Des brebis, un drone et un million de vues
Originaire de la Drôme et habitant du Royans, Gaëtan Mahé, photographe professionnel, parcourt le Vercors depuis plus de dix ans pour photographier les plus beaux panoramas et les animaux du territoire. En juin 2026, il s’est lancé un nouveau défi en suivant par drone le troupeau d’éleveurs du Royans sur les routes en balcon de Combe Laval. Publiées sur les réseaux sociaux fin août, ses vidéos ont eu un écho auquel le photographe ne s’attendait pas. Elles cumulent plus d’un million de vues.
Si Gaëtan Mahé pratique la photographie depuis l’adolescence, c’est en 2016 qu’il crée son entreprise. « Ce qui me plaît, c’est l’aspect calme et serein de la nature en particulier au lever et au coucher du soleil, raconte le trentenaire. Souvent, je fais beaucoup de repérages avant de partir en sortie. Pour moi, le paysage c’est une combinaison de plusieurs éléments. Certains clichés sont dus au hasard comme lorsque je croise des bouquetins, d’autres sont planifiés car je me positionne selon la luminosité. Je ne vais pas n’importe où n’importe quand. J’ai une liste d’images que je veux faire à un moment précis de l’année ». Dix ans plus tard, en juin 2026, le Drômois se lance un nouveau défi : suivre des éleveurs et leur troupeau de 1 900 bêtes lors de leur départ en transhumance.
La découverte de la transhumance
Avant de réaliser ces vidéos, le photographe avait déjà rencontré la famille d’éleveurs l’année dernière pour photographier les animaux sur l’alpage. « On avait beaucoup échangé sur le pastoralisme et le métier de berger. J’ai trouvé ça passionnant. Je ne suis pas venu avec un récit imaginé à l’avance, mais avec les bottes de quelqu’un qui voulait faire vivre au travers des images cette découverte de la transhumance. Le Vercors s’illustre aussi à travers les activités humaines. Ces pratiques font partie intégrante du paysage », estime Gaëtan Mahé. La veille du départ, il a reçu un appel des éleveurs, qui lui donnaient leur accord pour qu’il suive le troupeau. « Le rendez-vous était fixé à une heure du matin au départ de Saint-Jean-en-Royans direction la route du col de la Machine à la lampe frontale. C’est impressionnant à voir. Quand j’imaginais la transhumance, je ne pensais pas que le troupeau passait sur la route, mais vu sa taille, il n’y a pas vraiment le choix. Les bergers marchent en silence à un rythme très stable pour guider l’avant du troupeau. J’ai surtout vécu l’expérience à l’avant car ça aurait été trop compliqué de remonter si j’étais passé à l’arrière. D’un côté, j’aurais aimé en profiter autrement, car j’étais très concentré sur l’aspect créatif. C’était quand même un moment incroyable et très apaisant au son des cloches », confie le photographe. Pour réaliser ses images, le trentenaire s’était équipé de plusieurs objectifs, de trépieds et d’un drone. Son sac à dos pesait près de vingt kilos au moment du départ. « Au début je pensais avoir tout sur le dos, mais heureusement ils ont une voiture à l’avant et à l’arrière du troupeau donc ça m’a facilité le travail, rapporte Gaëtan Mahé. La montée s’est déroulée entre deux journées de travail donc c’était renversant. On change de monde en une nuit. Pour filmer, je courais pour m’éloigner du troupeau et avoir le temps de poser mon trépied et faire les réglages avant de laisser le troupeau venir vers moi. Finalement, j’ai couru toute la montée. D’habitude, j’ai du temps pour poser mes images. Là, le sujet était vivant et tout le temps en mouvement. D’ailleurs, piloter un drone en courant, ça n’était vraiment pas évident. Ce fut une très belle expérience ».
Le rendu final
Afin de réaliser les prises au drone, le photographe a dû demander plusieurs autorisations. « Je possède un drone depuis 2019. J’ai passé une certification pour apprendre à bien le maîtriser. J’en suis à mon troisième appareil car les premiers sont vite devenus obsolètes. Le drone nécessite pas mal de démarches administratives. Sur le secteur de Combe Laval, il y a deux règles à respecter en particulier. La zone de vol tactique est utilisée par l’Armée de l’air pour l’entraînement donc j’ai dû faire une déclaration sur le site du ministère et donner les heures durant lesquelles j’utilisais le drone. On était aussi dans une zone d’évolution de l’aérodrome de Saint-Jean-en-Royans et dans le périmètre de la piste de décollage. Pour utiliser le drone, j’ai donc demandé un protocole d’accord. Ça se passe bien car ce sont des professionnels. Ils sont attentifs à ce que les gens ne fassent pas n’importe quoi avec leur drone. Lorsqu’on respecte les règles et qu’on s’annonce, ils sont plutôt accessibles et arrangeants. Le protocole impliquait que je prévienne l’aérodrome avant de décoller et après avoir atterri », explique le photographe. À noter, les vols en drone dépendent du jour astronomique. Il est possible de voler au maximum trente minutes avant le lever du soleil et trente minutes après le coucher du soleil.
« Quand je suis passé au montage, je n’étais pas fan de la vidéo longue. Elle manquait d’âme car j’aurais aimé avoir quelque chose de plus raconté. Les échanges avec les bergers m’ont beaucoup plus ému que les images seules. Il m’aura fallu environ trente heures de montage pour traiter et agencer les images, témoigne-t-il. L’idée à la base c’était d’avoir du format long afin de réaliser une vidéo destinée à YouTube. Sur Instagram, c’est un redécoupage de plans verticaux que j’ai publié car ce réseau social se prête davantage aux formats courts. L’idée de ces vidéos, c’était d’être objectif, de montrer la beauté des images. J’essaie d’avoir une vision universelle qui met en lumière la beauté du Vercors et ses traditions ».
Viral
Après avoir publié ses prises sur Instagram, Gaëtan Mahé a été pris de court. En quelques jours, son travail a cumulé plus d’un million de vues. « Je ne m’y attendais pas. Ça devient vite hors de contrôle ce type de vidéos virales. On se retrouve rapidement submergé par les commentaires. Beaucoup de gens pensaient que j’étais berger et ils me demandaient s’ils pouvaient venir voir les brebis. On surestime souvent l’impact business d’une vidéo virale. Ça reste des gens qui ont adoré la vidéo, mais qui continuent de scroller. Beaucoup ont raconté comment ils ont vécu leur transhumance dans leur jeunesse. On sent que c’est un sujet qui touche les gens surtout ceux qui l’ont vécu de près ». Pour le photographe, ces vidéos pourraient bien être la base d’un futur projet. « J’espère faire la descente du troupeau en octobre, peut-être en photo, pour varier de la vidéo ».
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