Gelées
Quels impacts pour le monde agricole et viticole ?

Christopher Levé
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Il y a quelques jours, les agriculteurs et les viticulteurs ont une nouvelle fois été confrontés à des épisodes de gel. Si, en arboriculture comme en grandes cultures, il faudra attendre les prochaines semaines pour connaître les dégâts sur les cultures, en viticulture, les dégâts dans les parcelles sont très hétérogènes, allant jusqu'à 100 % de parties de parcelles gelées dans certains secteurs, comme Maligny. 

Quels impacts pour le monde agricole et viticole ?
Des systèmes de protection, comme les éoliennes, ont été déclenchés dans les vignes.

Le département icaunais a une nouvelle fois été confronté à des épisodes de gel il y a quelques jours. Au niveau du vignoble icaunais, « les dégâts dus au gel sont localisés », comme l’indique Régis Ségault, viticulteur à Maligny. Si, selon Franck Pouillot, agriculteur et viticulteur à Quenne, « il y aurait entre 10 et 15 % du vignoble impacté par le gel (à prendre au conditionnel) », certains secteurs ont été plus touchés que d’autres, comme Saint-Bris-le-Vineux, Ligny-le-Châtel, Maligny ou encore Lignorelles. Et ce dernier l’assure, « lorsque le gel a fait des dégâts, il en a fait vraiment beaucoup ».
C’est justement le cas de Régis Ségault. « Il y a des parties de parcelles gelées à 100 % dans un secteur où je suis concerné », confie-t-il.
Dans l’Auxerrois, les dégâts sont moindres. Chez Jean-Baptiste Thibaut, viticulteur à Quenne, « les dégâts sont de l’ordre de 5 à 6 % dans mes parcelles. Ce sont plutôt les fonds de vallées qui ont été touchées. Il faut savoir que s’il n’y a pas d’humidité, les vignes peuvent tenir jusqu’à -3 voire -4 °C, mais dès qu’il y a de l’humidité, comme dans les fonds de vallées, à -0,5 ou -1 °C, les bourgeons grillent ». Ce dernier, plus que le gel, craint « qu’avec le froid on voit l’inflorescence se transformer en liane. Car si on peut constater immédiatement les dégâts dus au gel sur les bourgeons dans certaines vignes, il peut aussi y avoir des effets qui apparaissent dans un second temps, qui ne seront visibles qu’à la floraison, avec une diminution du potentiel de rendement des vignes à la clé ».
Franck Pouillot se montre plutôt optimiste, pour le moment, « car les gelées n’ont pas duré longtemps. On n’est pas resté plus d’une demi-heure à -3 °C (la plus basse température recensée dans le département, selon nos informations, ndlr) ».
Il en est de même pour Régis Ségault, qui assure qu’il y a, « pour le moment, une belle sortie de raisin. Le potentiel qui était annoncé être important se retrouve réduit, mais il n’y a pas à s’alarmer pour l’heure ».
Jean-Baptiste Thibaut, lui, assure que « les dégâts dus au gel ne sont pas généralisés comme en 2021 (où 80 % du vignoble avait été impacté) ».

En arboriculture et en céréales, il faudra attendre

En arboriculture, il faudra attendre quelques jours pour « pouvoir observer d’éventuels dégâts », affirme Laurent Prou, arboriculteur à Vallan. « On saura autour du 10 ou 15 mai ce qu’il reste en fruit ». Il poursuit. « Ce sont les vergers mal exposés qui souffrent le plus du gel. Mais ce n’est pas ça qui nous (les arboriculteurs) inquiète le plus, c’est la crainte de l’arrêt de sève car cela entraîne une chute des fruits parce qu’ils ne sont plus alimentés. On constate surtout des arrêts de sève dans les nouvelles variétés qui viennent du sud de la France. Les variétés locales sont plus résistantes à cela ».
Du côté des grandes cultures, il est également encore un peu tôt pour connaître les conséquences des gelées. Selon Aymeric Benneton, agriculteur à Thury, « on ne les verra qu’à la moisson. À l’heure actuelle, il y a surtout un risque de gel de méiose (une étape de division cellulaire suite à la fécondation qui peut impacter le nombre de grains dans les épis à la suite de gelées, ndlr) ». Il ajoute que « les thalles secondaires peuvent toutefois prendre le relais ce qui fait qu’on ne mesurera pas forcément l’impact du gel sur les cultures ».
D’après les échos, les craintes se font sur la moutarde. Contacté à ce sujet, Jérôme Gervais, conseiller spécialisé en culture de moutarde à l’APGMB (association des producteurs de graines de moutarde en Bourgogne) explique que « les moutardes sont en retard et commencent seulement de fleurir. Le froid et le manque d’ensoleillement ont retardé la floraison et quelques premiers boutons ont déjà été perdus. Cela représente 10 à 15 % de fleurs perdus, pour le moment, en moyenne, en Bourgogne. On est un petit peu inquiet. Il faudrait plus de lumière et des températures plus élevées pour qu’il y ait plus de pollen et donc plus de fécondation ». Il continue. « Pour l’instant, on est dans les mêmes conditions que l’année dernière, pour la moutarde, où on a fait 10 q/ha de moyenne (contre 15 q/ha habituellement), ce qui était une des plus mauvaises années depuis que l’on fait de la moutarde, en Bourgogne ».
Concernant le colza, qui pourrait aussi avoir souffert du gel, Jérôme Gervais précise que « les coups de froid on fait perdre quelques fleurs impactant le nombre de siliques (de l’ordre de 5 à 10 % de perte en moyenne). Les plantes peuvent toutefois compenser en ayant des grains plus gros, mais pour cela il faut que la météo s’améliore, qu’il y ait du soleil et du sec pour que les cultures poussent ».

Majoration des heures de nuit et périodes d’astreintes

Suite aux dernières gelées, certains salariés agricoles et viticoles ont pu être amenés à travailler la nuit ou à être d’astreinte. La FDSEA de l’Yonne rappelle que les heures de nuit, sont celles qui sont réalisées entre 21 heures et 7 heures du matin. Elles bénéficient d’une majoration de salaire de : 25 % entre 21 et 22 heures, 50 % entre 22 heures et 5 heures du matin, et de 25 % entre 5 heures et 7 heures du matin. Cette majoration ne se cumule pas avec la majoration pour heures supplémentaires.
Pour les astreintes, le montant de l’indemnité forfaitaire est de : une fois le minimum garanti par nuit d’astreinte, soit 4,15 € pour 2024 ; deux fois le minimum garanti par période de 24 heures, soit 8,30 € pour 2024 (sous réserve de l’application de montant plus favorable prévu par le contrat de travail).
Si ces majorations devaient être prises en compte sur les bulletins de salaire d’avril, elles peuvent toutefois toujours être régularisées sur le mois de mai, en cas de non-versement sur le mois précédent, comme l’indique la FDSEA de l’Yonne.
Pour plus d’infos, contacter la FDSEA au 03 86 49 48 10.