par Actuagri
-

Le président de la FNSEA, Arnaud Rousseau, revient sur les problématiques liées à l’élevage, alors que le Sommet de l’Élevage, qui vient de fermer ses portes, se revendique désormais comme le plus important événement européen du secteur.

Interview d'Arnaud Rousseau sur l'élevage
Arnaud Rousseau, le président de la FNSEA estime que l'élevage bovin en France vit actuellement une situation paradoxale, avec une demande dynamique couplée à une décapitalisation qui se poursuit.

En visite au Sommet de l’Élevage, le 6 octobre, le ministre de l’Économie Bruno Le Maire a annoncé que le projet de loi de finances pour 2024 comprendrait une défiscalisation de 150 euros par vache afin de « réduire l’imposition des éleveurs qui résulte de l’augmentation de la valeur de leur stock ». Cette annonce vous satisfait-elle ?

Arnaud Rousseau : « C’est effectivement une victoire pour les éleveurs, qui résulte de l’action déterminée de la FNSEA et de ses associations spécialisées FNB et FNPL auprès du ministère de l’Économie. Cela fait des mois que nous alertons le gouvernement sur une dégradation inédite des trésoreries des éleveurs, en raison de l’augmentation de la valeur des vaches allaitantes et laitières du fait des hausses de marché et de l’inflation. La mesure reprend l’essentiel des propositions que nous avons avancées et constitue une réponse qui répond à la problématique actuelle. Je m’en félicite. Mais l’avenir de notre élevage et donc de notre souveraineté alimentaire dans ce secteur passe aussi par la préservation durable de prix rémunérateurs, qui offrent des perspectives aux éleveurs. La bonne tenue des cours a redonné des couleurs à l’élevage, il faut préserver cet acquis ».

Qu’est-ce qui pourrait freiner la tendance actuelle à la décapitalisation bovine ?

A.R. : « Nous vivons une situation paradoxale. Qu’il s’agisse du lait ou de la viande, la demande reste dynamique, contrairement à ce que l’on entend. Et pourtant, nous perdons des vaches et nous importons davantage. Il est donc urgent de donner aux jeunes qui veulent s’installer de réelles perspectives de rentabilité économique, issues de leur production mais aussi des nombreuses aménités positives de l’élevage en faveur des territoires et de la biodiversité. Il est temps de faire concorder les discours sur l’importance stratégique de l’activité agricole et la réalité quotidienne des exploitations où l’on multiplie les contraintes administratives, réglementaires ou en matière de bien-être animal. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas de normes ni de règles, mais qu’il faut qu’elles soient corrélées à la vie réelle des entreprises ».

Comment surmonter ce décalage entre la parole publique et les décisions prises sur le terrain ?

A.R. : « Lorsque j’ai été reçu par le Président de la République il y a trois semaines, je lui ai demandé la mise en place d’indicateurs qui mesurent l’adéquation entre la parole publique et la concrétisation des politiques publiques. Le gouvernement précédent avait, par exemple, mis en place une réflexion autour du Varenne de l’eau et du changement climatique qui devait conduire à lever un certain nombre d’obstacles à la mise en place d’une politique de stockage de l’eau. Deux ans après, où en sommes nous ? Combien y a-t-il de mètres cubes de stockages en plus en France ? Autre exemple : Marc Fesneau a lancé le plan haies avec un objectif extrêmement ambitieux : planter 50 000 km de haies d’ici 2030. Mais la haie en France est régie par plus d’une dizaine de textes réglementaires, français ou européens. Comment convaincre, ceux qui n’ont pas de haies d’en planter, quand on entend les difficultés rencontrées au quotidien par les agriculteurs qui en ont ?  »

Comment le Président de la République a-t-il réagi à cette proposition ?

A.R. : « Il s’y est montré globalement favorable. Nous proposons donc que l’on construise ces indicateurs ensemble avec les pouvoirs publics, de manière ni politique, ni polémique, et que l’on se retrouve deux fois par an pour constater les évolutions ».

Le monde de l’élevage est aujourd’hui confronté au développement de la Maladie hémorragique épizootique (MHE). Faut-il en craindre les conséquences ?

A.R. : « Nous pouvons d’abord nous féliciter de disposer d’un système sanitaire qui permette de détecter rapidement cette maladie et de prendre les bonnes mesures en urgence. Je pousse pour que nous puissions rétablir rapidement les flux commerciaux. Mais cet épisode nous rappelle l’importance de construire ou de renforcer les filières de production de valeur sur le territoire sur lesquelles nous appuyer ».

Les organisations professionnelles agricoles ont unanimement dénoncé en septembre les termes du plan Loup 2024-2029. Quelles mesures faudrait-il prendre ?

A.R. : « Ce plan n’est pas à la hauteur des enjeux pour le secteur de l’élevage. Près de 12 000 animaux tués par les prédateurs, c’est un chiffre devenu intolérable et l’indemnisation, dont le coût va croissant, ne saurait être la seule réponse. La profession était prête à accepter une population de loups de 500 individus, garantissant la pérennité de l’espèce. On est aujourd’hui, officiellement, à plus de 1 000 loups, un chiffre que nous estimons plus proche de 1 800 à 2 000. Le sujet désormais, ce n’est donc pas la disparition du loup, c’est la préservation de l’activité d’élevage, du pastoralisme et la maîtrise des fronts de colonisation. C’est ce genre de signes forts dont ont besoin les éleveurs ».