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Colza

Garder les repousses de colza, à quel prix ?

Dans un contexte économique tendu et une année climatique difficile, les semis de colza sont sous tensions. Ceux qui ont eu la chance d’avoir des repousses bien développées pourraient être tentés de les garder en place.

Par Victor Fleury, Terres Inovia
Garder les repousses de colza, à quel prix ?
L. Jung / Terres Inovia
Conserver une repousse de colza peut permettre d'économiser des charges d'implantation, mais l'opération comporte aussi des coûts et des risques agronomiques.

Au vu du contexte économique tendu et de l’année climatique difficile, les semis de colza sont sous tensions. Pour ceux qui ont eu la chance d’avoir des repousses bien développées, l’idée de les garder en place dans certaines situations est tentante. Toutefois, entre opportunisme et risques avérés, il est important de se poser les bonnes questions.

La densité, un point fondamental

Une surdensité est très néfaste au colza. Elle favorise l’élongation, des pieds chétifs et peu robustes et pénalise le rendement, surtout en sols à bon potentiel. L’objectif de peuplement visé est de 20 à 35 plantes/m2 à l’automne avec des pieds de colza espacés entre eux. Dans le cas de repousses de colza, la densité de levées n’est pas maîtrisée. Dans la majorité des situations, la densité sera trop élevée. Il est alors essentiel de moduler le peuplement de la culture. Si la répartition des repousses ne permet pas d’atteindre l’objectif de peuplement après un passage d’outil, l’intérêt économique du maintien des repousses sera compromis. Les deux principales solutions sont le passage d’un outil à dent, sans recouvrement total de la surface travaillée ou le passage d’une bineuse.

L’utilisation d’une bineuse est la solution la plus adaptée pour réduire le peuplement du colza mais elle a un coût. Le résultat d’un passage d’outil à dents est plus qu’incertain, notamment s’il n’est pas possible de retirer des dents. Au-delà de la densité, la qualité de l’enracinement des repousses de colza doit également être vérifiée. Une mauvaise implantation pénalisera le rendement potentiel.

Un potentiel de rendement limité

Dans le cas de repousses de colza issues de variétés hybrides, la génération F2 perd l’effet « vigueur hybride ». Son potentiel génétique et par conséquent son potentiel de rendement sont ainsi réduits.

La perte de rendement moyenne est de 7 q/ha soit une moins-value économique de 385 € (Cours colza Moselle FOB, à 550 €/t). Les pertes maximales observées sont de l’ordre de 30 %. Au niveau de la qualité des graines, la richesse en huile ou en glucosinolates n’est plus garantie.

Augmentation des risques

Les caractéristiques variétales telles que le comportement vis-à-vis des maladies et des ravageurs ne sont plus garanties (hernie, phoma, altises, …). Au-delà de l’aspect variétal, un retour colza sur colza soulève des problématiques agronomiques. La succession de deux colzas à la suite entraîne un double risque : des variétés avec une résistance incertaine et des conditions favorables au développement des ravageurs et des maladies. Au niveau des maladies, les principaux risques concernent le sclérotinia et la hernie des crucifères. La nouvelle culture de colza risque d’amplifier le stock de contamination et sa pérennisation. Le risque ne se limite pas à la culture en place, il s’étend à l’échelle de la rotation.

La proximité géographique immédiate est un facteur aggravant pour les ravageurs. Une parcelle avec un historique colza favorise la persistance et l’installation rapide de populations locales de grosses altises (adultes et larves). Le risque est cumulatif pour le charançon du bourgeon terminal si le gîte parasitaire est présent sur place.

Gestion des adventices

Le maintien des repousses aura potentiellement permis d’économiser une solution de prélevée sur la culture. En revanche, l’absence de faux semis en interculture risque de provoquer des densités de levées plus élevées en culture. Pour la gestion des repousses de céréales et des dicotylédones, dans le meilleur des cas, les problématiques seront gérées par

une augmentation des doses ou des fréquences de passage avec des produits de post-levée. Au mieux, cette augmentation des charges annulera simplement les économies liées à la prélevée. Pour la gestion des graminées hivernales, le manque d’efficacité de produits herbicides de post-levée en attendant l’application de propyzamide peut mener à des impasses. Côté réglementation, mis à part le métazachlore, limité à 750 g/ha tous les 4 ans ou 500 g/ha tous les 3 ans, un retour colza sur colza n’engendre pas de restriction majeure dans le choix des programmes herbicides.

Des conséquences secondaires

Le choix du maintien des repousses de colza en culture principale implique des conséquences secondaires sur la culture. La perte de l’effet de « vigueur hybride » du colza risque d’entraîner une hétérogénéité des stades qui peut compliquer les interventions à des stades optimaux. La qualité des graines n’est plus garantie. Enfin, le maintien de la culture empêche toute intervention de reprise de la structure du sol par un passage d’outil de travail du sol. Une structure du sol initialement dégradée pénalisera donc inexorablement le rendement final.

Un raisonnement économique

Le raisonnement porte sur la comparaison économique d’un colza de repousses par rapport à un colza classique. Les pertes de rendement attendues sont importantes. D’une part, elles sont liées à la perte du caractère d’hétérosis de la variété, due à un re-semis d’une variété hybride. D’autre part, le retour d’un colza sur un colza favorise les risques de maladies et de ravageurs sur la culture en place et pour les années suivantes. L’effet combiné menace donc une perte de rendement encore plus importante. Au niveau des économies, les charges de semis s’annulent en partie avec un passage potentiel d’outil de travail du sol pour réduire la densité du peuplement. Aucune réduction du poste des produits herbicides n’est attendue, due à une moins bonne mobilisation des leviers agronomiques (rotation, faux semis) et un report des coûts herbicides sur de la post-levée. La principale économie résiduelle porte sur l’économie de l’achat des doses de semences.

Même si sur le papier, le maintien des repousses de colza peut sembler être une opportunité intéressante. La réalité économique est bien plus nuancée vis-à-vis de l’implantation d’un colza classique. De nombreux coûts cachés ou des reports de charges viennent ternir la promesse initiale.

Tableau 1 // Discrimination des outils disponibles pour moduler la densité des repousses
Tableau 2 // comparatifs des économies de charges entre un colza classique et un maintien des repousses (Prix charges matériel agricole : base Terres Inovia 09/2026, prix cours colza : Moselle Fob à 550€/t).