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BOURGOGNE

[Article mis en ligne le 24-09-2020]

Point de vue

Regarder dans le rétroviseur pour construire l’agriculture durable de demain

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Vincent Chaplot, agriculteur à Époisses (21) et directeur de recherche à l’IRD (Institut de Recherche pour le Développement)
Point de vue de Vincent Chaplot, agriculteur à Époisses (21) et directeur de recherche à l’IRD (Institut de Recherche pour le Développement).
Durant plusieurs millénaires de proto-élevage et de proto-agriculture, les hommes ont accumulé des connaissances sur les plantes et les animaux qu’ils ont domestiqués et adaptés aux conditions de milieu où ils vivaient. C’est ainsi que même sans intervention consciente des agriculteurs, la compétition au champ entre les plantes a favorisé celles les mieux adaptées aux sols, au climat et à la compétition avec les adventices.
Au sortir de la Seconde Guerre mondiale et maintenant depuis plus d’un demi-siècle, les progrès de la génétique et de l’agrochimie ont conduit grâce aux fertilisants, aux herbicides associés à l’irrigation et au drainage à une hausse vertigineuse des rendements des principales cultures colza-blé-orge-maïs-soja en rotations uniformisées sur à peu près tous les sols cultivables de la planète.
Après avoir connu la surproduction, ce modèle est actuellement largement mis à mal par la baisse continue des rendements vraisemblablement liée à la chute des teneurs en matière organique des sols, à leur compaction et leur érosion (physique, chimique et biologique) et aux sécheresses récurrentes. Dans le même temps, les prix des grains baissent et les charges notamment sociales explosent. Enfin, les effets collatéraux de l’agrochimie comme la pollution des eaux, de l’air et des aliments conduisent certains pays développés comme la France à interdire insecticides, herbicides (dont le fameux glyphosate) et certaines pratiques (comme le brûlis de paille avant colza, le curage de fossés de drainage… l’élevage demain) qui constituent pourtant les piliers de la production agricole actuelle.
Quel secteur économique a déjà su résister à autant de chocs multiples (climatiques, économiques, environnementaux et sociétaux) et simultanés ?
Pour s’adapter le monde agricole, esseulé si ce n’est pas délaissé et acculé, fait pourtant preuve d’un formidable courage et esprit d’initiative (passage radical à une agriculture sans intrant minéral, essais de plantes, de rotations nouvelles, d’associations de cultures et de pratiques de tout genre y compris ésotériques…). Construire les nouveaux systèmes de production attendus, c’est-à-dire plus durables et répondant aux aspirations multiples des sociétés, nécessiterait pourtant, d’accumuler, de l’expérience sur au mieux des décennies, tant nos connaissances sur le vivant sont limitées.
Notre temps est pourtant compté et devant la gravité de la situation peut-être devrions-nous regarder quelques instants dans notre rétroviseur pour y puiser des solutions en termes de pratiques et de matériel génétique. C’est en tout cas ce que nous enseignent les travaux récents de chercheurs iraniens (Fatholahi et al. dans Acta Physiologiae Plantarum, 2020) et qui démontrent la capacité des racines des blés anciens à produire de l’acide syringique, un fort agent allélopathique conduisant à la dormance des graines de « mauvaises herbes ». Il en va de même pour la fixation bactérienne d’azote dans le sol, elle aussi supérieure pour les variétés anciennes par rapport aux variétés modernes. Les blés anciens auraient enfin un pouvoir de maintien voire de rétablissement de la fertilité des sols et de lutte contre le changement climatique à travers le stockage amélioré de carbone dans les sols. Comme quoi l’Homme ancien a su tirer profit du génie de la nature ce que l’Homme moderne se croyant supérieur à celle-ci n’a su faire.
L’effort principal à venir devrait être porté sur l’archivage des systèmes de productions ancestraux, ceux en harmonie avec la nature pour telle ou telle région naturelle et condition pédologique. Dans le même temps, la recherche agronomique, si mission lui en était donnée par nos hommes et femmes politiques, devrait prioritairement s’intéresser à améliorer les variétés ancestrales pour augmenter leur potentiel de production de grain sans amoindrir leurs capacités de résistance aux sécheresses, aux maladies et aux insectes et celles d’auto-désherbage et d’auto-fertilisation. Dans l’attente, il n’est pas exclu que certaines variétés modernes aient conservé une partie de ses multiples qualités. C’est ce que montrent nos travaux en Afrique du Sud (et financés par ce pays) sur le stockage du carbone par les blés de printemps et largement publiés internationalement. Nos tentatives de levée de fonds pour travailler en France sur les blés d’hiver ont jusqu’ici échoué, y compris en région Bourgogne Franche-Comté et ceci malgré l’appui du monde agricole mais pas de l’Inrae, un comble !

Vincent Chaplot

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