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Blé tendre d'hiver

Blé tendre : une récolte marquée par les extrêmes climatiques

Le scénario de la campagne 2026 restera comme celui des extrêmes climatiques. Malgré des semis réalisés dans de bonnes conditions, le manque d'eau au printemps puis les canicules ont fortement pénalisé les blés tendres d'hiver. Résultat : une récolte très contrastée, avec des écarts de rendement importants entre les plaines et les plateaux.

Par Diane Chavassieux et Léa Bounhoure, Arvalis BFC
Blé tendre : une récolte marquée par les extrêmes climatiques
Arvalis
Après un automne favorable aux semis, les blés tendres d'hiver ont dû faire face à une succession d'aléas climatiques.

En 2025-2026, le cumul des surfaces implantées en blé tendre d’hiver en Bourgogne Franche-Comté (BFC) s’établit à 340 000 ha soit + 1 % / 2025 (Source : Agreste). Ces surfaces sont globalement en baisse de 6 % par rapport à la moyenne des 10 dernières années. Côté rendements, le chiffre estimé par AGRESTE à 59 q/ha à l’échelle de la région Bourgogne Franche-Comté est inférieur de 2 % à la moyenne quinquennale et 10 % en dessous du chiffre de l’année dernière. Cette moyenne cache en réalité de grandes hétérogénéités en fonction de la profondeur de sol.

Des semis précoces en bonnes conditions

Contrairement à l’automne 2024, les semis de l’automne 2025 se sont déroulés dans de bonnes conditions. D’après CéréoObs, 80 % de semis ont été réalisés sur la première quinzaine d’octobre, et le restant fin octobre /début novembre. Les désherbages de pré-levée se sont faits dans le sec mais la pluie est revenue avec de gros cumuls ensuite (70 à 90 mm) qui ont pu provoquer des phytotoxicités (blanchissement et pertes de pieds) et de l'hydromorphie sur sols lourds. Pour les désherbages de post-levée, il y avait des créneaux pour passer en bonnes conditions début novembre. Le climat doux de l’automne a permis une belle levée des orges d’hiver. Les températures hivernales s’inscrivent dans la moyenne des dix dernières années et la pluviométrie est légèrement inférieure à la moyenne à la faveur des mois de décembre et janvier secs. Les biomasses en sortie d’hiver étaient dans les normes. Les mois de février et mars, ont été plus chauds que la médiane, provoquant l’accélération de l’arrivée des stades épi 1 cm. La durée du tallage étant réduite, le nombre de talles à plus de 3 feuilles compté au stade épi 1 cm était environ 30 % inférieurs à la moyenne des 10 dernières années sur les plateaux et -1 % en plaine. La date d’occurrence du stade épi 1 cm a été enregistrée autour du 15 mars, soit environ 10 jours en avance par rapport à la moyenne historique.

Des conditions printanières sèches

Dès le mois mars, les pluies se sont faites très rares. Ces conditions sèches ont retardé la valorisation des apports d’azote à cette période. Ainsi, une compétition pour l’eau et l’azote entre les talles a conduit à la régression de certaines d’entre elles. Les comptages de densités d’épis à épiaison ont en effet montré des régressions de talles, avec une densité d’épis inférieure de 25 % par rapport à la moyenne des 10 dernières années sur les plateaux et de 10 % en plaine.

À la fin du mois d’avril, les températures cumulées étaient supérieures à la médiane sur 20 ans de cette période. Cette chaleur a fait avancer les stades rapidement. Le stade épiaison est survenu autour du 10 mai soit avec une semaine d’avance par rapport à la médiane. Le manque de pluie a provoqué un stress hydrique précoce dès le stade 2 nœuds sur sols superficiels et dès la dernière feuille pointante sur sols profonds, réduisant le nombre d’épis et la biomasse.

Les pluies orageuses de début mai ont été très hétérogènes et sont généralement intervenues trop tard, juste avant épiaison. La fertilité épi était bonne en plaine mais des accidents de fertilité sont observés sur les plateaux en lien avec le stress hydrique intense du printemps. Sur les plateaux cela n’a pas permis de compenser le manque d’épis/m², ainsi le nombre de grains/m² est inférieur à la moyenne de 15 %. Ce climat a aussi été associé à une pression en maladies foliaires faible. Cependant, la rouille jaune précoce a pu être présente dans l’Yonne, la Nièvre et la Haute-Saône et en fin de cycle, c’est la rouille brune qui a fait son

apparition. La septoriose quant à elle est restée discrète avec une pression faible, des impasses de T1 étaient possibles même sur variétés sensibles. Sur variétés résistantes, des déclenchements de traitement pivots ont pu être faits tardivement à épiaison. La nuisibilité moyenne des maladies dans notre essai variétés en Plaine de Dijon est de 6 q/ha (de 10 q/ha pour les plus sensibles à 2 q/ha pour les plus résistantes).

Finalement, les rendements sont bons en plaine et décevants sur les plateaux. Comme le montre le tableau, le nombre de grains/m² est inférieur à la moyenne pénalisé en premier lieu par un manque d’épis/m².

La fertilité des épis quant à elle est bonne en plaine mais insuffisante sur les plateaux pour rattraper un manque d’épis/m². En effet, on a pu observer des symptômes avec le haut de l’épi complètement stérile qui est sûrement dû au stress hydrique précoce de fin montaison. Cette hypothèse peut être confirmée s’il y a l’observation d’un gradient de symptômes en fonction de la profondeur du sol au sein de la parcelle.

Le remplissage des grains sous la canicule

Le début de la période du remplissage des grains mi-mai a pu bénéficier de quelques pluies régulières. Ensuite dès la fin mai, le coup de chaud, record par sa précocité affecte le remplissage des grains dans sa première phase de formation des enveloppes. Ensuite, les températures sont redescendues jusqu’au 10 juin permettant à la deuxième phase de remplissage des grains de se dérouler dans de bonnes conditions.

Finalement, les PMG se sont révélés meilleurs qu’attendu. Dans nos essais, ils atteignent 41 g en plaine et 43 g sur les plateaux pour les variétés Intensity et Chevignon. Ces valeurs sont dans la moyenne historique voir légèrement supérieures.

Côté protéines, les teneurs sont bonnes de 11.5 à 12 %. Néanmoins, c’est plus un effet concentration qui peut faire monter les teneurs en protéines en cas de rendements faibles. Sur des rendements bons, la teneur en protéines peut vite être faible (10 à 10.5 %). En effet, les Indices de Nutrition Azotée (INN) étaient globalement faibles pendant la montaison et à floraison (autour de 0.8) traduisant des signes de carences à cause du manque d’eau (stress azoté induit par le stress hydrique).

Du côté de la qualité, les poids spécifiques (PS) sont bons.

Les composantes de rendements en résumé.