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Fourrages

Les bons réflexes pour préserver les fourrages et les prairies

Après un été marqué par la chaleur et le manque d’eau, les éleveurs cherchent désormais à sécuriser leurs stocks fourragers et à préparer la reprise des prairies. Soline Schetelat, ingénieure agronome à l’Institut de l’élevage (Idele), détaille les principaux leviers à activer dans les prochaines semaines.

Par Propos recueillis par Léa Rochon
Les bons réflexes pour préserver les fourrages et les prairies
SS
Après un été sec, l’azote ne suffit pas à relancer les prairies : « c’est l’eau qui est le facteur limitant », rappelle Soline Schetelat, ingénieure agronome à l’Idele.

Quel est le premier réflexe à adopter face à un déficit fourrager ?

Soline Schetelat : « La première chose à faire est d’établir un bilan fourrager. Pour l’hiver, il s’agit de comparer les besoins prévisionnels du troupeau selon les lots et les stades physiologiques, avec les stocks disponibles : reports de l’année précédente, récoltes de cette année, achats prévus et contribution attendue du pâturage d’automne et du printemps prochain. Pour le printemps, mieux vaut retenir une hypothèse pessimiste, notamment après un hiver très humide qui pourrait retarder la mise à l’herbe, comme ce fut le cas cette année. Un outil est disponible sur le site Aclimel ».

Une prairie qui a grillé cet été est-elle forcément condamnée ?

S.C. : « Une prairie grillée n’est pas une prairie morte. Les graminées et les légumineuses se mettent en dormance pour limiter leur consommation d’eau et d’énergie. À la première pluie, elles peuvent reverdir. Mais ce n’est pas pour autant qu’il faut immédiatement remettre les animaux au pâturage. La prairie vient de mobiliser ses dernières réserves pour produire de nouvelles feuilles. Si on la fait pâturer à ce moment-là, on la fragilise fortement et son potentiel de repousse peut devenir quasiment nul. Il faut, si possible, continuer à affourager et attendre environ 10 cm de hauteur d’herbe. Si ce n’est pas possible, mieux vaut privilégier les prairies temporaires et préserver les prairies permanentes. Une fois la pousse bien repartie, il faudra au contraire maximiser le pâturage automnal, si l’eau et la portance des sols le permettent, pour économiser les stocks hivernaux. Contrairement aux idées reçues, l’herbe d’automne est riche en sucres et en azote et constitue une ressource à valoriser ».

Est-il judicieux d’apporter de l’azote pour relancer les prairies ?

S.C. : « C’est plutôt une fausse bonne idée. Pour l’instant, c’est l’eau qui est le facteur limitant, pas l’azote. Avec de l’eau et des températures encore élevées, l’azote du sol va être fortement minéralisé et stimuler naturellement la pousse. En apporter davantage serait donc coûteux et peu efficace ».

Comment trancher entre un sursemis ou un renouvellement complet de la prairie ?

S.C. : « Le sursemis peut convenir aux prairies moyennement dégradées, où il reste des espèces intéressantes mais où des trous sont apparus. Il faut suffisamment de pluie et de sol nu pour permettre aux graines de s’implanter, et tenir compte des espèces déjà présentes. On peut notamment privilégier des espèces agressives comme le ray-grass hybride, le trèfle violet ou certains trèfles blancs. Une fauche ou un pâturage environ un mois après le sursemis permet aussi de limiter la concurrence de la végétation en place. Mais la technique reste aléatoire : il ne faut donc pas y consacrer toutes ses surfaces. Sur une prairie très dégradée, avec la disparition des espèces intéressantes au profit de pissenlits, rumex ou chardons, ou avec beaucoup de trous, il faudra envisager un renouvellement complet. Le choix des espèces doit être adapté à la parcelle, selon son caractère séchant ou humide et son utilisation. Pour les semis, les dates limites approchent, autour du 30 septembre pour les prairies seules selon les régions, mais il faut surtout de l’eau. Les prairies sous couvert de méteil permettent de repousser l’échéance jusqu’à mi ou fin octobre, selon les territoires. L’outil AléaPluie peut aider à identifier les créneaux où les précipitations sont les plus favorables ».