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Débat

Une parole agricole réappropriée

L'association Les Voix Agricoles organisait un débat dans une exploitation laitière de Côte-d'Or. Un événement fidèle à l'esprit cultivé par cette association depuis sa création : faire entendre les voix d'agriculteurs engagés dans la transition. 

Par Berty Robert
Une parole agricole réappropriée
Ouvrir des espaces de dialogue entre différents acteurs et autour des problématiques agricoles, c'est l'ambition affichée des Voix Agricoles.

C'est au Gaec Chevallier, à Mauvilly, dans le Châtillonnais, que l'association Les Voix Agricoles avait donné rendez-vous pour un événement organisé le 24 septembre. Au programme pour les participants : une visite de l'exploitation laitière qui travail en AOP Époisses, et des échanges nourris sur les évolutions agricoles. La philosophie qui anime les actions des Voix Agricoles (créée il y a un an par Marine Colli, une spécialiste des politiques agricoles) repose sur la volonté de débattre de problématiques diverses et variées, mais sans dogmatisme et en tentant de dépasser les polarisations sociétales. Le public comprenait des agriculteurs, mais également des étudiants, ou des représentants du monde para-agricole. L'association propose à des agriculteurs de divers horizons (bio, conventionnels, syndiqués ou non, laitiers, céréaliers, maraîchers…) de se former pour s'insérer de manière pertinente dans les débats médiatiques autour de l'agriculture. Elle donne aux agriculteurs qui le souhaitent et qui sont formés au sein de promotions régulières, des clés afin de structurer leur argumentaire, et mieux appréhender le rapport aux médias. 

Une parole de terrain

Le Gaec Chevallier a été repéré pour son activisme en termes de communication sur son métier, notamment sur les réseaux sociaux, et sur son engagement. Jean-David Chevallier, l'un des quatre associés du Gaec et qui suit la formation des Voix Agricole, résumait : « On tente de faire entendre le parler vrai des agriculteurs de terrain et pas un discours formaté, auprès des médias et des représentants politiques. » En ce 24 septembre, le débat était très intergénérationnel, avec des étudiants venus de l'École nationale supérieure d'agronomie et des industries alimentaires (Ensaia) de Nancy. Rémunération des agriculteurs, services qu'ils rendent sur des territoires ruraux, reprenabilité des exploitations ont fait partie des thèmes qui ont animé les échanges. Sur le Gaec Chevallier, en moins de dix ans, quatre associés sont partis et trois jeunes sont arrivés. Une évolution emblématique des choix qui sont faits lorsqu'une nouvelle génération prend les manettes d'une exploitation, porteuse d'autres choix, de nouvelles orientations, d'approches renouvelées. « Nous avons eu des échanges très constructifs, poursuit Jean-David Chevallier. Je regrette juste que l'on n’ait pas eu avec nous plus de producteurs du coin. Ce type d'action permet néanmoins de créer des liens, de sensibiliser ces jeunes. Personnellement, j'apprécie beaucoup les échanges entre des anciens qui ont un vécu, et nous, plus jeunes qui avons d'autres envies, d'autres ambitions, et comme souvent, il n'y a pas de réponse définitive : la vérité se trouve entre les deux. »

Ne pas abandonner la scène médiatique

La sensibilité de Jean-David Chevallier à la nécessité de ne pas abandonner la scène médiatique sur les problématiques agricoles à quelques acteurs souvent très marqués idéologiquement ou des journalistes qui versent dans le simplisme réducteur, n'est pas pour rien dans son implication actuelle au sein des Voix Agricoles : « Des vidéos montrées, il y a quelques années, par l'association L 214, et qui ne correspondaient pas à ma réalité quotidienne d'éleveur, m'ont donné envie de communiquer sur mes pratiques. J'ai aussi réalisé le fossé qui pouvait exister entre le monde agricole et le grand public. Au fil du temps j'ai pris conscience qu'il y avait un besoin de pédagogie, mais aussi que le monde agricole n'est pas toujours parfait et qu'il doit lui aussi s'interroger sur certaines de ses pratiques. Tout cela m'a motivé pour communiquer. Aujourd'hui je parle de mon métier, en disant ce qui va et ce qui ne va pas. » Une honnêteté et une ouverture bien en accord avec Les Voix Agricoles dont on espère qu'elles reviendront en Bourgogne.

 

Une parole agricole réappropriée