Accès au contenu
Sécheresse

2026, une année de records en sécheresse

Depuis la mi-mai, le département de l'Yonne a placé plusieurs zones de gestion hydrologiques en situation de « crise sécheresse ». Théo Allalou, pédologue à la Chambre d'agriculture fait le point sur la situation.

Par Charlotte Sauvignac
Sécheresse
Pexels
Théo Allalou, pédologue à la Chambre d'agriculture de l'Yonne fait le point sur l'état des cours d'eau dans le département.

2026 est une année placée sous le signe de la sécheresse marquant de nombreux records. Depuis le mois de juin, le Préfet a publié des arrêtés imposant des restrictions sur l'usage de l'eau, compte tenu du fait que de nombreuses zones de gestion ont montré des baisses importantes du débit de leurs cours d'eau. Pour autant, l'irrigation se poursuit toujours pour une centaine d'agriculteurs. Théo Allalou, pédologue à la Chambre d'agriculture de l'Yonne suit les dossiers de près. De septembre à mars, l'équipe irrigation de la Chambre s'est occupée de « déclarer ce qui a été réalisé par chacun des irrigants l'année passée, et de ce qu'ils comptent faire l'année prochaine ». Cela date de 2009, à la suite d'un arrêté préfectoral qui a mandaté la Chambre d'agriculture de l'Yonne pour la réalisation d'une enquête collective dans le but d'étudier l'impact environnemental annuel des prélèvements. Les demandes devant être déclarées à la DDT doivent bien évidemment dépasser les 1 000 m3 d'eau utilisées par an, en dessous, cela est considéré comme un usage domestique. Et si on utilise plus de 1 000 m3 d'eau à l'année, « que ce soit au sein de forages, de rivières ou dans des retenues hydriques, les agriculteurs doivent déclarer les usages auprès de la préfecture ». Pour l'instant, le principe est simple : les irrigants ont droit a minima d'utiliser 1 250 m3 d'eau par hectare. Étant donné le contexte climatique actuel, Théo Allalou convient que l'accompagnement des irrigants dans leur projet est primordial pour eux. « La DDT ne regarde pas uniquement la quantité d'eau utilisée, elle regarde l'usage de l'eau. Les services de l'État font une distinction importante entre l'origine de l'eau utilisée, le type de culture irriguée ou encore l'usage de l'eau », informe-t-il. Avec ce nouveau record de chaleur vécu, Théo Allalou a observé l'usage de l'eau pour « lutter contre la chaleur » de la part d'arboriculteurs et de maraîchers. « Leurs productions ont grillé et en utilisant de l'eau pour rafraîchir fruits et légumes cela permet d'éviter, dans la mesure du possible, la grillure », précise-t-il.

La condition des cours d'eau dans l'Yonne

Avec près de 15 zones de gestion, majoritairement basées sur des bassins hydrologiques, l'Yonne compte plusieurs secteurs qui ont décroché ou qui ont montré des signes de tension. « Les zones de gestion du Cousin, de la Cure, du Serein et de l'Armançon sont ceux que l'on vérifie en premier. À l’inverse, la Vanne et l'Yonne aval ont pu se maintenir car ils bénéficient d'une nappe d'accompagnement. L'hiver, le cours d'eau est à un tel niveau qu'en fait l'eau rentre dans les terres. Et l'été, c'est l'inverse, un jeu de pression s'effectue. Quand le débit diminue, l'eau retourne dans la rivière ». En 2026, le constat est plutôt bon, « la Vanne a commencé à décrocher fin juillet, et nous sommes passés en crise depuis 15 jours. Là où, par exemple, de mémoire, en 2023, la Vanne était passée en crise plus tôt dans la saison. L'Yonne aval et le nord Yonne sont restés stables au niveau de l'alerte ». Toutefois, cet état n'est pas général sur le département. « Cette année, la Cure et le Serein sont des secteurs très tendus qui ont des débits inférieurs au minimum recensé ces dix dernières années ». Cette sécheresse, pour la plupart des bassins hydrologiques, est une « sécheresse de surface ou également appelée agricole. Grâce aux piézomètres de suivis historiques des grandes nappes du département, on constate que les nappes phréatiques dans le nord du département vont bien par rapport à la saison, présentant des niveaux en baisse mais proches de la normale. A contrario des nappes phréatiques situées sur les sols calcaires des plateaux ou granitiques du Morvan. Tout dépend du type de roche qui compose notre sous-sol ».

Cette sécheresse historique, autant pour son intensité, pour sa durée exceptionnelle que pour sa précocité a imposé des formes d'adaptation de la part des irrigants. « Certains ont choisi des cultures moins gourmandes en eau comme le sorgho à la place du maïs et d'autres ont sacrifié des cultures pour sécuriser d'autres productions. Cette adaptation s'est notamment remarquée chez les éleveurs, qui ont privilégié le maïs fourragé pour l'alimentation du bétail ».