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Colza

Colza : semer ou attendre, le choix est cornélien

La décision de semer du colza est toujours compliquée à prendre. Encore plus cet été. Clément Babouillard, président de la commission « productions végétales » de la FDSEA de Côte-d'Or, nous livre son ressenti.

Par AG
Colza : semer ou attendre, le choix est cornélien
Une poignée de semoirs avaient été sortis début août. Ils étaient de plus en plus nombreux en fin de semaine dernière.

Sec de chez sec. Comment semer son colza dans de telles conditions et espérer une levée digne de ce nom ? Les discussions entre agriculteurs allaient bon train la semaine dernière sur ce sujet. Et chaque producteur espérait la confirmation des pluies envisagées ces derniers jours. Si, à la sortie de ce journal, les précipitations sont revenues en nombre, cela résoudra bien des soucis. « Tout le monde sera effectivement content et soulagé mais au moment où nous nous parlons, nous sommes toujours à zéro et c'est la cinquième canicule ! », indiquait Clément Babouillard, président de la commission « productions végétales » de la FDSEA de Côte-d'Or.

Dans l'attente

L'agriculteur d'Ampilly-les-Bordes, comme ses homologues, prenait son mal en patience mais se tenait prêt à intervenir. « Semer du colza, c'est une prise de risque tous les ans, mais celle-ci est encore plus importante cette fois. Ce risque était encore absorbable il y a quelques années, quand il y avait de la trésorerie et de la rentabilité sur nos fermes. Mais cet été, nous allons investir de l'argent que nous n'avons pas dans une culture qui n'est pas sûre de lever compte tenu de ces folles conditions estivales ! ». Clément Babouillard informe qu'une poignée d'agriculteurs avaient déjà réussi à semer durant les dix premiers jours d'août. « Heureusement dans certains secteurs il a plu, mais les orages ont été très localisés et personne n'est dans le même cas de figure. C'est de la loterie, encore plus que d'habitude. Tout le monde espère que la situation sera tout autre très prochainement, il va bien pleuvoir à un moment ou un autre ! Tout est vraiment conditionné par ces pluies. Et 5 mm ne changeront rien, il nous en faut au moins 15 ou 20 pour espérer une levée des graines ».

Le responsable syndical rappelle le coût élevé des semis. « Si l'on compte tout, les semences et l'intervention, nous sommes aux alentours de 100 euros, voire beaucoup plus s'il y a un désherbage en parallèle. Encore une fois, cet argent investi appartient à la banque, et les crédits court terme sont à 4 ou 5 %, ce n'est plus la même musique qu'avant. Si rien ne lève, cet argent sera perdu. Après, nous serons vite au 1er septembre et à partir de cette date, il devient presque suicidaire de retenter le coup pour un colza. Du moins sur nos plateaux ».

Le plein de luzerne ?

C'est un sujet qui est régulièrement abordé ces dernières semaines lors de réunions professionnelles. De nombreux Côte-d'oriens envisageraient de semer de la luzerne, et même beaucoup de luzerne, en lien avec l'aide de 350 euros/ha/an proposée par le Conseil régional de Bourgogne Franche-Comté dans le cadre du soutien à la conversion en bio. S'il reconnaît lui-même avoir « profité » de ce dispositif sur 40 ha pour nourrir ses bovins, Clément Babouillard fustige cette orientation. « Ce n'est pas comme ça que l'on va régler les problèmes de notre agriculture. Il n'y a aucune réflexion technico-économique derrière cette mesure, ni même la moindre étude de marché. C'est purement politique, une décision socialiste qui veut faire bonne image en disant que x hectares ont été convertis en bio sur son territoire… Cela va, en réalité, déséquilibrer les marchés, comme si les agriculteurs bios avaient besoin de ça ! Il se dit que 15 000 ha seraient concernés en Côte-d'Or : c'est énorme et il y aura autant de production céréalière en moins dans notre département. Les difficultés de nos organismes stockeurs ou autres OPA ne seront que plus grandes. Des filières vont être déstabilisées. Et bien, bravo, la Région ! C'est tout simplement honteux. Alors après, le calcul est vite fait, vous touchez 350 euros par an pendant cinq ans pour cette conversion, puis 150 pour l'aide légumineuse, 200 euros de DPB et vous arrivez à 700 euros pour une luzerne. Avec un blé, vous allez atteindre 900 euros de produits mais après avoir investi 500… Et en plus, il est possible de convertir 80 ha par an et revenir en conventionnel après 5 ans. Pour moi, c'est de l'argent public gaspillé. La Région n'en est pas à son premier coup d'essai, je repense à la fortune qui avait été mise dans un abattoir mobile… Et il n'y avait absolument rien eu dans la méthanisation de Cérilly qui profite pourtant à 150 agriculteurs du Châtillonnais. La Région est hors-sol ».