Découverte
Une photographe illustre la langue des signes

Françoise Thomas
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Qualité artistique incontestable. Travail éducatif indispensable. La photographe professionnelle Jennifer Lescouët a réalisé toute une série intitulée « Les mots du silence » dans laquelle ses modèles posent en s’exprimant en langage des signes. Bluffant.

Les mots prennent la pose. Grâce à une mise en scène sur fond noir impeccable, un temps de pose suffisamment long et un jeu de flash savamment orchestré, la photographe Jennifer Lescouët a réussi la prouesse de fixer sur la pellicule la gestuelle de la langue des signes (la LSF). Non seulement le résultat est graphique et artistiquement intéressant, mais le séquençage des gestes se retrouve et la mise en mouvement fait que l’on arrive parfaitement à suivre le parcours des mains. On peut donc apprendre, en un seul cliché, à dire « noir et blanc », « découvrir », mais aussi « amoureux » ou « sourd » en langage des signes ; des mots choisis, pas tant pour leur signification que pour la beauté du geste…

Un travail régulièrement exposé

L’ensemble de ces clichés forme la série « Les mots du silence ». Un travail commencé il y a quelques années et qui compte désormais 32 photos, mettant en scène des jeunes et des séniors, des sourds et des entendants. « D’autres visuels seront bientôt en cours de création, précise l’artiste. L’idée est d’avoir un total de 50 photos ». Cette série fait régulièrement l’objet d’expositions, autour du travail photographique ou sur la sensibilisation aux handicaps. Elle se décline désormais aussi en un livre : Signence, cosigné par Jennifer Lescouët et Ève Allem, laquelle a mis en mots, écrits cette fois, tout ce que cette langue des signes lui inspire… Par ses clichés, Jennifer Lescouët voulait, elle aussi, rendre hommage à la LSF et mettre en avant les sourds et malentendants de façon générale, elle qui connaît bien ce monde du silence pour en faire partie. La jeune femme est devenue sourde à l’âge de huit ans. Seule malentendante dans son entourage, elle communique très peu et tend à s’isoler jusqu’au jour où elle s’empare d’un appareil photo et se met à faire des portraits de sa famille lors des repas, quand tous parlent ensemble. Elle tente en cela de capter ce qu’ils se disent et de fixer tout autant leurs expressions que leurs mots. De là naît sa grande passion pour la photo en général et pour les portraits en particulier.

Hommage à la beauté de la langue des signes

C’est pour son travail de fin d’études dans son école de photographie que l’idée de la série photographique « Les mots du silence » prend naissance. « Je voulais rendre hommage aux sourds et à la beauté de la langue des signes, explique la jeune femme. Toutes les photos de LSF que je trouvais sur Internet étaient extrêmement figées ». Elle a donc réfléchi à une méthode permettant « d’avoir à la fois le visage net et les mains en mouvement ». Son choix artistique de modèles habillés en noir sur fond noir vient tout à la fois de sa réelle attirance pour les portraits réalisés en noir et blanc que pour permettre aux mains et au visage de bien ressortir et s’exprimer pleinement. Et l’on devient plus attentif que jamais à ce que la photo a à nous dire…

L'agriculture en projet

Si « Les mots du silence » doivent faire l’objet d’expositions en début d’année, en région parisienne et dans le Sud-Ouest, la jeune femme continue de réfléchir à des projets tout autres. Quand on lui demande si le secteur agricole pourrait bientôt être le sujet de son travail, sa réponse laisse entrevoir de belles perspectives. « Ayant emménagé depuis un an en Charente-Maritime, les métiers agricoles m’entourent bien plus qu’en région parisienne. J’ai très envie de réaliser des reportages autour de ces métiers, mais il me faut créer des contacts dans la région avant de pouvoir démarcher ces entreprises. J’admire particulièrement les métiers manuels, là où le talent et la patience de l’homme sont bien présents ». Vu la sensibilité de la photographe, il est certain que le résultat de cette rencontre sera inoubliable !