Moissons : l’addition fait très mal
Rendements en nette baisse, EBE par hectare en chute libre et trésoreries sous pression : le bilan présenté par la FDSEA et la Chambre d’agriculture de Côte-d’Or est particulièrement préoccupant.
Pour faire la moisson du siècle, il faudra attendre encore un peu. Toutes les moyennes de rendements sont en baisse (en plaine : -13 q/ha en orge d'hiver, -12 q/ha en blé, -7 q/ha en colza. Sur les plateaux : - 16 q/ha en orge d'hiver, - 6 q/ha en blé, - 8 q/ha en colza). Plus loin que ces résultats « végétaux », la réunion proposée par la FDSEA et la Chambre d'agriculture de Côte-d'Or s'est vite penchée sur l'économie. Et là encore, des estimations préoccupantes ont été présentées. L'EBE/ha baisserait ainsi de 58 % en plaine et de 40 % sur les plateaux… Un résultat courant proche de 0 voire négatif est fortement redouté, selon les secteurs. « Au mieux, on aura travaillé pour rien. Au pire, on aura creusé un trou », pouvait-on entendre dans la salle.
Ça gronde
Antoine Carré, le président de la FDSEA, en profitait pour « se lâcher » : « Il n'est plus possible de voir de tels chiffres, avec des charges toujours aussi élevées et des produits en baisse. Comme nous l'entendons de plus en plus dans nos campagnes, les agriculteurs en ont marre de faire vivre plein de monde autour d'eux alors que les risques financiers, agronomiques et réglementaires, ce sont eux qui les portent ! À un moment donné il va falloir que ça s'arrête ». L'exploitant de Verrey-sous-Salmaise cite l'exemple des machinistes : « leurs chiffres et leurs résultats sont toujours les mêmes, quoi qu’il arrive. Ils rebasculent la baisse du nombre de tracteurs neufs sur de l'ancien, sur le prix des pièces et de la main-d’œuvre dans les mêmes proportions. On a clairement l'impression de se faire voler ! ».
« Ramener de la tréso »
L’administration était représentée lors de ce rendez-vous et plusieurs messages syndicaux ont été passés. « Il faut impérativement ramener de la trésorerie dans les exploitations. Et très rapidement ! », poursuit Antoine Carré. Pour y arriver, « plein de petites méthodes » existent selon le président : « il nous faut un dégrèvement de la TFNB à 100 %, une dérogation pour les couverts végétaux et surtout, une liberté de produire ! J'en reparle aujourd'hui mais la MACF nous plombe. Nous mettre 100 euros/ha de taxes pour nous en redonner 50 dans certains cas, tout en voyant les fabricants d'engrais augmenter le prix par la suite, j'appelle ça de la gestion socialiste et par définition, ça ne peut pas marcher ». Le responsable syndical poursuit sur sa lancée : « arrêter de supprimer des matières actives et nous laisser fertiliser un petit peu ne coûterait pourtant rien à l'État. Et il y aurait sans doute moyen de faire baisser les prix de certains produits, je pense notamment au DAP 18-46, engrais utilisé pour faire lever nos colzas, dont le prix approche désormais les 1 000 euros la tonne. Cela devient absolument n'importe quoi ».