Le Laboureur, 70 ans de savoir-faire à Digoin
La SAS Le Laboureur relève du patrimoine industriel et technique de la Saône-et-Loire. L’entreprise fête cette année ses 70 ans, avec une autre famille que celle des créateurs d’origine. Ce sont désormais Jean et Vianney Copleutre qui veillent aux destinées de cette entreprise de confection.
Basée à Digoin, en Saône-et-Loire, la manufacture "Le Laboureur" fabrique du vêtement de travail depuis plus de 70 ans. À partir de tissus spéciaux, réalisés spécifiquement pour sa production, l’atelier monte des gilets, vestes et "largeots" à destination des artisans, principalement, mais aussi pour une clientèle urbaine, amatrice de vêtements authentiques.
L'entreprise a été créée en 1956 par un jeune Français d'origine italienne, Primo Zelanti. « Il a commencé en vendant de la mercerie dans les campagnes. C’était l’après-guerre ; il a senti un besoin énorme pour des vêtements, notamment en prêt-à-porter parce que c’était un créneau de marché encore balbutiant. Le besoin existait en particulier pour le vêtement de travail. À cette époque, il y avait encore beaucoup de gens qui les fabriquaient eux-mêmes », retrace Jean Copleutre, le chef d’entreprise d’aujourd’hui.
Celui-ci a racheté l’entreprise en 2019 à Jean-Charles Zélanti, le fils du fondateur, qui a pris la suite de son père en 1988. Après avoir été menuisier chez les Compagnons du Devoir, Jean Copleutre fonde un site d’e-commerce spécialisé dans le vêtement de travail traditionnel. En quelques années, il devient l’un des principaux distributeurs français, avant de racheter Le Laboureur, qui était l’un de ses fournisseurs.
« Cette marque “Le Laboureur” proposait en particulier des vêtements pour les agriculteurs mais aussi, notamment pendant les années soixante-dix et quatre-vingt, pour l'industrie et tous les travailleurs en général », poursuit Jean Copleutre. « Notre atelier fabrique environ 25 000 pièces par an, sur un total d'environ 75 000 références. Le reste, souvent les accessoires, nous les faisons fabriquer chez des sous-traitants, principalement en France, mais aussi au Maroc et en Tunisie, pour le vêtement de travail basique ».
« Nous sommes désormais trente dans l’entreprise, dont une bonne vingtaine en confection. Notre chance, c’est de recevoir une demande bien supérieure à notre offre. Nous n’effectuons pas de développement commercial, sauf celui lié à la réputation du Laboureur », ajoute Jean Copleutre, avant de décrire son métier. « C’est le travail des trames. Nous recevons des rouleaux de tissus, les découpons pour les assembler pour chacune de nos productions. Nos tissus proviennent principalement de France, d’Allemagne, de Belgique et d’Espagne ».
Le Laboureur propose aux visiteurs d’acheter en direct. « N'importe qui peut venir s'acheter des vêtements. L’établissement est ouvert au public, aux professionnels ou pas. Par contre, nous ne faisons pas de vente directe par correspondance. Nous avons des revendeurs qui s’occupent de ce type de commercialisation », stipule Jean Copleutre.
Le largeot, un pantalon de travail traditionnel
« Le largeot, c'est le vêtement de travail par excellence du couvreur charpentier. Il y a encore beaucoup de gens qui le portent, en particulier les Compagnons du Devoir, ainsi que tous ceux qui sont un peu dans les guildes de métier, les grandes confréries professionnelles », présente Jean Copleutre.
Le largeot, c’est un pantalon de travail traditionnel, dont les origines remontent jusqu'à 1896. « On en dénombre près de 6 formes différentes. De nos jours, la forme la plus populaire est le "demi-ballon". Chez Le Laboureur, le pantalon largeot est devenu un vêtement de travail emblématique », expose Jean Copleutre, tout en précisant que « le largeot intéresse aussi une clientèle sensible à la mode, qui s’attache au fait que le largeot corresponde à une étiquette, celle du vêtement de travail de qualité ».
Au-delà du symbole ouvrier qu’il représentait, le largeot de travail était aussi fortement apprécié par de nombreux corps de métier pour sa coupe aussi confortable que fonctionnelle. « C’est un pantalon de travail large conçu pour offrir un maximum de confort et de liberté de mouvement aux travailleurs manuels. Sa coupe ample au niveau des hanches et des cuisses permet de se baisser et de se mouvoir facilement. Sa forme resserrée au niveau des chevilles évite les accidents liés à la marche et au déplacement », justifie le chef d’entreprise.
Les artisans possèdent énormément d’outils et d’accessoires pour réaliser leurs ouvrages. « C’est pourquoi les largeots disposent généralement de poches pratiques, dont une poche portefeuille boutonnée, une poche mètre sur le côté droit et une poche pour une montre à gousset située sur la ceinture. Tous ces éléments en font un pantalon de travail fonctionnel et pratique », affirme Jean Copleutre.