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Aides agricoles

Grand écart entre Washington et l'UE sur les aides agricoles

Un rapport de l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) démontre une hausse des aides publiques à l'agriculture, un peu partout dans le monde.

Par Christophe Soulard
Grand écart entre Washington et l'UE sur les aides agricoles
IA
Entre Washington et Bruxelles, les politiques de soutien à l’agriculture reposent sur des mécanismes différents. L’OCDE appelle les deux puissances à privilégier davantage la prévention des crises que leur indemnisation.

Après plusieurs décennies de repli relatif par rapport à la valeur de la production, les aides publiques à l'agriculture sont reparties à la hausse. Selon la 39e édition du rapport de l'OCDE,  l'estimation du soutien total (EST), aides directes et indirectes (y compris au consommateur) dépasse 950 milliards de dollars américains (Md$) en 2025, en hausse de 121 Md$ (+15 %) par rapport à 2023. Le soutien relatif dans les 56 pays étudiés est passé de 17,6 % à 19,1 % de la valeur de la production. De son côté, le soutien aux producteurs (ESP) atteint 661 Md$ par an sur 2023-2025 (13 % des recettes agricoles brutes). Toutefois, l'OCDE déplore que près de la moitié du soutien direct reste octroyée sous des formes générant le plus de distorsions sur les marchés (soutien des prix et subventions d'intrants). Ces dernières présentent d'ailleurs une très faible efficience de transfert : seuls 25 % des montants engagés se traduisent par un revenu supplémentaire pour les agriculteurs. 

La puissance des émergents

À noter que le rapport couvre les politiques des 38 pays membres de l'OCDE, mais aussi de 13 émergents comme la Chine, le Brésil ou l'Inde, l’ensemble représentant une large part de la production mondiale. Aux États-Unis, le soutien direct aux producteurs s'établit en moyenne à 8 % des recettes agricoles brutes (RAB) sur 2023-2025. Ce niveau figure parmi les plus bas de la zone OCDE (moyenne à 14,3 %) et marque un recul par rapport aux 20 % observés au début des années 2000. La singularité américaine réside dans sa structure : le soutien des prix du marché est quasi inexistant (moins de 1 % des recettes, hors sucre). La politique américaine repose majoritairement sur des transferts budgétaires découplés et sur la gestion des risques. L'assurance récolte subventionnée et les aides d'urgence aux prix (ECAP) forment l'armature du système, renforcée par la loi « One Big Beautiful Bill Act » (OBBBA), adoptée par le Congrès américain le 3 juillet 2025. Enfin, plus de 50 % du soutien aux producteurs américains est assorti de contraintes obligatoires, et près de la moitié du soutien agricole total du pays finance l'aide alimentaire intérieure. 

Conditionnalité environnementale dans l'UE

Dans l'Union européenne à 27, le soutien aux producteurs se maintient à un niveau plus élevé, atteignant en moyenne 17,4 % des recettes agricoles brutes sur 2023-2025, rapporte l’OCDE. Bien que l'UE ait réduit le soutien des prix du marché à 4,8 % des recettes (ciblé sur le riz, la viande bovine et les ovins), elle a réorienté l'essentiel de son aide vers des paiements directs découplés au titre du soutien de base au revenu. Bruxelles se distingue par la place prépondérante accordée à la conditionnalité environnementale : les éco-régimes et les engagements agroenvironnementaux captent une part importante des budgets de la PAC (l'aide couplée au revenu ne représentant que 7,5 % des enveloppes). Pour faire face aux récents aléas climatiques et aux tensions de marché, l'UE combine simplification des règles et versements anticipés de trésorerie. À mots feutrés, l'OCDE critique un point commun aux deux puissances agricoles : aussi bien les États-Unis que l’Union européenne attendent que les crises arrivent pour payer les dégâts. Face aux nouveaux risques (sécheresses, prix instables, tensions géopolitiques), l'organisation leur conseille plutôt d'investir cet argent en amont pour mieux préparer les fermes aux crises futures. 

Trump a promis 15 milliards de dollars aux agriculteurs

À la veille des élections américaines de mi-mandat du 3 novembre, qui se sont soldées par un échec pour son camp, l’administration Trump a multiplié les promesses envers les agriculteurs américains pour un montant de 15 milliards de dollars qui viennent s'ajouter aux 13,8 Md$ de subventions régulières aux cultures. C’est le constat dressé par le média américain Associated Press (AP) le 1er novembre. Dans le détail, plus de la moitié de ce montant (8Md$) est issue du programme Harvest Fuel Relief (aides au carburant pour la récolte) destiné à aider les producteurs à faire face aux perturbations temporaires des marchés et à la hausse des coûts du diesel. Au-delà, l’article recense également au moins 5 Md$ sous forme de prêts garantis pour les éleveurs et les pêcheurs, 1,8 Md$ supplémentaires pour les propriétaires fonciers ayant participé à des programmes de conservation, 573 M$ alloués à des projets de fabrication d'engrais, 57 M$ à l'expansion des entreprises de transformation de la viande ainsi que 86,6 M$ de subventions pour financer des projets innovants dans les cultures spécialisées.

Les recommandations de l’OCDE

Les recommandations de l’OCDE
Le rapport de l'OCDE témoigne d'un redémarrage à la hausse des aides publiques à l'agriculture, dans le monde, de manière globale.

Afin d’adapter l’action publique à un environnement mondial de risques interconnectés, le rapport 2026 de l’OCDE formule quatre préconisations majeures :
1. « Réorienter les incitations financières » : réduire le soutien des prix et les subventions d’intrants les plus distorsives, pour les remplacer par des paiements découplés et ciblés.
2. « Consolider les services d’intérêt général » : accroître les investissements publics dans la recherche, l’innovation, le conseil agricole et les infrastructures durables (irrigation, biosécurité).
3. « Privilégier la gestion des risques » : substituer aux indemnités d’urgence des outils de prévention, de préparation et d’adaptation au changement climatique.
4. « Exiger des résultats mesurables » : lier l’octroi des aides publiques à des critères de performance environnementale et sociale clairs et contrôlés.