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BOURGOGNE

[Article mis en ligne le 04-06-2020]

Entreprise

L’alimentation animale a évité la rupture

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Les entreprises d’alimentation animale ont répondu présentes au plus fort du confinement, malgré des inquiétudes sur les possibilités de se fournir en matières premières.
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L’un des plus gros écueils de la période fut la question de la logistique.
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Certains éleveurs qui redoutaient une fermeture des entreprises d’alimentation animale avaient augmenté leurs achats en début de confinement.
Secteur industriel essentiel pour le fonctionnement de l’élevage agricole au sens large, la filière régionale de l’alimentation animale a fait le gros dos pendant le confinement, craignant surtout pour ses approvisionnements. Petites et grandes entreprises se demandent maintenant comment vont repartir les marchés.
Pandémie ou non, un animal doit manger tous les jours, et dans le secteur de l’élevage, une rupture dans la chaîne de fabrication et de livraison de ces produits pourrait très vite avoir des conséquences dramatiques. Si l’agriculture a répondu présente sur le front du confinement et de l’approvisionnement des Français, elle le doit aussi à la capacité des entreprises du secteur de la fabrication et de la vente d’aliments pour les animaux d’élevage à assurer leur mission. Mais tout n’a pas toujours été simple. À l’image de nombreux autres domaines industriels, le secteur a dû faire face dans l’urgence à une situation sanitaire inédite, le tout dans un contexte de marché très délicat pour ses clients, entre atonie des prix de la viande et nécessité de baisser la production laitière. Selon Dominique Gelot, responsable du service Nutrition animale, en charge du dossier Récolte et conditionnement du fourrage, et Équipement d’élevages, chez Dijon Céréales, qui vend de l’aliment composé fabriqué par sa filiale Soréal basée dans l’Yonne, à Joigny et commercialise également des mash (mélanges de matières premières) fabriqués en Côte-d’Or, à Darcey, et des matières premières : «Sur mars, par rapport au même mois de l’an passé, notre activité a connu une baisse d’un peu plus de 10 % du tonnage. Elle s’est observée sur les aliments composés, les matières premières, les céréales, tous les pondéreux, en revanche, on a eu une hausse de sels et bloc. La mise au pré plus précoce a joué. Les conditions météo le permettaient mais les éleveurs ont aussi agi en raison de problèmes de stocks fourragers et de paille, et, parfois, de trésorerie. Sur avril, le ralentissement a été de 15 % par rapport à avril 2019. On a eu une baisse sur les aliments volaille et basse-cour qui sont distribués dans nos dépôts et magasins, mais c’était aussi lié aux règles du confinement qui ont obligé à réduire les horaires d’ouverture de ces sites. Les clients et adhérents se sont moins déplacés. Second fait marquant en avril : les aliments pour équins ont fortement ralenti, parce que les centres équestres étaient fermés et que les chevaux avaient moins de besoins
nutritionnels».

Faire avec les marchés
L’état des marchés a eu une forte influence : «En Côte-d’Or, poursuit le représentant de Dijon Céréales, vous avez 75 000 vaches allaitantes, donc beaucoup de viande produite. Le Covid a entraîné une baisse de consommation. La filière avait donc moins de besoins et, en plus, elle est confrontée à une baisse des cours. L’alimentation quotidienne des animaux a été parfois réduite par les éleveurs. De plus, les engraisseurs ne se précipitent pas pour remplir leurs bâtiments alors que les prix de la viande sont bas et le prix du maigre, élevé». Un constat partagé par Christian Talon, de la société Talon Co-Produits (filiale du groupe Dijon Céréales), basée à Longvic (21), qui commercialise des matières premières pour les ateliers lait ou d’engraissement (tourteau de colza, soja, lin, tournesol, mais aussi betterave, luzerne, résidus d’amidonnerie, d’huilerie, de sucrerie, brisures de céréales…) et qui livre annuellement environ 130 000 tonnes de produits sur toute la zone centre-est de la France : «la demande des éleveurs et ateliers était plus faible ce qui était paradoxal parce que, du fait de la fermeture des frontières, nous nous étions dit que la consommation de produits français d’élevage (viande et lait) allait augmenter. Malheureusement, ça ne s’est pas passé comme cela : les laiteries qui produisent des fromages de qualité ont perdu leurs débouchés et ont demandé à leurs producteurs de réduire leur production. Les éleveurs ont donc immédiatement réduit l’apport de matières premières qui favorisent la production de lait. Ils ont seulement gardé leurs rations de base et ils ont aussi réduit le nombre de vaches laitières. On a tout de suite ressenti une baisse de commandes à ce niveau. Du côté de l’élevage allaitant, la réduction des effectifs en vaches laitières a entraîné l’arrivée sur le marché de la viande d’un surcroît de vaches de réforme, alors que les débouchés se restreignaient avec la fermeture de la restauration. Les prix ont baissé et le secteur de la viande a donc subi une double peine. Cela a entraîné une baisse de nos commandes. Il y a eu du positif néanmoins, notamment sur les exportations de broutards qui se sont maintenues, ce qui a un peu amorti le choc. Nous fournissons uniquement le secteur des bovins, moitié en lait et moitié en allaitants».

Craintes sur les approvisionnements
Le nivernais Patrick Têtard, vice-président du groupe coopératif Axereal, qui vend chaque année 500 000 tonnes d’aliments pour volailles et ruminants en majorité, distingue, pour sa part, un mal qu’il estime plus profond : «dans l’alimentation animale, on constate une problématique plus structurelle que conjoncturelle : dans les ruminants il y a une érosion lente mais continue du marché. Pour les éleveurs, c’est de plus en plus difficile et on voit bien que le nombre de bovins baisse. Pour nous, c’est donc synonyme de diminution de la consommation d’aliments». Le tonnage de collecte d’Axereal transformé chaque année pour les besoins de l’alimentation animale est substantiel (autour de 250 000 tonnes). L’un de ses principaux clients est LDC et le groupe développe aussi une gamme d’aliments bio pour les animaux. Au-delà des difficultés liées au comportement des différents marchés, la grande crainte que le secteur de l’alimentation animale a connu avec le confinement aura concerné ses approvisionnements en matières premières, comme en témoigne Anne-Lise Fresard, directrice déléguée d’Oxfort, entreprise familiale basée à Longvic (21) spécialisée dans l’apport en minéraux et vitamines pour les animaux d’élevage (fabrication et négoce) et qui emploie 13 salariés : «Nous avons craint pour notre approvisionnement en phosphate, calcium, magnésium, vitamines… et sur les capacités de transport de la marchandise. Fabriquer, c’est bien, mais il fallait pouvoir livrer ! Tout le monde a joué le jeu. Sur les matières premières, il y a eu des difficultés sur la fourniture de vitamines parce que la plupart sont fabriquées en Chine. On a eu des hausses de tarifs, notamment sur la biotine. Dans notre secteur d’activité, le mois de mai est toujours une période plus calme, parce que les mises à l’herbe ont eu lieu. En mars ou avril, on a eu un peu plus de commandes, sans doute parce que certains de nos clients étaient tentés de stocker, face à l’inconnue sur la durée de la période de confinement». Dominique Gelot, de son côté, reconnaît que «au début de la crise, nous avons aussi eu des craintes sur nos approvisionnements, en particulier sur les tourteaux de colza, car certaines usines avaient stoppé ou ralenti leur activité en raison de la pandémie. Cela nous a obligés, durant les premières semaines, à limiter les quantités de matières premières vendues».

Des impacts très divers
Mathieu Sirugue, adjoint de direction au sein de la société familiale Sirugue basée à Esbarres (21), qui fabrique des aliments pour les ruminants, les porcs et la volaille, avec des clients dans toute la Bourgogne Franche-Comté, et qui emploie 45 personnes a redouté, lui aussi, au début du confinement, que ses fournisseurs fassent défaut : «On a connu quelques difficultés d’approvisionnement, notamment pour nos sources protéagineuses, avec des fournisseurs qui ont dû fermer. Néanmoins, on a pu poursuivre la fabrication. On s’est adapté aux changements de consommation intervenus pendant le confinement et qui ont eu des impacts sur les marchés de viande bovine et de lait, et donc sur nos commandes. Au début du confinement, on a eu un afflux de commandes parce que certains de nos clients craignaient que l’on ferme et ont préféré anticiper et faire un peu de stock. Sur la première semaine on a eu de l’ordre de 20 % de commandes en plus, par rapport à la normale. L’entreprise a poursuivi son fonctionnement avec des règles spécifiques». Adaptation aussi du côté d’Axereal : «L’entreprise, souligne Patrick Têtard, dont le siège est à Olivet, près d’Orléans, a été impactée par les règles du confinement mais les volumes de vente de produits n’ont pas été fortement affectés. Dans la volaille, le marché ne s’est pas ralenti de manière notable. Nous avons pu continuer à faire tourner toutes nos usines. Les approvisionnements ont posé quelques soucis, il nous a fallu, parfois, ralentir un peu sur la production de certaines formules, mais cela est resté marginal. Le plus compliqué, ce fut l’acheminement de nos productions». «Pour nos achats de protéines, constate pour sa part Christian Talon, des usines françaises ont fermé au début du confinement. En tourteau de colza principalement, l’approvisionnement a été très compliqué. De même dans les co-produits humides, les brasseries et les malteries ont fermé, ce qui a entraîné un effondrement de la demande en orges brassicoles. À l’inverse, des industriels ont pu continuer à travailler : ce fut le cas pour l’amidonnerie, qui fournissait aussi des produits pour les pharmacies. Un second impact a concerné la logistique. Suite à la fermeture des usines la plupart des transporteurs ne pouvaient pas trouver de chargements retours, ce qui a parfois impacté les tarifs de transport proposés». Cette crainte sur les approvisionnements a moins affecté Symbiopôle, entreprise basée à Précy-sous-Thil (21), pour laquelle travaillent dix salariés et qui propose des produits d’alimentation pour élevage conformes aux cahiers des charges bio, dans leur quasi-totalité (des minéraux, des aliments complémentaires, des produits à base d’extraits végétaux). Le fait d’être spécialisée en bio n’est pas pour rien dans cette situation comme l’explique son fondateur, Pierre Dubourg : «Produire des aliments pour les bios limite le nombre de matières premières. Au début du confinement, on a quand même connu quelques moments tendus sur cette question et pour les livraisons. Pour le reste, le mois de mars a été plutôt bon, sans doute en raison d’un phénomène d’anticipation des commandes, avec l’annonce du confinement. Puis, sur les deux premières semaines d’avril, l’activité a connu un gros creux. Je me suis même questionné sur l’hypothèse d’un chômage partiel mais l’activité a redémarré sur la deuxième quinzaine d’avril. On a alors retrouvé un niveau inférieur de 20 à 25 % par rapport à la normale. Aujourd’hui, on est revenu à 10/15 % en dessous de notre rythme habituel». D’autres entreprises du secteur ont dû faire avec un très fort coup de frein. C’est ce qu’explique Patrick Fournier, dirigeant de Revitalor-Bonnefoy-Fournier à Meursault (21), qui fait fabriquer et vend ses propres marques. Une grosse part de sa clientèle se trouve dans l’élevage allaitant, les laitiers, ovins, et chevaux : «De mi-mars au 11 mai, nous n’avons quasiment pas fait de chiffre d’affaires. On ne rattrapera pas les commandes non prises et le redémarrage de l’activité est pour l’instant très calme. On vend plutôt actuellement des produits de printemps, de type blocs à lécher. On travaille sur l’alimentation animale mais également sur les produits de cultures et plus particulièrement la vigne. On fait, par ailleurs, des produits antigel avec lesquels nous livrons des coopératives de plusieurs régions». On le voit, ce tour d’horizon permet de comprendre que si le secteur a, globalement, bien traversé l’épreuve du confinement, la question de l’aval et de l’amont, avec les approvisionnements et les transports aura été l’aspect le plus complexe à gérer.

Berty Robert

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