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BOURGOGNE

[Article mis en ligne le 06-02-2020]

Portrait

Toute une vie pour apprendre

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Josette et Marcel Paris : une vie d’agriculteurs marquée par l’envie d’apprendre, en permanence : « On a fait plein d’heures et on est toujours là ! »

Retraités, Josette et Marcel Paris ont passé leur vie d’agriculteurs à apprendre par eux-mêmes, animés par une ouverture d’esprit et un véritable art de la débrouille.

Même s’il est aujourd’hui retraité depuis une vingtaine d’années, Marcel Paris a derrière lui une vie d’exploitant agricole où la curiosité et l’envie d’innover ou d’expérimenter auront agi comme des boussoles. Représentant d’une agriculture dont les pratiques étaient plus diversifiées qu’aujourd’hui, mais pour laquelle le contexte économique et réglementaire était aussi moins contraignant ou exigeant, il apporte, par ses souvenirs professionnels, une image où nostalgie d’une époque révolue et résonance avec le présent forment un mélange étonnant. À Jancigny, dans l’est de la Côte-d’Or, la ferme de Josette et Marcel Paris ne résonne plus à présent du bruit des animaux. Marcel montre la pièce où les objets anciens connaissent une nouvelle vie en servant de support aux talents de peintre de son épouse. Il y a là des brocs, des pots à laits, des assiettes, joliment décorés, mais aussi témoins d’un passé révolu. Pas de tristesse pourtant, dans ces lieux. Marcel Paris affiche un sourire doux, sans regret d’un passé… qui est passé, mais dans lequel on devine que ce curieux de nature se sera bien amusé.

« On faisait un peu de tout… »
À la tête d’une exploitation de polyculture-élevage, il résume de la manière suivante ce que fut son métier : « on faisait un peu de tout… » Dis comme cela, on pourrait presque penser à de l’amateurisme ou du dilettantisme. Il n’en est rien, car sous ses airs modestes, Marcel Paris semble être éternellement demeuré en veille sur tout ce qui bougeait et qui faisait changer l’agriculture. Ainsi, alors qu’il avait donné à son exploitation une orientation plutôt laitière, il a réfléchi très tôt au fait que ses bêtes, attachées, n’étaient pas forcément dans des conditions de productivité optimale. « À l’époque, il n’y avait pas de stabulations», rappelle-t-il. «Mais moi je sentais que si on laissait une certaine liberté aux vaches, l’exploitation pourrait en tirer bénéfice. On a décidé de s’équiper d’une “stabule”, il n’y en avait pas du tout sur le secteur, j’étais allé en voir une ou deux en Haute-Saône. On nous a pris pour des fous, à cette époque tout le monde était en écuries comtoises. Pourtant, dix ans plus tard, les stabulations s’étaient généralisées. On était dans le vrai… La seule contrainte, c’était qu’il fallait écorner les bêtes ».
Parfois, la grande Histoire, rencontre la petite et Marcel Paris s’amuse à rappeler que sa stabulation a démarré son fonctionnement au mois de mai d’une certaine année 68, où les pavés volaient plus bas que les oiseaux sur les prés… De vingt vaches au départ, le cheptel de Marcel Paris a grimpé jusqu’à plus de soixante au fil des années, frôlant même la centaine lorsqu’il fut associé à l’un de ses fils. « À la fin des années soixante, pour traire», poursuit-il, «nous utilisions une machine tandem, puis nous avons là aussi modernisé le processus avec une machine qui nous permettait de traire cinq bêtes ». Le passage de l’écurie à la stabulation a, en parallèle, correspondu à l’entrée en vigueur du contrôle laitier sur l’exploitation, ce qui conduisait, par extension, à une sélection plus « pointue » des vaches. Matière grasse, matière azotée, quantité de lait, conformation du pis deviennent des critères prédominants dans la conduite de la ferme. « Pour parvenir à avoir un bon troupeau, on corrigeait avec le taureau pour améliorer la race. Au début, on avait de la frisonne pie noire puis on est passés à la prim’holstein. On inséminait avec des doses américaines, canadiennes, françaises et italiennes. Ces inséminations ont tout de suite donné de très bons résultats ». Ceux-ci ne se sont pas fait attendre : deux ans durant, Marcel Paris posséda le premier troupeau de Côte-d’Or en quantité comme en qualité et en richesse du lait produit. Le passage à la race prim’holstein avait permis à l’exploitation de franchir un cap énorme. « Faut dire aussi», poursuit-il, «qu’à l’époque, nous nous étions équipés d’un distributeur à colliers qui permettait de programmer précisément et de manière optimale les rations alimentaires. On calculait les quantités en fonction de l’âge de la vache et de son poids. Elles ne souffraient pas puisqu’elles avaient juste ce qu’il fallait par rapport à leur production de lait. Par contre, au début, ce fut aussi une vraie contrainte : vous n’obligez pas une vache qui n’en a pas l’habitude à aller dans ce genre de dispositif comme ça. » Là encore, Marcel avait eu « le nez creux ». Du temps est passé, l’élevage laitier s’est raréfié sur sa région, en raison de nombreuses difficultés économiques mais cet exploitant en retraite reste en veille sur les technologies. Les mélangeuses qui distribuent aujourd’hui l’alimentation au bétail n’ont pas de secret pour lui.

Sens de l’observation
À présent, autour de Jancigny, on entend plus les vaches à lait : « C’est devenu très difficile de gagner sa vie sur ce type d’exploitation», reconnaît Marcel Paris. «C’est dommage d’avoir vu partir des bêtes issues de bonne sélection génétique, pour la viande… » La curiosité de Marcel Paris s’est accompagnée d’un sens aiguisé de l’observation qui lui a permis d’apprendre beaucoup de choses sur le tas. « On ne voyait pas souvent le vétérinaire : je faisais les perfusions, j’avais tout un nécessaire de produits de soins… Une vache qui n’arrivait pas à délivrer son veau, une autre atteinte de la fièvre de lait, je parvenais à les soigner, simplement en utilisant ce que j’avais vu faire par un vétérinaire. Pour une vache touchée par la fièvre de lait, je lui faisais une poche de calcium distribuée en intraveineuse : c’était radical, un quart d’heure après, elle était de nouveau sur pied ! Le coup de la poche de calcium, je l’avais vu faire une fois et je m’en étais souvenu ». Le quotidien de Marcel Paris, c’était, comme pour beaucoup d’agriculteurs, le royaume de la débrouille, avec un peu de bon sens et de foi en soi. « Je ne suis pas allé beaucoup à l’école mais je me suis formé comme ça, en observant. J’étais obligé ! ». « Je peux vous dire que des piqûres, on en a fait, notamment pour soigner les veaux ! » renchérit Josette. Des essais, Marcel n’en a pas fait qu’avec ses bêtes. Dans les champs, il avait expérimenté la culture d’avoine-pois, bien adaptée à l’alimentation des ruminants, qui lui fournissait un rendement plus important qu’avec du blé seul. « On passait la récolte au trieur et les pois étaient séparés ». Une telle implication s’est aussi traduite syndicalement : Marcel Paris a présidé le syndicat laitier de Mirebeau-sur-Bèze et s’engagea aussi au sein du syndicat pie noire. « Dans ce dernier syndicat, il y avait 52 élevages en Côte-d’Or, on les visitait tous. Là encore, c’était le moyen de voir des choses nouvelles, de trouver des idées. Même si vous allez chez un mauvais éleveur qui a le chantier dans sa ferme, si on regarde bien, il y a toujours une idée à trouver, quelque chose qui vous fait dire « Tiens  ! J’y avais pas pensé ! » On a aussi fait la foire de Dijon, plusieurs années durant, pour laquelle on sélectionnait les vaches… C’était passionnant et on était une bonne équipe ». Aujourd’hui, dans leur salon Josette et Marcel ont un ordinateur mais ils ne s’en servent pas trop. Lorsqu’ils ont besoin, ils demandent à leurs enfants ou petits enfants un coup de main. Mais sous ses airs de ne pas y toucher, on peut parier que Marcel Paris fait, là aussi, preuve de beaucoup d’observation et continue à apprendre. On ne change pas de nature aussi facilement…

Berty Robert

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