Face à l'inquiétude grandissante d'une partie de la profession face aux loups, quelques explications sur la situation dans la Nièvre s'imposaient.

 

Le loup : la situation nivernaise
Loup en captivité. Crédit photo : P.Massit/ONCFS.

« Dès qu’un animal domestique d’élevage mort est retrouvé avec une atteinte corporelle il y a rapidement une suspicion d’attaque de loup alors qu’elle est jusqu’ici rarement fondée dans la Nièvre, en comparaison avec la situation dans les départements limitrophes.. C’est un sujet sensible. Il est nécessaire d’avoir une approche froide et mesurée sur ce dossier ainsi qu’une communication appropriée » nuance Stéphane Gédoux, adjoint au chef du service Eau Forêt Biodiversité de la Direction départementale des territoires de la Nièvre (SEFB DDT). Pour rappel, la DDT propose au préfet de valider ou non une possibilité de prédation par un loup suite aux relevés, effectués sur le terrain, par les agents de l’Office Français de la Biodiversité (OFB) et aux analyses conduites ensuite. Stéphane Gédoux assure que dans les procédures engagées « la DDT et l’OFB – réseau Loup lynx – présentent des conclusions conjointes. Un plan de communication est également prévu afin d’informer à bon escient les acteurs du territoire, en particulier en cas de responsabilité du loup non écartée. Toutefois, si l’éleveur désire contester ces dernières, il peut toujours le faire en saisissant la DDT pour réétudier le dossier dans le cadre d’une commission de recours. La présidence de cette commission est assurée par les services de l’État, sous l’égide du Préfet ou de son représentant. La constitution de cette commission est en cours. ».

Sur le territoire

« Dans la Nièvre, les loups ne font que passer. Il s’agit principalement de loup solitaire en quête d’un territoire pour constituer une nouvelle meute. Il est nécessaire d’insister que sur ce secteur, nous n’avons pas répertorié de meute ou d’individu sédentarisés » détaille Delphine Chenesseau, animatrice du Réseau loup-lynx pour l’Office Français de la Biodiversité (OFB) pour la Bourgogne Franche Comté. Afin de déterminer ce dernier point, elle ajoute : « il faut que la meute ou l’individu ait passé deux hivers de suite sur le même secteur géographique, avec des constatations de cette sédentarisation avérée par nos services » .

Opportuniste

Elle souligne : « Qu’il soit sédentaire ou pas, le comportement du loup reste le même. Il va juste s’adapter à la disponibilité alimentaire et à la simplicité d’accès à cette denrée. Par exemple, en Saône-et-Loire, nous avons eu un individu seul qui était un sub-adulte (apprentissage de la chasse, passant d’une meute à seul donc n’utilisant pas la même technique de chasse). Avec la concentration de beaucoup de troupeaux domestiques sur un secteur restreint, il y a eu beaucoup de dégâts. À l’inverse, les groupes sédentarisés du Risoux et Marchairuz (franco-suisse), ont à disposition une grande quantité de proies sauvages. Et, comme il y a peu de moutons, ou troupeaux domestiques, nous ne relevons qu’une à deux attaques par an sur le secteur. Dans tous les cas, si un loup pose problème – avec des attaques récurrentes sur troupeaux et constatées par notre organisme – l’animal peut être prélevé (dérogation possible au statut de protection), car la cohabitation est alors devenue trop complexe. Ce fut d’ailleurs le cas en 2020 et 2021 sur deux spécimens de Saône-et-Loire ».

Pas vu pas pris

Pour établir la présence du loup dans un territoire, des observateurs existent : « il s’agit de professionnels ou de particuliers (bénévoles, chasseurs ou agriculteurs) qui s’inscrivent auprès de nos services. Ils suivent ensuite une formation de deux jours. Une fois habilités, s’ils pensent avoir trouvé un indice de présence d’un loup, ils font remonter les informations dont ils disposent à nos services. Celles-ci sont ensuite traitées en pointant, sur une grille de critères techniques (identique sur tout le territoire national), les éléments qui permettent de supputer qu’il peut éventuellement s’agir d’un loup. Ensuite, nous avons trois choix : validation de l’indice (le loup est peut-être présent), invalidation (il est très probable que cela ne soit pas un loup, mais un chien) ou encore invérifiable (les éléments en notre possession ne permettent pas de valider ou d’invalider le tout) ». Ces données sont ensuite utilisées pour établir les « listes d’indices loup » disponibles en consultation sur le site de l’OFB, et répertoriant la présence du loup sur le territoire.

Identification

Delphine Chesseneau poursuit : « Souvent, certains chiens (chien-loup Tchèque ou Saarloos) sont confondus avec cet animal sauvage. Très ressemblants morphologiquement, ils n’ont pourtant pas toujours les mêmes manières d’attaquer. Par exemple, les attaques de loup présentent peu de morsures avec parfois l’une à une patte, par exemple, et une autre pour achever l’animal – au niveau de la gorge. Le chien est, lui, moins méthodique puisqu’il y en aura une multitude de morsures sur l’ensemble du corps ». Difficilement identifiable par les non initiés, le nombre de loup augmente depuis quelques années (voir évolution sur les cartes). Pour aider les agriculteurs, l’administration élargit les cerclages pour les zones éligibles aux mesures de protections des troupeaux contre la prédation. Pour preuve la situation nivernaise.

Les cerclages

En effet, depuis mars 2022, un arrêté préfectoral a classé 64 communes en cercle 2 (voir liste dans l’encadré) et le reste des communes de la Nièvre en cercle 3. Cette délimitation permet donc aux éleveurs d’avoir des soutiens pour : « l’acquisition et l’entretien de chiens de protection des troupeaux (communes en cercle 2 ou 3), l’accompagnement technique des éleveurs (communes en cercle 2 ou 3), les investissements matériels tels que les parcs électrifiés (uniquement pour les communes en cercle 2) » (voir : http://www.nievre.gouv.fr/aide-a-la-protection-des-troupeaux-contre-le-loup-a5322.html). L’idele apporte aussi des renseignements concernant l’introduction d’un chien de troupeau dans un élevage (voir : https://idele.fr/chiens-de-troupeau/publications/detail-article?tx_atolidelecontenus_publicationdetail%5Baction%5D=showDossier&tx_atolidelecontenus_publicationdetail%5Bcontroller%5D=Detail&tx_atolidelecontenus_publicationdetail%5Bpublication%5D=1310&cHash=b8d402ad3e6ed3d7f2921241de20a227), et Chambre d’Agriculture de la Nièvre propose des formations « chiens de troupeaux » (voir TDB n° 1678).

Carte d'identité

Selon Delphine Chenesseau, « le loup peut parcourir de 40 à 60 km par jour (la nuit principalement), s'il s'agit d'un loup en dispersion et 20 à 30 km sur son territoire pour une meute sédentaire. C'est un véritable marathonien qui n'a qu'une allure de déplacement, le trot. Carnivore, il se nourrit en une fois puis jeûne après durant 4 à 5 jours. Il peut ingurgiter jusqu'à 5 kg de viande en une prise de nourriture. Il pèse entre 18 et 30 kg pour une louve, 20 à 40 kg pour un loup et 500 g environ pour un louveteau naissant. Il peut mesurer jusqu'à 90 cm en haut de la tête (60 à 70 cm au garrot) et de 1,1 à 1,5 m en longueur (sans la queue) ».

 

Liste des communes cercle 2

Alligny-en-Morvan, Anthien, Avril-sur-Loire, Azy-le-Vif, Bazoches, Brassy, Cervon, Chalaux, Chaumot, Chevenon, Chitry-les-Mines, Corbigny, Cossaye, Dornes, Dun-les-Places, Empury, Fleury-sur-Loire, Gacogne, Germenay, Gien-sur-Cure, Gouloux, Guipy, Héry, La Collancelle, Lamenay-sur-Loire, Langeron, Lormes, Lucenay-les-Aix, Luthenay-Uxeloup, Luzy, Magny-cours, Magny-Lormes, Marigny-L'Église, Marigny-Sur-Yonne, Mars-sur-Allier, Mhere, Moissy-Moulinot, Montreuillon, Montsauche-les-Settons, Mouron-sur-Yonne, Moux-en-Morvan, Neuffontaines, Neuville-les-Decize, Ouroux-enMorvan, Pazy, Planchez, Pouques-Lormes, Ruages, Saint-Agnian, Saint-André-en-Morvan, Saint-Brisson, Saint-Germain-Chassenay, Saint-Martin-du-Puy, Saint-Parize-en-Viry, Saint-Parize-en-Chatel, Saint-Pierre-le-Moutier, Saint-Seine, Sardy-les-Epiry, Tazilly, Ternant, Toury-Lurcy, Toury-sur-Jour, Vauclaix, Vitry-Lache. 

Procédure

En cas de suspicion d'attaque de grand canidé par un éleveur ou berger il faut : 

1. Se faire connaître auprès de la Préfecture de la Nièvre le plus rapidement possible (et dans un délai de 72 heures) au 03 86 60 70 80 pour éviter la surconsommation par les charognards qui pourront, de ce fait, masquer les stigmates de prédation ou encore de consommation. Lors de l'appel, préciser : votre identité et vos coordonnées ; la localisation (commune, lieu-dit, éventuellement itinéraire d’accès) ; la nature des indices recueillis (traces, excréments, observations visuelles, cadavres...) ; l’identité et les coordonnées (téléphone et adresse) d’une personne qui pourrait conduire sur place les agents de l’office français de la biodiversité (OFB), chargés d’établir un constat).
 
2. Dans l'attente du constat de l'OFB, il faut, dans la mesure du possible : localiser tous les cadavres ; isoler les animaux blessés du troupeau ; ne pas toucher aux indices sur le terrain (ne pas déplacer les victimes, sauf nécessité), ou conserver les indices déjà recueillis (protéger les victimes des charognards par des pierres, des sacs ou de bâches) ; relever le numéro d’identification complet de chaque animal tué ou blessé ; vous tenir à disposition (ou toute autre personne connaissant bien le terrain) de l’OFB pour une enquête sur place. 

3. Après expertise, si le loup n'est pas écarté des dégâts causés, l'éleveur ou le berger peut se faire accompagner par la DDT afin de mettre en place des mesures de protection et d'indemnisation. 
 
Plus de renseignements sur : www.loup.developpement-durable.gouv.fr ou www.nievre.gouv.fr

 

 

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