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Innovations

Agronov : dix ans et en pleine croissance

En même temps qu'il célébrait le dixième anniversaire de sa création, le pôle régional d'innovations en agroécologie Agronov dévoilait le projet d'extension et de rénovation de ses locaux, soutenu par la métropole dijonnaise, avec le soutien du Conseil régional de Bourgogne Franche-Comté.

Par Berty Robert
Agronov : dix ans et en pleine croissance
Pour le lancement du chantier d'Agronov II des pieds de cassis Noir de Bourgogne ont été plantés.

Pour penser et concevoir des solutions pour l'agriculture de demain, les entreprises adhérentes au pôle régional d'innovation en agroécologie Agronov, et certaine hébergées par lui, vont disposer de plus d'espace : le 17 septembre, le site de Bretenière, au sud de Dijon accueillait une cérémonie organisée à l'occasion du lancement des travaux d'Agronov II. En présence de François Rebsamen, président de la métropole dijonnaise, les détails de cette nouvelle phase d'aménagement, qui permettra d'accueillir de nouvelles entreprises innovantes dans les secteurs de l'agroécologie, de l'agriculture de précision et des biotechnologies, étaient dévoilés. Il s'agit notamment d'augmenter la capacité d'accueil en bureaux et en laboratoires. D'anciennes serres vont être détruites pour laisser la place à un nouveau bâtiment technique d'une surface de 1 200 m2. L'inauguration de ces nouveaux bâtiments est prévue pour début 2028. « Agronov II témoigne de l'attractivité croissante du site, remarquait Nicolas Schoutit, maire de Bretenière et vice-président de la métropole, et de la confiance accordée à notre territoire pour accompagner les innovations agricoles. »

Accès amélioré

Parmi les évolutions qu'entraîne ce chantier, il faut noter l'amélioration de l'accessibilité sur un site dont, jusqu'à présent, la principale faiblesse était son caractère très excentré, qui ne laissait pas beaucoup d'autres choix que la voiture pour s'y rendre. Un arrêt de bus doit donc faire son apparition prochainement : un argument précieux, par exemple, pour les nombreux alternants des entreprises adhérentes d'Agronov. François Rebsamen a rappelé combien le projet d'implantation d'Agronov avait été long à mener à terme, il y a dix ans : « Il a fallu beaucoup de temps pour convaincre les différents partenaires de participer au financement. Aujourd'hui, nous voulons donner un nouvel élan au site. » Dijon Métropole investit 8 millions d'euros dans cette phase II d'Agronov, auxquels s'ajoute 1,5 million d'euros de la Région BFC, dans le cadre du contrat Territoire en action. « Les agricultures ont besoin d'innovations, soulignait pour sa part Jacques de Loisy, président de la Chambre d'agriculture de Côte-d'Or, et ce, quels que soient les productions et les modes de productions pour faire face aux enjeux environnementaux et géopolitiques d'aujourd'hui. Nous avons besoin d'Agronov II pour relever les challenges de l'eau, des productions, de l'énergie ». Laurent Occhini, dirigeant de l'entreprise dijonnaise ARDPI et membre du conseil d'administration d'Agronov illustrait bien l'intérêt d'un tel pôle : il y a implanté sa société ARDPI Biotech, qui produit des ferments, aujourd'hui utilisés, entre autres par la maison viticole Louis Jadot ou l'entreprise Japytech, spécialisée dans le stockage et le refroidissement du lait. « On a pu s'épanouir grâce à l'écosystème impulsé, ici par Dijon Métropole et Agronov, reconnaissait-il. L'équipe d'Agronov identifie des innovations et des savoir-faire et les « pousse » vers les acteurs de terrain ».

Donner de l'espoir

Représentant le Conseil régional de BFC, Fabrice Voillot, agriculteur de Saône-et-Loire, précisait que la Région accompagne cette dynamique dans le cadre du Schéma régional de développement économique, d'innovation et d'internationalisation (SRDEII) qui fait de l'innovation et des transitions écologiques et énergétiques une de ses priorités. « L'enjeu, poursuivait-il, est bien de rapprocher l'innovation des besoins concrets du monde agricole et de favoriser l'émergence d'entreprises et de solutions contribuant aux transitions de notre agriculture et de nos territoires. » Les recherches de solutions s'imposent en effet : Fabrice Voillot précisait qu'avant de venir au démarrage du chantier d'Agronov II ce 17 septembre, il avait dû distribuer du fourrage à ses bovins, dans son exploitation du Morvan, mettant à mal, comme bien d'autres, ses stocks de fourrage normalement prévus pour passer l'hiver… Il citait aussi un hectare et demi de lentilles complètement grillé par la canicule sur son exploitation. Innover dans ces domaines est donc tout sauf un gadget. « Avec Agronov, concluait-il, nous avons l'espoir d'un futur meilleur… »

Agronov, une association née il y a dix ans

Agronov, une association née il y a dix ans

Agronov a été créée le 9 septembre 2016, dans un bâtiment réhabilité et anciennement occupé par l'Inra (aujourd'hui Inrae). La Métropole dijonnaise avait acquis le bâtiment et d'en faire un lieu de vie économique et dédié à l'innovation en agriculture alors qu'en parallèle, la Maison de l'Agriculture venait de sortir de terre. L'association Agronov, aujourd'hui présidée par Benoît Collardot, est locataire du site et le bâtiment qu'elle occupe appartient à Dijon Bourgogne Business Building, organisme qui gère l'ensemble de l'immobilier de Dijon Métropole. Le travail d'Agronov consiste, pour environ 10 % de son activité, à animer le site (gestion de location de salles, accueil des entreprises intéressées pour s'y installer). Mais Agronov a aussi pour mission de transférer l'innovation agricole sur le terrain en créant du lien entre le monde agricole et les entreprises innovantes. L'association travaille sur des thématiques qui ne cessent de s'élargir. « On peut aussi aborder d'autres écosystèmes, précise la directrice d'Agronov, Liselore Martin, avec des entreprises qui proposent des solutions de services numériques et peuvent mettre ces compétences à disposition des mondes agricole ou viticole. » L'association revendique d'être à l'écoute des besoins de terrain des agriculteurs et des organisations agricoles. Agronov fédère aujourd'hui 135 adhérents dont la majorité est en Bourgogne-Franche-Comté (BFC), mais l'association ne s'interdit pas d'aller prospecter au-delà des frontières régionales pour se faire connaître. Elle participe notamment depuis plusieurs années au Sommet de l'Élevage qui se tient à Clermont-Ferrand. Agronov accompagne les entreprises innovantes, en particulier dans la recherche de financements ou de partenaires. Elle confronte aussi certaines innovations au regard d'experts agricoles afin de mesurer leur degré d'adéquation aux attentes du terrain. « On sert également de lieu de débat pour faire avancer certains sujets tels que l'agrivoltaïsme et nourrir la réflexion » souligne Liselore Martin. Sur le site de Bretenière, 14 structures sont implantées. Elles emploient 60 personnes mais ce chiffre devrait bientôt monter à 85 personnes avec l'arrivée annoncée du Conservatoire d'espaces naturels (CEN) de Bourgogne. Depuis 2022, la pépinière d'entreprises d'Agronov est labellisée « haut niveau de service ».

Kimi Biodesign, futur locataire

Kimi Biodesign a été créée en 2024 par des chercheurs de l'institut Agro Dijon dans le but de valoriser vingt ans d'expérience acquise en recherches dans le domaine de l'écologie microbienne digestive. On y travaille sur les micro-organismes qui digèrent les fibres alimentaires dans les systèmes digestifs des mammifères. Il existe parfois des déficits de ce type de bactéries et aujourd'hui, sur le marché, il n'y a pas de solution pour les réintroduire. Kimi Biodesign a donc développé un savoir-faire lui permettant d'isoler ce type de bactéries et, demain de les produire et les conserver en maintenant le niveau d'absence d'oxygène (anaérobiose) indispensable à leur vie. Pour l'instant implantée à Créancey, près de Pouilly-en-Auxois, l'entreprise envisage de s'implanter sur le site d'Agronov. « C'est une opportunité extraordinaire pour nous, confie son dirigeant, Antoine Ponce, de s'installer en 2028 dans le bâtiment C, avec des locaux parfaitement adaptés à nos besoins. De plus, si notre développement le permet, nous aurons la possibilité de nous étendre. »