Sécheresse : « il faut stocker l’eau, maintenant ! »
De la Côte-d’Or au Jura, aucun département de Bourgogne Franche-Comté n’échappe à la sécheresse. Pour Thomas Lemée, éleveur à La-Roche-en-Brenil et président des JA BFC, la situation impose de repenser rapidement le stockage de l’eau.
Tous les éleveurs bovins sont au diapason cet été : il faut sans cesse apporter à boire et à manger dans les prés. Thomas Lemée, éleveur d'une centaine de vaches charolaises à Crépy, hameau de La-Roche-en-Brenil, n'avait jamais connu pareille situation depuis son installation en 2016. « Il faut bien une première à tout mais là, on s'en serait tout de même bien passé… D'habitude, nous avons une période un peu plus creuse après les moissons et en attendant les semis mais il n'en est rien cette année. C'est comme si le pansage hivernal n'avait jamais cessé ! Ici, l'eau est de plus en plus problématique, il faut la surveiller comme le lait sur le feu. Depuis la fin juin et la seconde vague de chaleur, les sources disponibles disparaissent les unes après les autres. On se demande bien combien de temps cette sécheresse va durer… Parti comme c'est parti, nous en avons au moins jusqu'à début septembre ».
L'éleveur de 33 ans avait, fort heureusement, des stocks de fourrages des deux précédentes campagnes. « Sans ces reports, je serais bientôt à sec. Cela dit, je ne pourrai pas aller très loin pour autant. Jusqu'à la prochaine mise à l'herbe, ce sera impossible. Il va falloir qu'il repleuve un jour ou un autre pour nous soulager et garder de la nourriture pour cet hiver. Les éleveurs qui sont en manque de fourrages peuvent rencontrer des difficultés à s'en procurer ailleurs car les disponibilités sont tout aussi problématiques dans les autres départements. En effet, tous les territoires sont touchés, il n'y a pas de jaloux cette année ! ».
Une prise de conscience
Thomas Lemée, qui préside les Jeunes agriculteurs de Bourgogne Franche-Comté, interpelle les élus à la moindre occasion sur les nécessaires besoins en stockage de l'eau. « Nous n'avons pas attendu cette nouvelle sécheresse pour parler de ce sujet… Il nous faut des retenues pour faire face à ce type d'aléa climatique. Et oui, je le sais bien, rien ne se passe dans ce domaine depuis de nombreuses années. C'est très regrettable. Nous partons de très loin mais je ne désespère pas à l'idée d'assister à une réelle prise de conscience générale. Tous les leviers doivent être levés pour pouvoir continuer d'abreuver nos bêtes, sécuriser nos productions et être un peu plus sereins dans de telles situations. Franchement, beaucoup de monde se demande s'il sera possible de passer l'hiver, on ne peut plus continuer comme ça. Stocker l'eau de ruissellement l'hiver pourrait aussi nous permettre d'arroser quelques hectares de cultures pour sécuriser l'alimentation… Cela semble compliqué ? Ce serait pourtant du bon sens. L'avenir de notre métier est tout simplement en jeu ».
Des retenues d'eau seraient également pertinentes pour lutter contre les incendies. « Nous sommes en plein dedans… On le voit bien, les pompiers ont de plus en plus de mal à trouver des points d'eau quand cela est nécessaire. Certaines communes passent même en alerte rouge pour les prélèvements en eau : tout ce qui serait stocké serait autant d'eau économisée dans le réseau ! J'en veux beaucoup aux donneurs de leçons qui s'opposent systématiquement aux projets de stockage de l'eau. Quand la France est dans la merde comme actuellement, ces personnes-là, on ne les voit plus et on ne les entend plus ! ».